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Le moindre geste

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
04 mars 2014 à 14:25:47

Un film de Fernand Deligny, Jean-Pierre Daniel et Josée Manenti
Réalisé en 1971
Avec Yves Guignard, Richard Brougère, Numa Durand (acteurs non professionnels)
Nationalité : France
Genre : Documentaire et fiction (oui oui)
Durée : 1h35
Images disponibles ici : http://www.cinelounge.org/?page=film&num=13692

Synopsis : "En aout 1959, Fernand Deligny sollicite François Truffaut pour un long métrage documentaire, La Vraie Vie, "feuilleton, chronique précise" du travail éducatif qu’il mène dans les Cévennes auprès d’adolescents caractériels, débiles, rescapés de diverses institutions asilaires. "J’entends bien ne rien truquer, tout filmer, y compris mes interventions si je dois intervenir autrement qu’en tenant la caméra." Il demande au cinéaste, auquel il souffla la scène finale des 400 coups, caméra, pelliculle, magnétophone et un bon opérateur.

Truffaut ne répond pas et, en 1962, Deligny tourne Le moindre geste dans les Cévennes, vers Saint-Jean-du-Gard et à Veyrac, près d’Anduze. A partir d’un canevas minimaliste, d’ailleurs progressivement délaissé, le film s’invente au quotidien, en fonction de l’humeur du jour, des lieux choisis et du rapport qu’Yves, le personnage principal, entretient avec eux.

Pour Fernand Deligny, le thème est clair : "Deux adolescents s’évadent d’un lieu psychiatrique, l’un qui court devant et qui fugue comme il respire, et l’autre suit, débile mental un peu fou, peut-être d’avoir vécu parmi ceux-là qui le sont". La fable est avant tout prétexte à donner à voir une part d’Yves. Fils d’instituteurs grenoblois, considéré comme irrécupérable, inéducable, Yves Guignard avait été confié à Deligny vers 1956. Le moindre geste est moins un film sur lui qu’un projet pour lui, "pour continuer à le faire évoluer"." (source : cineclubdecaen.com )

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
04 mars 2014 à 14:56:58

:globe: Sublimer le geste et rendre la parole :globe:

Educateur dans les Cévennes, Deligny n'est pas un cinéaste, il n'a jamais tenu une caméra de sa vie et ça ne l'empêche pas d'avoir une formidable idée de cinéma : il va tourner un film thérapeutique, dans lequel il redonne la parole à un jeune homme mutique par le biais d'une dissociation audacieuse entre image et son. Le film a un cachet très amateur, bien sûr, la mise en scène est minimaliste, très documentaire d'autant que la narration est linéaire mais volontairement brumeuse. Il y a d'ailleurs fort à parier que si l'on regarde le film vierge de tout renseignements, on ne saisisse pas le déroulement du métrage. A vrai dire, cela a peu d'importance, le film vaut surtout pour le ballet d'images qu'il offre. Deligny n'est pas un homme de cinéma, mais il affiche une sensibilité très marquée à l'image, une image pure, débarrassée d'ornements et d'artifices pour une expérience de cinéma nouvelle.

Film thérapeutique donc, mais fait avec sincérité et passion. L'objectif est autant de faire évoluer le jeune homme dont Deligny s'occupe, Yves Guignard, qui "joue" logiquement le rôle principal, que de transmettre un ressenti particulier de l'équipe éducative. Deligny l'explique très bien dans les cartons introductifs du film : le moindre geste de ces "débiles", de ces "monstres" est pour eux source d'émerveillement.

Le film porte bien son nom : il s'agit bien de sublimer le moindre geste, de sublimer le geste moindre, trivial, des jeunes dont Deligny et son équipe s'occupent. C'est ce qui justifie le rythme lent et contemplatif, ainsi que la narration nébuleuse de l'ensemble qui ne sert que de prétexte à cet éloge du geste, du mouvement.

Des voix se superposent aux mouvements diffus de Yves. En jouant de l'artifice cinématographique, Deligny a en fait trouvé le moyen de rendre la parole à Yves en raccordant des sons enregistrés et des images. L'idée suscite l'admiration même si son exécution est un peu bancale, la faute à un amateurisme qui est à la fois au fondement du film mais qui montre aussi les limites de ce concept cinématographico-médical.

Toutefois, la pureté de la démarche emporte le morceau d'autant que le film compte de très beaux passages.

Mordechaye
Mordechaye
Niveau 10
04 mars 2014 à 15:21:45

Joli texte,ça donne carrément envie !

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
04 mars 2014 à 15:24:05

Merci ! J'ai pas plus aimé le film que ça mais l'idée et la démarche sont admirables.

Les français sont très forts pour travailler le son et l'image, le film s'inscrit par son dispositif dans le sillon d'autres films géniaux comme Moi, Pierre Rivière, Un homme qui dort, Hiroshima mon amour, ou encore Sans soleil.

OGrandRutten
OGrandRutten
Niveau 55
18 septembre 2023 à 11:42:52

Très envie de voir ce film.

J'ai entendu des mots de Deligny, que lui emprunte Claire Doyon dans son film Penelope mon amour (film sur sa fille porteuse du syndrome de Rett), et la curiosité m'a prise. Vaguement, cela disait que nous (normopathe) remplissions notre quotidien de gestes inutiles, une maniere de faire un lien avec les autistes qui sont peuplés de gestes "parasites".

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