Ringo Lam a la grosse réputation d'être très très dur avec les acteurs sur le tournage de ses films, alors violent, j'en doute, mais sans aucun doute très exigent par rapport à ses attentes, très grandes et qui demandent une immense implication de toute l'équipe, d'un point de vue physique et surtout morale.
C'est pas la première fois que j'en parle, mais Lam est un cinéaste axant principalement son oeuvre sur ses personnages plutôt que sur les situations de son scénario, Full alert est un immense exemple et synthétise toute l'oeuvre de ce cinéaste de génie au travers d'un portrait des plus chaotiques sur la rétrocession.
School on fire tire toute sa puissance d'une de son propos, alors inédit dans le cinéma asiatique, c'est à dire l'influence des triades dans le milieu scolaire, de deux de sa mise en scène (toujours aussi documentaire) de sa narration dans la grosse lignée de The Big heat ou Fatal termination (mais bon ça me fait de la peine de le comparer à ce dernier) et de ses acteurs (Fennie Yuen
et Sarah Lee en tête).
School on fire se pose alors comme une des oeuvres les plus nihilistes du cinéma de l'ex colonie, un film de triade à la dimension social noirissime qui va engloutir un à un absolument tous ses personnages dans une spirale de violence morale et visuelle insoutenable.
Ringo lam montre, de la manière la plus direct et la plus violente qui soit un système scolaire envahis par l'influence des triades, il va alors faire péter un à un tous les codes très dramaturgiques et chevaleresques instaurés par John Woo dans son Syndicat du crime, ici pas d'amitié, de respect, de tolérance, les triades sont décrites comme un fléaux, un virus à la violence inouïe qui va contaminer chacun des personnages.
Personnages complètement délaissés et invisibles aux yeux de la société, les professeurs sont impuissants, les parents absents ou trop faibles, des policiers incapables de faire respecter l'ordre, que reste t-il pour cette jeune fille qui est y entrée malgré elle suite à un meurtre d'un de ses camarades de classe? Rien du tout, même son petit ami issue du milieu est trop impuissant pour s'opposer à son "Big Brother" .
Et donc le spectateur va assister, complètement impuissant, à la descente aux enfers de cette lycéenne, les jeunes ici se droguent, se prostituent, trafiquent, sont victime de chantage, je vous laisse imaginer ce que va endurer cette pauvre fille.
Et pourtant le réalisateur imprègne à son film des petits moments de la vie quotidienne, des petits moments joyeux, des moments d'amitiés et de réconforts bouleversants entre Fennie et Sarah, moment de courte durée hélas...
Mise en scène quasi documentaire comme à son habitude, exacerbant une violence plus que réaliste au milieu de centaines de figurants médusés par ce qui se passe http://www.youtube.com/watch?v=NOo2c6u-ewU (la première scène ), les acteurs prennent chers, les cascades sont impressionnantes, entre courses poursuites en moto et bagarre chaotique en pleine discothèque et ajoute encore plus à ce caractère pourtant bel et bien vrai de la délinquance juvénile (parait-il que Gangs est un classique aussi).
Difficile de juger le travail effectuer sur la photo vu la qualité lamentable de la copie mais on a droit tout de même aux éternelles cadrages minutieux du réalisateur et à des trouvailles visuelles vraiment sympa comme ce plan d'ensemble de ce bâtiment de Hong Kong vraiment pas très accueillant vu comme ça http://www.youtube.com/watch?v=1YdqYYmxcVM
Fennie Yuen (putain :coeurx20: a droit, à seulement 19 ans, à sa meilleur performance, faut la voir gueuler de toutes ses tripes, mon dieu c'est puissant quoi ), les gros plans sur son visage innocent apeurée et terrorisée sont fantastiques, Sarah Lee Lai Yui a droit au second rôle le plus immersif et réussis du film, elle a d'ailleurs eu une récompense bien méritée aux HKFA et tous les autres sont à fond dans leur rôle de Roy Cheung à Lam Ching Ying, en passant par Victor Hon Kwan, l'aspect documentaire est donc renforcée par des prestations tout aussi parfaites les une que les autres.
School on fire s'impose comme un des films les plus saisissants de Ringo Lam, sa masterpiece, et conclus avec virtuosité son immense série des On Fire.