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John McCabe - De Robert Altman

KingRabbit----_
KingRabbit----_
Niveau 10
07 avril 2013 à 21:18:41

Titre: John McCabe, a.k.a McCabe & Mrs. Miller
Réalisé par: Robert Altman
Date de sortie: 1971
http://www.imdb.com/title/tt0067411/
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=1345.html

Avec Warren Beatty et Julie Christie

"En 1902, John McCabe arrive à Presbyterian Church, une petite ville de l'Ouest américain, pour ouvrir un bordel. Mme Constance Miller, une prostituée, lui propose son aide et son expérience en échange d'une partie des bénéfices. Mc Cabe accepte, mais le succès de l'établissement fait des jaloux..."

KingRabbit----_
KingRabbit----_
Niveau 10
07 avril 2013 à 21:19:23

!! ATTENTION SPOILER !!

Un homme endimanché dans une épaisse fourrure d'ours débarque dans une cité minière pouilleuse du fin fond de l'ouest américain, couverte de charpentes, de bois et de boue.

Il rentre dans le saloon local, rempli de poivrots, des miniers se reposant après une dure journée de labeur, et le temps se suspend. L'étranger a sur lui un colt bizarre, et on susurre déjà - alors qu'il ne s'est présenté à personne - qu'il s'appellerait John McCabe, et qu'il serait un redoutable tueur ayant déjà à son actif bon nombre de victimes.

Très rapidement, on comprend, que le personnage de John McCabe n'est pas Pale Rider, ou l'Homme des hautes plaines. Le personnage campé génialement par Warren Beatty, n'a absolument rien de la légende qui le précède.

C'est un alcoolique, un froussard, un inconscient, un guignol, un inculte, un grossier personnage, un idiot, un très mauvais comptable (il confond les débits et les crédits), et surtout au bout du compte un anti-héros absolument attachant.

L'histoire est à la fois toute simple, limpide, et hyper efficace.
John McCabe est un entrepreneur, et il veut fonder, dans cette ville naissante, un bordel.
Pour cela, il sera amené à s'associer avec une mère maquerelle totalement indépendante (Julie Christie), pour faire marcher l'affaire. Et étonnamment (et malheureusement pour lui), son business marchera formidablement bien (ce qui va attirer les convoitises de nouveaux capitalistes bien plus puissants que lui, qui devant ses refus insolents de se faire racheter tout son business à bon prix, lui mettront des tueurs impitoyables aux trousses).

C'est aussi une jolie histoire d'amour qui n'est pas si anodine qu'il n'y paraît, car elle entraîne des conséquences importantes sur le déroulement de l'histoire. Il y a un jeu d'attraction-répulsion entre McCabe et Mrs Miller, mais c'est surtout cette dernière qui domine le rapport de force.

Alors McCabe, comme un gosse essaye de parvenir à impressionner celle qu'il aime, mais qui l'ignore et le frustre, et c'est avec une insouciance totale, et dans des séquences hilarantes qu'il se permet de balancer des blagues vaseuses à ceux qui vont lui mettre des tueurs sur son chemin, pour montrer qui est le patron dans son style si personnel, et pour bien souligner qu'il ne lâchera en aucun cas son affaire juteuse.

Et trois tueurs arrivent tranquillement en ville. Leur leader est un cube de deux mètres de haut (l'acteur Hugh Millais campe l'un des méchants les plus impressionnants que j'ai pu voir dans un western) et possède un fusil au moins aussi grand que lui, attaché à son cheval également tout aussi massif.

Bref, autant dire que McCabe ne fait plus le fier, et va tenter de "négocier" avec eux, pour repartir sur de bonnes bases, et surtout sauver sa peau. La scène en question est géniale, avec une finesse et une drôlerie dans les dialogues que ne renierait pas un Tarantino en très grande forme.
Le tueur campé par Hugh Millais, "Butler" est sadique, et inquiétant (mais drôle aussi!) par son ironie mordante.

Après avoir laissé McCabe s'enfoncer dans des circonvolutions verbales et s'être délecté de ses justifications, il finit par le couper dans son élan en lui expliquant tout simplement qu'ils ne sont pas là pour "négocier", qu'ils ne comptent pas du tout acheter personnellement le bordel, et qu'ils sont ici pour "chasser l'ours".. Tout en constatant que ce McCabe est un guignolo pathétique n'ayant vraisemblablement jamais tué quiconque.
Bref le temps de McCabe est désormais compté.

La démythification du western se poursuit avec l'un des acteurs récurrents d'Altman, Keith Carradine arrivant dans le film aussi vite qu'il en repart dans une scène particulièrement horrible, cruelle, traumatisante car injuste, et sans la moindre once de pitié.
Carradine, tout jeune, est un cow boy morveux et adorable qui vient juste dans le coin pour passer du bon temps dans le bordel de McCabe, il est absolument inoffensif, incapable de se servir d'un pistolet, et n'emmerdant personne, il se fait pourtant lamentablement humilié puis tué par l'un des tueurs de la bande qui n'a rien de la figure classique du bad guy du western (au contraire du leader), puisque c'est un blondinet poupin aussi jeune que lui arrogant. La scène prend un caractère d'autant plus effrayant.

Mais si le film annonce comme bien d'autres le crépuscule de l'ouest américain, et la naissance d'une civilisation moderne, cette dernière apparaît également tout aussi miteuse (la scène frappante quand McCabe va en ville pour demander la protection d'un avocat moustachu goguenard est également hilarante à ce titre et témoigne d'une impuissance totale des institutions modernes et de ses pseudos principes).

On reconnait aussi la patte très marquée d'Altman dans le sens, où il y a toujours un foisonnement de personnages (et de dialogues) qui coexistent dans des mêmes plans, sans qu'aucun ne semble anecdotique ou sous exploité ((hormis la présence de Shelley Duvall qui m'a paru un peu inutile au passage, mais ça ne nuit en rien au film) et qui font pleinement parti du monde dépeint.

Or justement le final du film, la confrontation ultime avec les tueurs, toute cette masse étourdissante de personnages a disparu (en réalité à cause d'une diversion, l'église brûle, ce qui les écarte du récit) pour laisser place pour la première fois et soudainement à un univers quasi-désert avec une poursuite façon no country for old men pleine de tension.

Les ultimes scènes baignant dans la neige sont magnifiques (à l'exception d'un filtre optique pas top simulant l'effet de neige, mais discret), où le tueur et sa proie pataugent tous deux en se mouvant laborieusement.
Le tueur ayant même les airs du gros ours qu'il annonçait pourchasser avec sa fourrure gigantesque et sa démarche pataude!

La légende raconte aussi qu'Altman a profité de ces scènes pour se venger de Beatty qui lui avait pourri la vie tout le long du tournage. En effet Altman aime tourner rapidement et être efficace, alors que Beatty, en mode actor's studio est un perfectionniste maladif demandant à refaire des prises pour tout et n'importe quoi (et finalement on ne saurait lui donner tort, tant il est excellent).
Du coup Altman s'est amusé à lui refaire des centaines de prises où il se mange des flocons dans la tronche dans des scènes rappelant immanquablement l'état effroyable de Nicholson à la fin de Shining.

Au bout du compte John McCabe est un grand film, un grand western bourré d'ironie, de dérision, et de légèreté, et une des variations (si ce n'est LA variation) les plus réussies sur le thème du crépuscule du western.

Et paradoxalement, on peut même se demander si à la fin, John McCabe n'a pas réussi un peu malgré lui à devenir "La légende" de l'ouest présentée au début du film.

Chef d'oeuvre! (Et quelle musique de Leonard Cohen!)

-Assurance-
-Assurance-
Niveau 10
22 juillet 2016 à 14:09:34

Il y a des jours où tu te demandes pour quelles raisons tu ne vois pas plus de films d’un cinéaste alors que les différents aperçus que tu as eus de sa filmographie t’ont marqué par leur intelligence. C’est mon cas avec Robert Altman dont sa vision acérée d’un Hollywood gangrené m’avait remué dans The Player. Mais c’est surtout la finesse de sa représentation de la société américaine qui m’avait bouleversé dans son chef d’œuvre Short Cuts. Et John McCabe ne déroge pas à la règle tant le film m’a mis une petite baffe à tous les niveaux. La première qualité marquante qui saute véritablement aux yeux pour le coup est cette photographie incroyable, véritable peinture orchestrée par le regretté Vilmos Zsigmond qui dégage une atmosphère particulière selon les lieux où l’action se situe. Les scènes d’intérieur dégagent notamment quelque chose de très envoûtant, comme si une sensation de chaleur envahissait toute la pièce qui est filmée. Les extérieurs sont au contraire froids, bruns et sales, conférant à la scène un aspect hostile dans lesquels l’humain médiocre patauge, s’enlise. Formellement parlant ce film est un véritable bijou mais il n’y a vraiment pas que ça.

La mise en scène notamment n’est vraiment pas en reste, l’ensemble étant filmé tout en maîtrise et surtout tout en finesse. Je veux dire par là que Robert Altman ne va jamais surligner sa scène de manière lourdingue, beaucoup d’idées et d’enjeux passent par l’implicite, par les non-dits. Et c’est ce qui rend cette relation entre McCabe et Mrs Miller aussi belle car elle respire l’authenticité, le vrai, rien que par l’écriture des personnages et par la façon de mettre en scène leurs interactions. La déception qui se lit dans le regard de McCabe quand il apprend que Mrs Miller est avec un client peut servir d’exemple pour illustrer ce propos. Il n’y avait pas besoin de rajouter un dialogue explicatif, tout passe par l’image, la direction d’acteurs et c’est tout simplement brillant.

Et quelles prestations pour incarner ces personnages, le tandem Beatty-Christie est tout simplement excellent. C’est d’ailleurs dingue de voir à quel point le jeu de l’actrice a évolué depuis Dr Jivago où je trouvais que son interprétation mécanique était le point faible du film. Ici c’est tout l’inverse, elle sait rendre son personnage indépendant et fort. Une femme entreprenante, courageuse, avec du caractère et un charme dingue. Une vraie femme quoi ! Et cette relation entre les deux personnages principaux est passionnante à voir évoluer avec cette rivalité aussi intense que leur attirance mutuelle. Mais elle est aussi dramatique de par son aspect irrémédiablement superficiel, monnayé et finalement sans véritable avenir. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le titre du film est ainsi puisque les enjeux reliés aux deux protagonistes principaux sont très passionnants et illustrent à merveille la complexité des interactions humaines.

Mais le film ne s’arrête toutefois pas là en arborant aussi une toile de fond sur la fin d’une époque ainsi que sur la fin annoncée d’un genre cinématographique : le western. L’industrialisation est galopante, la voiture fait son apparition et la figure de l’homme de l’ouest devient obsolète, comme broyée par l’arrivée fracassante de cette nouvelle ère. Idée véhiculée aussi à travers le personnage de McCabe qui est précédé d’une réputation de fin tireur alors qu’il n’est qu’un sombre couard qui se retrouvera pourtant confronté à son destin absurde. C’est bien là le grand drame en sous-texte de ce film, le progrès avance et les hommes sont condamnés à disparaître gratuitement, subitement et sans que l’Histoire ne les retiennent. A ce titre le final est aussi amer que superbe. Robert Altman aura frappé fort avec ce film qui brille sur tous les aspects et propose une relecture intelligente du genre. Sans oublier ces magnifiques compositions de Leonard Cohen, d’une grande beauté apaisante mais surtout d’une profonde tristesse. McCabe and Mrs Miller est une œuvre brillante et à (re)découvrir absolument.

Message édité le 22 juillet 2016 à 14:12:08 par -Assurance-
AllSunny
AllSunny
Niveau 44
14 juillet 2017 à 00:41:02

Le jeu de Julie Christie dans Dr Jivago correspond plus à un choix de direction d'acteur. Dans Darling de la même année elle fait aussi la femme forte et charmante.

Sinon c est étrange pour moi de me dire que la musique était impeccable mais de ne pas pouvoir m en rappeler.
Le film n'est pas dans mes coups de coeur, mais n'est mas moins remarquable.

Message édité le 14 juillet 2017 à 00:41:27 par AllSunny
AllSunny
AllSunny
Niveau 44
14 juillet 2017 à 00:45:49

A la limite, dans la partie finale, la neige plaquée en effet spécial post prod m'a un peu trop dérangé. Il y a certes un charme et je me doute que y avait pas d autre choix mais ça m'a quand même agacé.

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