« Her » vu !
J'étais plutôt impatient de regarder ce film. Tout d'abord parce que ça fait du bien que le cinéma approche le sujet de l'intelligence artificielle d'une autre façon que les visions cataclysmiques habituelles façon Hollywood. Je pense par exemple à « Terminator », ou plus récemment le monstrueusement mauvais « Transcendance ». Histoire d'amour entre un homme et une IA, je signe !
D'ailleurs ce serait tellement réducteur de résumer le film à cela, alors qu'il pose des questions existentialistes très intéressantes rappelant « Ghost in the Shell ». Même si le malheureusement sous-estimé « IA » de Spielbierg présentait quelques défauts, notamment dans son second acte, il abordait son sujet d'une façon particulièrement intéressante, en mettant l'accent l'intégration de l'IA à la société. J'étais donc impatient de voir quelle approche prendrait « Her ».
Enfin, je voulais également le voir pour Joaquim Phoenix. Pas parce que j'adore la filmographie du bonhomme, vu que je n'ai vu qu'un ou deux films avec lui, mais plus parce que je sentais qu'il aurait la capacité à me surprendre, à véhiculer les bonnes émotions au bon moment.
« Her » a t'il donc réussi le pari de me séduire ? Je n'ai pas envie de faire de suspens, parce que Her a fait plus que ça, je suis tombé amoureux de ce film !
L'amour, c'est justement l'un des points centraux de ce film. Theodore, incarné donc par Joaquim Phoenix, est complètement paumé sentimentalement depuis sa rupture avec Catherine. Incapable de se sortir les doigts du cul pour rencontrer des gens, il se rabat donc sur le nouveau système d'exploitation sorti qui est en réalité une IA, doublée par Scarlett Johansson qui donne ici un travail splendide. Quelle voix !
L'évolution du personnage de Théodore à partir de ce moment clé sera extrêmement intéressante et joué à merveille par Phoenix. En tout simplicité, il véhicule les émotions, on en finit même par ressentir les choses à sa place. Les plans, sans fioritures, épurés et la musique très discrètes mettent en valeur chaque scène avec brio, c'est juste sublime. Finalement, l'aspest visuel et scénaristique du films restent très simples. L'histoire ne cherche jamais à faire de sous-intringues inutiles et c'est plaisant. Le sujet est et restera l'évolution d'une relation entre un homme et une IA.
C'est également par ce thème que le film apporte quelques questionnements. D'un point de vue purement philosophique, qu'est-ce qui nous définit en tant qu'être ? La possession d'un corps ? D'un esprit ? Le fait de pouvoir se refléter par rapport à son « moi » intérieur ? La capacité à surpasser sa condition initiale ? La scène où Samantha (l'IA) désire un corps et cherche à assouvir ce désir en suppliant Théodore est poignante.
Mais « Her » est également une fenêtre sur le futur. Comment la société intégrera les IA ? Les relations entre humains et IA seront-elles acceptées ? Rentreront-elles dans nos mœurs ?
Le film a le don de montrer les différentes facettes de cette révolution technologique et sociétale. Certains accepteront sans se poser même de questions, d'autres hésiteront, et les derniers refuseront presque écœurés. Le message est simple : accepter et assumer ses choix.
Même si le final peut sembler rapide, elle est le découlement même de toute l'évolution de cette relation originale, passant par les étapes habituelles de la vie d'un couple. Et c'est en ça que c'est touchant, car le film nous montre assez subtilement que les mêmes règles s'appliquent à ce nouveau genre de relation. C'est tristement beau de voir ses millions d'âmes plongées en même temps dans leur solitude. Sont-elles si seules alors ?
Ce film est, vous l'avez compris, un véritable coup de cœur. De par sa simplicité artistique, sa profondeur et le superbe jeu d'acteur de Joaquim Phoenix, « Her » arrive à communiquer de vraies émotions sans jouer la carte du pathos et à nous questionner.
9/10