Un film de Robert Wyse, avec Rossana Podesta et Jacques Sernas dans les rôles principaux. Sorti en 1956, avec Raoul Walsh (le génial réalisateur de Souffrance Humaine) en second réal et qui n'est pas crédité. Musique de Steiner, produit par la Warner.
Synopsis : Le prince troyen Pâris quitte son royaume pour porter un message de paix au roi Ménélas de Sparte. Mais, lors d'une tempête, le mât de son navire se brise et l'entraîne en tombant dans les flots. Pâris échoue sur une plage de la côte grecque où Hélène, la femme de Ménélas, le trouve à bout de force. Elle le soigne en secret et ils ne tardent pas tomber amoureux. Avant de rencontrer Ménélas, Pâris doit se plier aux coutumes et affronter Ajax dans un combat singulier dont il sort brillamment vainqueur. Ménélas voit aussitôt en lui un dangereux adversaire doublé d'un grand rival et le fait emprisonner. Hélène, surprise alors qu'elle préparait l'évasion de son amant, s'enfuit avec lui à Troie. Sa trahison, outre qu'elle bafoue Ménélas, déclenche immédiatement un énorme mouvement offensif des Grecs qui s'embarquent pour aller attaquer Troie.
Critique :
Quelle déception. Ca commençait tellement bien. Ouverture musicale de 5 minutes, une composition magnifique de Steiner, la splendide Podesta dans le rôle d'Hélène, j'en bavais d'avance. Première déception, et pas des moindres, l'anglais. Entendre Priam parler d'un ton très américain, entendre de la bouche de Paris : « Promise we'll meet again », ça m'a déjà assez déplu. Bon, le temps de s'y faire et de revoir ses attentes à la baisse, et on peut s'attarder sur le film.
L'Iliade d'Homère est l'une des plus grandes œuvres culturelles ayant jamais existé, l'adapter en deux heures ou même en cinq est rigoureusement impossible, on est d'accord. Je pensais que Wise se donnait les moyens. Pour les bons côtés, je peux parler des décors, sublimes, des costumes cohérents, et d'une excellente gestion des figurants, parce que voir un bon millier d'athlètes sous des habits grecs courir vers les murailles troyennes c'est grandiose. Ca s'arrête là. Pour le reste, c'est réellement grossier. Non, je suis désolé, Ulysse ne salue pas les grands chefs de guerre grecs d'un hochement de tête comme on le ferait en croisant notre boulanger dans la rue. Non, les grecs ne sont pas tous des gros méchants sournois. Non, Paris ne meurt pas d'un coup d'épée dans le dos pendant qu'il combat Agamemnon. Non, Hector n'est pas une figure héroïque sans peur affrontant Achille la tête haute. Non, Paris ne tue pas Achille d'une flèche tandis que ce dernier vient d'affronter Hector seul à seul et ramène le corps. Je refuse de croire que des troyens sur-entraînes jettent leur javelot de cette façon, la pointe en l'air et en zigzag.C'est une vaste blague. C'est risible, à côté de ça Petersen a tout compris.
A l'époque, le film était disponible au format Cinemascope. D'accord, ça devait être pas mal, pour un film qui multiplie les plans larges et qui se veut épique. Sauf que c'est pas non plus glorieux au niveau de la réalisation. Le premier défaut – basique du genre, me diras-t-on, sauf que 5 ans plus tard des films comme Jason et les Argonautes où le génial Barabbas s'en passe très bien – se trouve dans le sur-utilisation de la musique. Oui, elle est belle, Steiner fait du beau boulot, le thème d'Hélène est d'une grande pureté, mais bon sang il n'y a pas plus de cinq plans sans musiques. Inutile de préciser que ça nuit à la compo et au film avant tout. Techniquement c'est pas non plus la fête. Des inserts ridicules et complètement ratés, des plans clairement sous-exposés, de mauvais raccords sons, on a même, lors d'une scène sans doute difficile à tourner j'en conviens, un personnage qui crie, on entends sa voix, mais il ouvre à peine la bouche à l'écran. Ca fait tâche. Après il y a indéniablement quelques beaux plans, les bateaux grecs au loin, la statue terrifiante d'Athéna, mais on retrouve de gros soucis dans la réalisation.
Alors voilà, je suis vraiment très déçu, je connais pas Wise, on m'avait dit que c'était pas n'importe qui. Ce film semble donc ne pas lui faire honneur, et les quelques belles choses – Ulysse apparaît comme l'être perfide et sournois qu'il est, Paris et Hélène sont des envoyés de l'enfer aux yeux de Priam et de Troie tout entier – ne suffisent pas à faire oublier les lacunes de ce film très moyen.