Ce que la galerie CL ne laisse pas forcément paraître, c'est à quel point le film est un véritable manifeste formel, bourré d'idées de mise en scène saugrenues et surprenantes. Dans tous les cas, c'est une expérience radicale, multipliant les séquences oniriques au point d'instaurer un brouillard épais dans le scénario du film. Vartanov, le réalisateur du film, affirme s'être inspiré de Truffaut et de Tarkovski. Pour Truffaut, je ne sais pas, mais pour Tarkovski, l'influence est là dans certains trips visuels. On pense aussi à Malick dans le montage (très très maîtrisé, il faut le dire) général et l'ambiance sonore mais un Malick qui aurait préféré à son amour pour Dieu et pour l'humanité, le goût de la chair à vif, du sang qui coule, et des coups de couteau dans la gorge et dans le ventre. Il y a du Noé et du Lynch là-dedans mais l'expérience proposée par Vartanov est très singulière, donc reconnaissons lui le mérite de faire quelque chose d'original.
Si le film, dans ses nombreuses idées et autres partis-pris esthétiques, se plante à de nombreuses reprises, il offre aussi souvent des accroches brillantes par la seule force d'un montage franchement virtuose et bluffant. L'ambition de Vartanov est complètement folle, il multiplie les tonalités, les thématiques, les prises de vue, les genres cinématographiques même (tantôt dramatique, lyrique, horrifique, dans l'action ou dans le thriller). Au programme, caméra subjective, objective, montage parallèle entre un lynchage et un baiser fougueux, gros plans et bien d'autres choses encore.
Et même si l'ensemble qui lorgne beaucoup sur l'expérimental se plante souvent donc, c'est l'ambition démesurée et la radicalité de l'expérience qui emporte le morceau.
Ah et inutile de dire que DoctorZoidberg DOIT voir ce film.