Salut. 
Polytechnique, l'un des premiers longs-métrages du réalisateur, est une mise en bouche de ce qui adeviendra de Villeneuve lors de la décennie suivante. Il est assez cocasse, surtout après avoir visionné tous ses autres films, de constater que son style était déjà reconnaissable dès ses "débuts". En outre : il s'agit d'une œuvre intéressante et profondément crue !
Le film revient sur la tuerie du 6 décembre 1989 ; voyant un antiféministe assassiner 14 jeunes femmes dans un lycée polytechnique de Montréal pour soulager son cerveau malade...
: Un bien sinistre personnage !
Polytechnique est froid, choquant et réaliste. À l'image d'un Sicario sorti quelques années plus tard, la violence est palpable et on se sent régulièrement mal à l'aise pour ces jeunes gens. À cet égard, le noir et blanc apporte inéluctablement à l'ambiance de l'œuvre, comme le quasi-mutisme dont elle fait preuve, renforçant ainsi son aspect viscéral. Dans ce cadre, j'aurais apprécié que cette doctrine soit complètement assumée en rendant l'ensemble intégralement muet, parti pris qui aurait été possible au vu des images très équivoques.
Comme pour ses propos oraux, l'utilisation de la musique y est légère et bien sentie, elle appuie correctement les différentes émotions ressenties lors du visionnage.
En termes de réalisation, ça se tient plutôt convenablement, et même si quelques maladresses de "jeune cinéaste" sont à signaler - notamment divers plans ou effets superfétatoires -, l'ensemble parvient à faire grimper la tension de manière efficace. Pour ce faire, de nombreux plans-séquences ayant pour but d'installer une impression d'instantanéité et d'immédiateté sont présents.
Le seul véritable bémol, pas aidé par sa durée maigrichonne d'une heure dix, est le manque de scènes avec l'un des 3 personnages principaux. En effet, si les "parcours" du tueur et de la jeune femme sont suffisants, celui de l'étudiant est beaucoup plus rachitique. Dommage de ne pas avoir insisté davantage sur le syndrome post-traumatique de ce dernier, la question y étant seulement effleurée. Tabarnak, comme diraient nos amis Québécois ! 
Imparfait, Polytechnique se veut surtout brut et authentique. Le mutisme du film, le choix du noir et blanc, l'histoire véridique ; tout est là pour créer un sentiment de malaise chez le spectateur. Pour ma part, je trouve le pari de Denis Villeneuve réussi.
Note : 🌕🌕🌕🌕🌕🌕🌕🌑🌑🌑
: Qu'importe la cambrousse où tu crèches, mon gueux est talentueux !
PS : Je souhaite, à mon humble niveau, rendre hommage aux 14 victimes ainsi qu'à l'ensemble des familles touchées par ce drame !
