Dégoût. Lyrisme. Étrange. Violent. Macabre. Tels sont les termes par lesquels nous pourrions décrire cet univers particulier dans lequel Sokourov nous plonge. Quatrième volet de la quadrilogie de ce dernier, Faust nous emporte vers une Allemagne moderne, dépressive et mystique par l'intermédiaire du personnage de Goethe et d'une étrange et affreuse créature. Et c'est bien cette dernière qui donne toute sa dimension au film. Par sa laideur, sa formation physique peu commune, son caractère dérangeant et impoli, ainsi que ses pouvoirs divins dont nous ne parvenons à en saisir l'origine.
C'est sous des jets d'eaux volcaniques que se finit cette oeuvre à l'univers iconoclaste et baroque, sous cette ensemble de roche et d'eau, alors que Goethe lui-même doute, réagit, et voyage au fin fond de la folie. Folie dont nous sommes victime depuis le début. Folie découlant de cet univers étrange et repoussant. Tout comme chacun des figurants, chacun des personnages, semblant être des créatures venant d'un tout autre univers. Seul Goethe paraît lucide, ayant une allure des plus "normales", mais dont la folie l'entourant le transportera lui aussi dans ce monde rongé par l'iconoclasme, tout comme nous-même.
Un simple regard. Une histoire avec cette femme, peu bavarde, ayant les allures d'une sublime sirène, apportant du beau dans ce dégoût, mais paraissant tout aussi surnaturel. De ce surnaturel se crée le sublime. De ce sublime se crée l'émotion. Probablement l'une des oeuvres les plus puissantes de Sokourov. Aux sonorités germaniques envoûtantes. Aux décors étranges. Et à l'univers conquis par la folie et la grâce divine. Du grand cinéma !