Prodigal Son est un film intéressant à bien des égards, d'une part l'oeuvre relança la Kung fu comedy alors en énorme de perte de vitesse ( faut dire que les Hong kongais sont très friands de nouveautés, et se lasse, pour le plus grand malheur des réalisateurs, très vite des genres exploités à l'écran) et surtout propose une vision du genre assez original pour le coup, emprunt du caractère bien lunatique de son réalisateur.
Sammo Hung s'amuse comme un petit fou à casser tous les codes du genre établis par Liu Chia Liang et cie, au désire non conformiste, le film suinte du style du réalisateur à chaque seconde, et tout comme Pedicab Driver, le film passe de la comédie au drame et a l'ultra violence cher à Sammo Hung en un claquement de doigts (voir l'attaque hallucinante des ninjas contre la troupe de théâtre).
Adieu les principes de tolérance (mot qui ne fait pas parti du "dictionnaire" de Frankie Chan) , de générosité (dont la calligraphie sera entaché de sang ), le Kung fu est relégué au rang de simple defis où "tous" les coups sont permis, le mot à retenir quand on apprend la boxe, n'est pas la tolérance, mais la vengeance, il faut être sans pitié face à l'adversaire, cette phrase donne bien le ton du film.
Lam Ching Ying préfère avertir lui même son élève : Lorsqu'il maîtrisera le Wing Chun, de nombreux défis lui seront lancé et il finiras un jour par se faire tuer ( voir les méthodes peu scrupuleuses du père de Frankie Chan lorsque celui-ci tombe sur un adversaire plus fort que lui ...)
Yuen Biao est bien décidé à maîtriser cet art, peu importe les conseils de son sifu.
S'en suit ce qui est pour moi, la plus grande séquence d'entrainement de l'histoire des films de Kung fu.
Pourquoi? tout simplement parce qu'en plus de nous apprendre des éléments formidables sur le Wing chun que je n'aurais jamais su dans un Ip Man ( no troll ), Yuen Biao réutilisera TOUT ce qu'il a appris lors de son combat final, l'entrainement a réellement porté ses fruits, on voit clairement la progression du personnage, chose que je n'avais jamais vu exploité aussi bien dans ce genre de film.
Le Passage à la campagne fait donc un bien fou, et permet au spectateur de souffler suite aux évènements dramatiques passés.
On a même droit à une pure démonstration de calligraphie version Kung fu de la part Sammo Hung (impressionnant de dextérité et de souplesse malgré sa forte corpulence), une scène d'entrainement sur une table, sans déconner cette partie qui dure bien 30 bonnes minutes est la meilleure du film.
Les affrontement augmentent crescendo, si les premiers combats ne sont pas bien impressionnant du fait de la non maîtrise de Yuen Biao, faut voir le combat entre Lam Ching Ying vs Franckie Chan et le combat final , final absolument dantesque où tous les conseils des deux maîtres sont mis en pratiques, d'une agressivité, d'une rage et d'une rapidité comme Sammo Hung en a le secret (séquence dans mon top 5 des meilleurs bastons).
Vous l'aurez compris, ce film est une pièce majeur du cinéma Kung fu, un film préfigurant la nouvelle vague de Kung fu pian à Hong Kong, une oeuvre d'une rare noirceur ( dans sa description des arts martiaux) , mais non dénué d'humour et de fraîcheur.