Prix de la mise en scène du festival expérimental.
Avis
Mamoru Oshii fait parti de mes réalisateurs préférés, au Japon et dans le monde entier. Je me souviens encore le premier film que j’ai vu de lui GITS (forcément), moi qui était habité à Dragon Ball et compagnie (Club Dorothée oblige), ça m’a donné une autre vision de l’animation, loin de n’être que destiné à s’amuser comme un enfant ou de n’être qu’un format voulant singer le cinéma live, pouvant être bien profond et repoussant l’imaginaire, surtout au japon.
Mais du peu de ce que j’ai vu de Oshii dans le cinéma live, ce n’était pas génial. Le seul que je retiens c’est Avalon, qui m’avait laissé assez dubitatif.
Ici je dois dire que ça doit être le film live le plus proche de l’animation que j’ai vu. Parce que la volonté même du film est parfaite pour en faire un film d’animation.
Talking Head c’est typiquement le genre d’œuvre que j’adore, parce que ça parle et montre ce que j’aime dans l’art. Parce que l’art ça n’est pas quelque chose de bien défini, l’art c’est avant tout ce que le spectateur en fait, c’est sa vision qui crée l’art, et non l’œuvre. C’est en partie cela que le fiklm essaye de démontrer, que le spectateur est bien maitre de sa propre vision plutôt que qu’esclave de celle d’un autre.
C’est que j’aime avoir dans le cinéma, un film où les interprétations peuvent énormément différer selon le spectateur, le genre de film où on nous donne que quelques cartes et pas le paquet en entier.
Mais loin de n’être qu’une ode à la réflexion personnelle, Oshii livre aussi un film voulant aller contre les visions prédéfinis du cinéma et de l’art. Que l’art c’est quelque chose de beau, quelque chose qui nous fait nous sentir bien, qu’un film doit être fait comme ça, qu’il ne faut pas faire telle ou telle chose. Ce genre de pensée qui va à l’encontre de l’esprit créatif, qui le tue carrément comme ici chaque protagonistes meurent au fur et à mesure que le film avance.
Enfin je parle de protagonistes, mais ils ne sont pas vraiment des personnages, mais plutôt la représentation même de la personnalité de chaque membre d’une équipe de film. Et c’est parce qu’on voit directement leur personnalité, qu’on se rend contre à quel point chaque personne est différente et particulière, et que donc il n’y a pas de limite à l’imaginaire.
Comme il n’y a donc pas de limite à l’animation. Parce qu’il est ici avant tout question d’un film d’animation, montrant chaque composant pour en créer un, chaque secteur permettant de faire un film d’animation. Et même ça c’est remis en cause, parce qu’au Japon comme ailleurs, on a une façon de faire, et même si on laisse de la liberté, on en laisse pas assez.
Talking Head c’est clairement le genre de film dont je pourrai à la fois parler pendant des heures et en même ne pas savoir quoi en dire. Ni un documentaire, ni un film histoire, ni un making of, ni un cours sur le cinéma, et pourtant tout cela à la fois, le genre de film inclassable et hors norme.
Même visuellement, on est dans une salle de cinéma, mais aussi dans les locaux de la création d’un film, film qui est celui que nous voyons. Un film qui parle de lui-même, de son histoire, de sa création mais aussi du cinéma parlant de ce film. Ca interroge le spectateur sur sa propre vision du cinéma et en même temps ça parle de la propre vision de Oshii sur le cinéma, et même plus que ça, ça n’est pas qu’une vision, on se retrouve directement dans le cerveau de Oshii, dans son génie créatif, ou sa folie créative, qui se confronte à notre propre folie.
La photographie même du film aidant beaucoup pour moi, basé principalement sur 2 couleurs, le noir et le rouge, jouant d’une luminosité rougeâtre et de l’ombre, rendant déjà le film plus mystérieux et beau, mais ce sont aussi deux couleurs que j’aime beaucoup.
Enfin pas seulement que j’aime parce que c’est « beau », mais ce sont deux couleurs qui me parlent profondément, qui me rappelle beaucoup de choses, et quand elles sont aussi bien utiliser dans un film, moi ça me touche énormément.
Mais Talking Head c’est aussi œuvre très peu ouverte, pas facile d’accès, ça ne cherche pas à toucher le plus grand nombre, même si ça le voudrait. Si on n’accroche pas directement, ce qui ne m’étonnerait pas du tout, on aura du mal à pleinement s’y plonger. Par contre si, comme moi, on est accroche, alors on se plonge dans le film du début à la fin sans presque voir le temps passer.
Presque, parce que je trouve que 15 minutes de moins n’aurait pas fait mal (c’est d’ailleurs pour ça que je ne lui mets pas la note maximale), mais pas à enlever à la fin du film, qui prend même le spectateur à contre pied en lui montrant qu’un générique ne met pas forcément fin à un film.
9.5/10