Houla houla sublime de chez sublime.
Un documentaire expérimental bouleversant et humaniste quelque part entre Blue de Derek Jarman et Sans soleil de Chris Marker. Le peintre Hugues de Montalembert raconte pendant tout le film comment il est devenu aveugle et ses nouvelles expériences, sa vie après la survenue brutale de cette cécité. La différence avec Blue tient au fait que contrairement à Jarman qui se sait condamné et compose donc un film testamentaire nostalgique, c'est un mouvement vers l'avant, déterminé qui sous-tend Black Sun. Montalembert explique comment il a pu dépasser sa cécité, en faire un instrument pour vivre pleinement ainsi qu'une nouvelle approche du monde. Il ne fait pas pour autant l'apologie de la cécité, admettant volontiers qu'il sauterait sur le moindre traitement qui lui permettrait de la guérir. Mais il en a fait un yoga.
Le film est absolument bouleversant et sublime, j'ai manqué de pleurer à plusieurs reprises devant tant de poésie. Montalembert envisage sa cécité dans un labyrinthe sensoriel sur lequel il tente de mettre des mots, de l'expliquer. A côté de ça, le montage d'images documentaires composé par Tarn qui se superpose à la voix de Montalembert est toujours d'une grande justesse, tentant en parallèle de mettre des images sur les mots de Montalembert, multipliant les dispositifs visuels pour faire du cinéma les yeux fermés.
Du propos de Montalembert ressort une grande sagesse et une humilité qui touche au plus profond. Comment continuer à célébrer la vie, à voyager, à multiplier les expériences, alors même qu'elle nous a castré, qu'elle nous a pris notre sens le plus cher ? Pourtant, l'artiste témoigne de la beauté des êtres humains, et du monde qui l'entoure, sans jamais être mièvre ou niais. Là où le cinéma contemporain donne plutôt dans le cynisme et la misanthropie, l'humanisme humble de Montalembert et de Tarn est à saluer.
Vraiment superbe.