Avant de voir Ad Astra j'essaye de rattraper les Gray que je n'ai pas vu et je dois dire que je suis peut-être un poil déçu de ce The Immigrant. Si je trouve que le film est techniquement très bien réalisé, on a des beaux décors, une distribution au poil, des personnages ambigües (surtout Phoenix), une belle lumière, un cadre absolument parfait... et que tout est fait pour sublimer Marion Cotillard, qui aura rarement était aussi belle...
Je trouve le film peut-être un poil ronflant, trop académique... comme s'il manquait de vie, comme si James Gray avait oublié d'instaurer un peu d'émotion dans son mélodrame. Alors il y a de l'émotion, au début et à la fin je dirais, mais disons qu'il aurait dû en avoir plus, qu'on se fasse littéralement emporter par cette belle histoire, par ces personnages.
On retrouve les obsessions de Gray, notamment autour de la famille, de son déchirement et des choix faits par les personnages pour tenter (ou non) de la maintenir ensemble alors que la facilité et le bonheur individuel viserait à faire d'autres choix. Et j'apprécie vraiment ça, notamment avec le personnage de Jeremy Renner qui vient offrir à Cotillard un petit moment d’accalmie, une porte de sortie pour le personnage... Porte de sortie que l'on sait qu'elle ne pourra pas prendre, ce qui rend l'espoir procuré par Renner d'autant plus tragique.
Mais malgré ça, malgré Phoenix qui est vraiment excellent en proxénète amoureux, avec tous les dilemmes internes que ça engendre, ben le film ne décolle jamais vraiment. Il reste un peu trop délicat là où il aurait fallu du bruit et de la fureur. Même chose pour le personnage de Cotillard qui est un peu trop prévisible, un peu trop écrit comme une oie blanche qui surplombe un peu tout ça... alors qu'il aurait été plus intéressant de la voir prendre du plaisir, malgré l'adversité, malgré les coups durs, à sa vie New-Yorkaise faite de débauche. Disons qu'elle fait un peu trop la gueule et est trop monomaniaque, n'a pas assez de contradiction pour la rendre réellement humaine et attachante.
Donc elle a beau être le personnage central, je me suis plus intéressé à Phoenix, personnage complexe dont on comprend les motivations, les remords, les regrets.
Reste que j'ai bien aimé le fait de peindre cette immigration comme une souffrance, comme un espoir qui se trouve pris de plein fouet par le réel... la pauvreté et la nécessité de survivre.
Bref, à défaut d'être le meilleur Gray, on y retrouve ce que l'on aime dans son cinéma, son sens du cadre, ses dilemmes familiaux... mais ça reste trop sage.