Vertov est un cinéaste russe d'avant-garde, dont le pseudonyme signifie "Toupie qui tourne". Un pseudonyme qui fait corps avec le cinéma du russe, qui fait l'apologie du futurisme, et qui recherche sans cesse la vitesse et le mouvement, que ce soit par le montage ou par la réalisation. Il est Influencé par le mouvement futuriste russe qu'on appelle "cubo-futurisme", et fonde son propre mouvement esthétique, les KINOKS, avec sa famille. Ils publieront une revue filmée appellé la Kino Pravda, contenant 22 numéros dont 2 consacrés à Lénine. Le premier manifeste des KINOKS parait en 1923 dans la revue Kinophot, dans un texte intitulé "Nous", décrivant les principes les plus importants du mouvement. Vous pourrez le retrouver ici :
http://revuemanifeste.free.fr/numeroun/manifestedv.html
Le second manifeste, le plus connu, s'appelle "Kinoks Revolution".
Le principe le plus important, chez Vertov, c'est la vie. Il filme, tout simplement, il montre ce qu'on ne montre pas d'habitude, il se positionne aux antithèses du drame et de la surécriture du cinéma dominant pour coller au réel et se focaliser sur l'imprévu et la vie, tout simplement. Son premier long-métrage, Kinoglaz, sous titré "La vie à l'improviste", sort en 1924. Si le film possède de nombreuses idées formelles et conceptuelles, il semble finalement assez mineur, dans le sens où il ne fait qu'anticiper ce que Vertof appelle son chef d'oeuvre, l'Homme à la caméra en 1929. En effet, le réalisateur dira à propos de Kinoglaz : "Il faut reconnaitre que le thème de l'Homme à la caméra est tracé, à la différence près que la caméra n'apparait pas à l'écran". L'Homme à la Caméra semble en effet être une application totale du manifeste de Vertov. Oeuvre expérimentale muette, destiné à montrer et mettre en pratique les principes énoncés par les Kinoks, elle ne possède ni scénario, ni acteurs, ni décors. La caméra est assumée, apparait plusieurs fois à l'écran, et les effets témoignent d'une volonté de jouer avec l'image, de la transformer au maximum par des ralentis, des fondus, des enchainements innatendus, et une maîtrise du montage totale, véritable ode au futurisme. Tout cela dans le but de montrer au cinéma ce que le spectateur voit au quotidien, mais que son oeil ne perçoit pas - difficile ici de ne pas penser à Brakhage qui voit le cinéma comme une abstraction permettant de dépasser la perception classique de l'Homme, dans tout les cas le but est le même, même si l'exercice formelle chez Brakhage doit sans doute plus au futurisme italien qu'à Vertov.
Vertov prend pour objet le peuple et la vie, par conséquent il doit renoncer à raconter une histoire. Le principe de fiction gâche le cinéma. Il doit être exempté de cette narration, les plans ne doivent pas être au service du scénario. Le cinéma doit être un révélateur de la réalité, et la caméra doit opérer comme un nouvel oeil, un nouvel outil de compréhension du monde. Pour cela, Vertov utilise avant tout le montage, qu'il considère comme le fondement du cinéma non narratif, permettant de dévoiler le monde de manière inédite, par un débit d'images et d'enchainement suscitant notre regard constamment, par un flux perceptif et sensoriel dense et inniterrompu.
Voilà, ce que j'ai pu synthétiser de mes recherches, mes visionnages, et ce que j'ai entendu sur ce réalisateur qui m'intéresse énormément, ça peut paraitre un peu survolé, du fait que je n'ai vu que Kinoglaz, L'Homme à la caméra, et Trois Chants sur Lenine, mais la philosophie de ce réalisateur me semble tout aussi fascinante que ses films, et donc ça me parait important qu'il ait un topic à lui.