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Liste des sujets

Pages cachées - Sokourov

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
18 décembre 2013 à 18:04:58

Réalisé par Alexandre Sokourov (ça calme direct :hap: )
En 1994
Avec Aleksandr Cherednik, Sergey Barkovskiy, Yelizaveta Korolyova
Nationalité : Russie (et Allemagne d'après CL :( )
Titre original : Тихие страницы (Tikhiye stranitsy)
Genre : Sokourov :hap:
Durée : 1h09

Synopsis : Inspiré par la littérature russe du 19e, et notamment le roman Crime et Châtiment de Dostoïevski, Sokourov dresse un portrait tragique de la société russe.

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
18 décembre 2013 à 18:05:18
  • Fiche Cinélounge : http://www.cinelounge.org/?page=film&num=14162
-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
18 décembre 2013 à 18:30:44

:globe: Evanescente épopée :globe:

Pages cachées donc, film de Alexandre Sokourov, sorti en 1994. On peut dire que le film porte bien son titre. On connaît bien la passion de Sokourov pour les autres arts, au premier rang desquels la littérature, et notamment celle des grands auteurs slaves du XIXe siècle (Dostoievski, Tolstoï). Et c'est ce que nous dit Sokourov en intertitre à l'ouverture de son film, "adapté des grands auteurs russes du XIXe siècle". Oui, il s'agit bien d'une adaptation, mais on est ici très loin de la retranscription des pavés de Dostoievski (que je n'ai pas lu mais qui m'intéresse grandement). On distingue ici vaguement les traits de Crime et châtiment mais le tout forme davantage une ligne fuyante, énigmatique et comme toujours avec Sokourov, qui ne se prête pas vraiment à l'exercice de l'intellectualisation.

Le film commence donc de la manière la plus admirable qui soit : plans longs et posés, caméra qui dévie doucement de ses cadres, image dont on peine à distinguer les contours, de laquelle s'échappe une sorte de fumée, tout ceci donne déjà l'impression de se retrouver dans un rêve. Puis, notre personnage, assis au bord d'un cours d'eau (?), sa tête dans les mains. On pense tout de suite à Nostalghia de Tarkovski et l'image de ce corps frêle, pâle, maladif renvoie au Deuxième cercle du même Sokourov (un des plus beaux films de la fin de l'ère soviétique).

Et on le suit, dérivant lentement doucement, en quête de sens, notre personnage arrive alors dans un lieu de débauche et s'ensuit une scène franchement malsaine et dérangeante, qui témoigne du talent admirable de Alexandre Sokourov, assurément l'un des plus grands formalistes de ce siècle, pour recréer des ambiances cauchemardesques ou oniriques avec trois fois rien, une image floue, changeante, tantôt surexposée, tantôt sous-exposée.

Et tout le film se situe donc ici dans cette belle ligne d'intensité où l'on entrevoit le mouvement laborieux de notre personnage, l'errance vouée au néant le plus total. Il s'agit donc bien d'un voyage lent, difficile, où l'on ne fait qu'entrevoir les thématiques de l'oeuvre du génial cinéaste, on y ressent vaguement ce rapport malsain, sordide à la Mort, cette passion pour la peinture (jamais Sokourov n'a donné autant dans le pictural, transformant parfois l'image en véritable tableau, cf ce plan http://www.cinelounge.org/imgfull/129030.jpg ).

La différence, c'est qu'avec l'âge, Alexandre a gagné en nuance, et presque, osons le terme, en subtilité. Nous ne sommes pas ici devant la beauté brutale et rugueuse du Deuxième cercle ou du Jour de l'éclipse mais devant quelque chose de beaucoup plus façonné, poli (du verbe polir :hap: ), d'où s'échappe pourtant quelques éclats violents et sublimes. C'est un film "sur la pointe des pieds" (je pique l'expression à Senscritchaiev de SC) où Sokourov semble ne jamais totalement achever (en tous cas de manière aussi brutale que dans ses films précédents) les idées de mise en scène et de narration qu'il a (et Dieu sait qu'il en a).

S'échappe donc une beauté presque évanescente, en demie-teinte du film, peut-être moins passionnée que celle du Deuxième cercle (oui, je sais, c'est la troisième fois que je le cite :hap: ). Et la référence persistante, mais tout aussi libérée, volontariste de Sokourov aux grands auteurs russes donne l'impression d'y lire un roman auquel on aurait retiré des pages. D'où le titre du film.

Mordechaye
Mordechaye
Niveau 10
18 décembre 2013 à 21:06:24

Bon c'est terriblement classique mais ça m'intéresse :hap: .

Mais tout m'intéresse :( .

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
18 décembre 2013 à 21:08:21

Comment ça terriblement classique ? :hap:

Cool sinon :-) Je crois que tu as vu Elégie de la traversée, non et que ça t'a plu ? Essaye celui-là alors, mais c'est peut-être un peu plus "difficile d'accès" (je déteste cette notion :hap: )

Mordechaye
Mordechaye
Niveau 10
18 décembre 2013 à 21:11:17

Mon commentaire était terriblement classique :hap: .

J'ai vu Elegie orientale cet été et j'avais trouvé un peu pété :rire: mais j'avais bien aimé finalement.

-Zappa-
-Zappa-
Niveau 10
18 décembre 2013 à 21:16:17

Ah, bah, Elégie orientale, c'est un peu surcoté, je trouve, par rapport à Elégie de la traversée :hap: Bon après, j'trouve ça énorme aussi, mais je suis un peu un fanboy de Sokourov donc bon :noel:

Si tu veux mes préférés de lui, t'as les Voix Spirituelles (mais long, 5h, et peut-être pas la porte d'entrée la plus facile vers son cinéma), le Jour de l'Eclipse et surtout, celui que je conseillerai, le Deuxième cercle pour la période soviétique. Mais les Elégies, c'est énorme aussi et c'est parfait pour s'y attaquer !

Mordechaye
Mordechaye
Niveau 10
18 décembre 2013 à 21:28:40

Ouais 5 heures c'est long,ça fait des mois que j'ai "As I was moving ahead (...)" sur mon DD et que je repousse le moment de le lancer à cause de ça :hap: .

Mais faut que je vois plein de trucs ,je déprime :snif: .

ShujiTerayama
ShujiTerayama
Niveau 10
18 novembre 2015 à 06:33:00

C'est un film brumeux, où plus aucune couleur ne subsiste si ce n'est par reflets bruns. Un climat de mort, presque apocalyptique d'où jaillit certains éclats de beauté. On est constamment saisi par l'image, par les idées totalement inédites de Sokourov. Tout ça nous interpelle...

Cet arrêt sur image, qui arrête le temps, d'où s'échappe une fumée, comme juxtaposant le temps arrêté à un temps divin; ou voir même une mystification de l'instant arrêté, comme reprenant vie une seconde fois.
Puis que dire de l'un des plus beaux mouvementx de caméra du cinéma. La scène où la fille blonde intervient pour la première fois dans le film. Elle vient voir cet homme, on est à ses côtés, derrière son dos, elle avance vers lui... et ce mouvement.
La caméra à leur rythme, les deux personnages avance l'un vers l'autre doucement, et Sokourov les rapprochent, d'un très subtile travelling compensé, puis du mouvement de la caméra qui domine enfin cet effet pour le couplé à un simple zoom liant les deux personnages définitivement dans le cadre, seuls dans l'intimité de l'instant.
C'est un geste d'amour pure, une tendresse divine... Ils son liés et rapprochés par la caméra et dès lors il n'y a plus que leurs deux visages comme une lumière vive dans l'obscurité la plus totale.
Un soudain instant de beauté.

WiIainChien
WiIainChien
Niveau 10
13 septembre 2016 à 13:03:20

Très bon film, pas aussi excellent que Faust selon moi mais à voir absolument.

Il est sur Cinemaz.to depuis hier, pour ceux que ça intéresse : https://cinemaz.to/torrent/13878-tikhiye-stranitsy-aka-whispering-pages-1994-720p-bluray-dts-x264-nogroup

(c'est avec inscription mais y a pas besoin d'avoir un bon ratio pour rester)

Message édité le 13 septembre 2016 à 13:03:34 par WiIainChien
oldsoul
oldsoul
Niveau 10
13 septembre 2016 à 14:48:07

Je le préfère à Faust. Mais c'est marrant que tu le compares à lui parce que c'est deux films qui ont énormément de points en commun.

Sinon mon avis de l'époque très fidèle à l'école de la Folie spirituelle, très content.

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