Je ne comprends pas. Il n'existe qu'un topic le concernant et encore il date de 2005. Pour ma part ce cinéaste est un réalisateur incroyable. Il a commencé par des petits films de genre, je pense notamment à Driller killer, l'ange de la vengeance ou China Girl. Il a fait des films très intéressants sur les gangsters qui ont des personnalités très contrastées, je pense à king of new york ou nos funérailles. J'ai une grande pensée pour son chef d'œuvre Bad Lieutenant, il y traite de la rédemption d'un flic un peu spécial... Scorsese a même avoué qu'il avait toujours rêvé de faire un tel film. Je veux réhabiliter ce realisateur qui est tombé dans l'oubli ou du moins très peu présent sur ce forum cinéma. Un de mes réals préférés. Je ne sais pas si cela évoque quelque chose pour vous...?
Bien sûr qu'il évoque quelque chose ne serait-ce que pour ses deux chef d'oeuvre "Bad Lieutenant" et "Nos Funrailles" mais malheureusement si il est capable de pondre du très bon il est aussi capable de faire des films plutôt moyen voir mauvais : "Snake Eyes", "Body Snatchers" ou "The Blackout".
Pour ce qui est de "The King Of New York" qui à été son plus gros succès au niveau du public, je l'ai trouvé plutôt plat voir un peu chiant.
Je trouve que tu es dur avec Body snatchers et snake eyes à mon goût. Quant à King of New york, tu veux dire quoi par plat?
Ce que j'aime chez Ferrara (mise à part sont côté torturé) c'est qu'il fait ressortir les côtés les plus sombres de ses personnages (de l'être humain en général), ce qu'il fait avec brio dans Nos Funérailles et Bad Lieutenant. Et dans King Of NY il ne va pas assez loin je trouve, il a voulu faire son film trop accessible, résultat ce qui me reste de ce film : un film de gangster banal.
Accessible tu crois? Je trouve la personnalité de Frank White très étrange tout de même. Une personnalité très contrastée entre la violence et sa démarche qu'il entreprend pour sa cité.
Peut-être pas non plus le film familial ^^ Mais le plus accessible du réalisateur je pense.
Après franchement sa fait un bout de temps que je l'ai pas vu je te dit ça par rapport aux souvenir que j'ai de ce film qui était d'ailleurs mon premier Ferrara, ce qui est sûr c'est que ce gars ma mis deux claque en pleines gueules avec Bad Lieutenant et Nos Funérailles, que j'ai adoré sont film "vampiro-philosophique" The Addiction, et son documentaire sur le Chelsea Hotel est intéressant. Dès que j'ai l'occasion faut que je vois son film Go Go Tales, ce film m'intéressent surtout quand on sait qu'il s'est inspiré d'un club qu'il a fréquenté et où il a rencontré Matt Dillon ou Di Caprio...
Je trouve pour ma part que The Blackout est très bon, New Rose hotel également même si il a avoué lui même ne pas avoir pu finir ce film, c'est justement c'est film plus "expérimentales" que je trouve le plus réussi(j'inclue "The addiction"), Bad Lieutenant m'a paru faussement provocateur.
Ses premier films "underground" valent également le coup, particulièrement Ms 45 et Fear City en tête.
Son dernier film, Go Go Tales, était assez étrange, mais contenait pas mal de thématiques récurrentes de Ferrara. Il a été très peu distribué je crois, sa sortie fut véritablement chaotique. Vous l'avez vu ?
Oui, et j'ai fais un topic, j'ai aimé.
Je suis d'accord, il est assez étrange. Il avait jamais fait de l'absurde de cette façon. J'ai adoré ce qu'il a fait des personnages. Ce club qui tombe en ruine. Mais ce film je l'ai trouvé vraiment très drôle, très sarcastique.
La Vierge descendait la quarante-deuxième rue
J'ai connu Abel Ferrara par une interview de Jacques Audiard dans un magazine underground au papier bon marché (depuis j'ai vu une douzaine de ses films). Il parlait d'une scène d'un de ses films en disant « Je me souviens juste du passage où Harvey Keitel se branle sur les deux nanas dans leur voiture » ; j'avais déjà des images, je ne connaissais pas Keitel je crois, mais son nom semblait être celui d'un homme sale mais reconnu. Ces éléments, plus le fait que c'était un mec chauve qui avait l'air sérieux mais qui parlait de sexe dans une interview comme si c'était normal pour un homme à lunettes à l'air sérieux alors que moi j'avais à peine quatorze ans, ça m'a semblé être un film à voir pour grandir, devenir un peu un homme peut-être. Un peu ensuite, j'avais onze-treize ans, j'ai dit à mon père que j'avais vu Bad Lieutnant, quand on mangeait à Pizza Hut. Je voyais ça comme un film de grand, je me disais qu'on pourrait avoir une conversation mature entre père et fils, parce que je savais (je ne sais comment) qu'il connaissait ce film, et j'associais rapidement Ferrara à mon père : de belles femmes, du cuir, des cheveux grisonnants et une gueule. Mon père s'en foutait pas mal que j'ai vu ce film, il s'en rappelait à peine, comme Audiard, alors j'ai grandi sans lui. Pas longtemps plus tard, je poursuivais mon éducation — pas vraiment cinématographique, plutôt visuelle — en louant 'R Xmas (2001) et Dangerous Game (1993). Je comprenais rien : une histoires de gangsters intimiste avec un rappeur, Ice-T, et un making off avec Madonna et encore celui qui me fascinait dorénavant, Harvey Keitel. Dans le premier, l'acteur italien voulait acheter une poupée à sa fille, la veille de Noël, mais la boutique n'en vendait plus, et il était déçu ; c'est-à-dire qu'en parallèle à ses histoires de drogues, il voulait faire plaisir à sa fille, et c'était beau. Le deuxième film, je l'ai vu plusieurs fois, pas en entier à part la première et la dernière fois. Je le regardais régulièrement parce que je me demandais régulièrement ce que pouvait bien contenir ce film qui me fascine depuis une dizaine d'année, sans que j'en connaisse l'intrigue. Je savais juste, pendant un moment, qu'il y avait Keitel avec les cheveux longs qui dirige deux acteurs, Madonna blonde et fragile, et un mec brun au cheveux courts et énervé. C'est tout. Aussi des couleurs, du noir, du bleu, du rouge. Des couleurs opaques, de la moquette, des lunettes de soleil type hollywoodiennes, des clairs obscurs et des baffes, des claques, de la coke (putain ça m'a tellement frustré de les voir se faire des rails). Sans le revoir, je m'inspirais l'année dernière des scènes où Keitel dirige les acteurs pour le malheureux film que je n'ai pas réalisé. Ses paroles, son regard sur la scène, ses explications sur ses intentions me brûlaient, je les avais en moi, je voulais être cet homme qui dirige des personnages vivants, qui les crée, qui leur donne de la lumière, de la coke, de l'alcool, un miroir effrayant où on voit ce qu'on est devenu avec le temps. Lors d'une soirée après une journée de tournage, il emmène Sarah (Madonna), au pied de la piscine et réfléchit avant de dire :
« Sarah. Before... I drive you home
Il se gratte les cheveux et retire ses lunettes et lâche finalement :
— I need a dance
— What ?
— I need a dance.
— Here ?
Il range ses lunettes et ouvre ses bras.
— I need a dance.
Elle sourit et range ses lunettes dans la chemise d'Israel. Ils dansent. »
Et puis, revenant au tournage, il avait cette explication d'Israel sur le personnage joué par ce sale type, Francis (James Russo), qui pisse à un moment sur la moquette dans le scripte, qui baise Sarah pendant et entre les prises, et qui joue un homme soumis à tous les vices, qui ne retrouve plus sa femme (Sarah), qui s'est tournée vers Dieu et a abandonnée son passé de salope :
« Abandonment... comes to mind for me here. That works for me. If it works for you, you find your own term... if abandonment doesn't. This scene is about abandonment. He's being abandoned. He is not getting any reaction from her. He wants a reaction. It's like someone telling you... All of a sudden you're lying next to this woman... whom you've been married to for, hm, excuse me, x number of years... everything's wonderful... and one night she rolls over, looks at you and says : "My feelings towards you have changed." A child will scream, kick... kill to have their mother's tit to hang onto, not to be abandoned. 'Cause what is abandonment ?
Abandonment is a death, for all of us. »
Ces mots étaient presque pour moi le titre du film : L'Abandon est une mort. Car c'est la crainte que j'ai ressentie depuis des années, surement depuis Charlotte, quand j'avais vingt et un an. Même si je n'avais pas trouvé de trace tangible chez mon père d'un héritage de Ferrara, j'avais quand même trouvé The King of New York chez lui. Mais aucun indice au delà de la présence du DVD ne me prouvait qu'il l'avait vu et que je partageais ça avec lui.
Ferrara donne des gueules à des acteurs : Harvey Keitel, Willem Dafoe, Christopher Walken, Forest Whitaker, Laurence Fishburne... Il sont sale, rugueux. Il les accompagne de chair. Ferrara est un cinéaste qui fait aussi des clips, et ça se sent quand il filme les danseuses, dans Fear City (1984), New Rose Hotel (1999), Go go Tales (2008). On peut y voir un héritage de Cassavetes et sa scène de d'audition angélique dans The Killing of a Chinese Bookie (1976). Mais la nudité chez Ferrara est devenu mythique autrement que pour ses femmes, avec le corps nu d'Harvey Keitel, dansant sur la musique Pledging my Love de Johnny Ace, déjà utilisée avec lui dans Mean Streets (Martin Scorsese, 1973). Ferrara exploite le chagrin religieux de l'acteur dans cette scène de souffrance, d'alcool et de chaire en peignant un tableau en clair-obscur d'un homme qui redevient un enfant lors d'une parenthèse intimiste et désespérée. Il y a tellement d'images dans ce film, des attitudes de Keitel ; évidemment quand il se masturbe devant deux victimes qui s'exhibent en chantage, quand il regarde, la porte entr'ouverte, la vierge violée, quand il se pique dans la cuisine de sa fille. Mais, j'ai surtout pensé à mon père au début du film, quand il emmène ses gamins à l'école qui lui parlent avec enthousiasme de baseball. Le lieutenant, le père, n'en a rien à foutre, il est énervé et ne les regarde même pas partir à l'école. C'est aussi peut-être pour ça que j'aime tant Harvey Keitel : on le voit souffrir de ses péchés. Le mien, ce père, n'a peut-être pas de péché à confesser, ou des très profonds. Quasiment tous les films de Ferrara, si on doit se prêter à l'analyse universitaire qui veut trouver les thématiques récurrentes du réalisateur, portent sur la rédemption, sur le passage du mal au bien ou inversement. Son premier film, The Driller Killer (1979) m'a paru assez gratuit. Un peintre psychédélique en manque d'inspiration qui va sombrer dans une folie qu'on ne voit pas venir en tuant des inconnus dans la rue avec une perceuse éléctrique. En revanche, la musique punk défonce, les tableaux, aussi. On retrouve ce schéma dans Ms. 45 (1981), une jeune femme qui se fait violer et qui va se venger des hommes en les tuant au pistolet dans la rue. Un film assez pauvre narrativement mais jouissif dans le concept de cette violence visuelle gratuite. Même scénario dans The Addiction (1995) dans lequel le personnage de Lily Taylor se fait agresser dans une ruelle par une femme qui lui suce le sang de son cou. La scène est expressionniste, le film est sombre, glauque et, cette fois, le basculement dans la folie est palpable. La jeune femme, qui fait une thèse philosophique, lâche son travail pour découvrir une vérité : on accepte le malheur qui nous est donné. Elle prouve sa thèse en reprenant la phrase que lui avait dit l'agresseur, "Dites moi d'arrêter ou je continue." Elle en fera de même avec ses victimes, expliquant à sa camarade, qui s'inquiète de son changement d'attitude, avant de croquer son cou et de lui sucer le sang, qu'il lui suffit de l'arrêter pour refuser le vice, qu'elle reproduira après, comme toutes les victimes. La scène avec Christopher Walken, homme de la nuit, intellectuel, vivant dans un hangar, est effrayante de vérité. La jeune femme se sent morte, elle ne connaît plus la souffrance, et elle ne veut qu'assouvir son désir de la chair et du sang, et l'homme de la nuit, qui lui dit qu'elle pue de la gueule, lui conseille simplement de s'en référer à Beckett et Sartre. Ce film est angoissant, comme La Métamorphose, tant il propose un miroir de l'aliénation et de l'obsession pour le vice qui a pris le pas sur les normes sociales. Dans un autre genre, il y a Body Snatcher (1993), dont je ne me souvient plus, si ce n'est les couleurs consciemment kitchs et les transformations très séduisantes plastiquement des victimes. Dans Mary (2005), le personnage de Mary, joué par Juliette Binoche, joue la Vierge dans un film. A la fin du tournage, elle ne veut pas quitter les lieux et s'en va pour la Terre Sainte. Le personnage est en proie au syndrome de Jérusalem, phénomène psychiatrique touchant des visiteurs de la ville leur donnant l'impression d'être des personnages religieux ou de se sentir autrement que dans une simple ville, mais carrément sur un lieu qui les rapproche de la sainteté.
En fait, si le cinéma de Ferrara me fascine tant — je dis "cinéma" et non "films" car c'est plus l'ensemble dont je parle — c'est aussi parce que j'ai l'impression que c'est un type qui fait des films et non un réalisateurs, avec des références conscientes, des connaissances techniques etc. Je n'arrive pas l'imaginer faire le découpage technique d'un film, diriger des acteurs, écrire des scénario (même si c'est souvent écrit par Nicholas St. John)... Alors j'ai l'impression que c'est un type dans un monde de cinéastes. Mais Ferrara a bien des influences, conscientes ou non. Il y a bien sûr Scorsese : il suffit de se rappeler de ses films Who's that Knoking at my Door ? (1967) dans lequel Keitel refuse de se marier avec une jeune femme quand il apprend qu'elle a été violée, ou quand, encore, Keitel approche sa main de la flamme d'une bougie pour endurer la souffrance dans Mean Streets (1973). Ses premiers films rappelles, esthétiquement le cinéma de William Friedkin dans leurs couleurs criardes. La suite de son cinéma des années 1990 est dans le prolongement de la peinture expressionniste américaine comme Robert Motherwell, Jackson Pollock ou John Levee au niveau de ces couleurs sombres, ces aplats de lumières bleues. L'ambiance rappelle les comics tant dans le choix de ses acteurs (chicanos, négros, italiens, asiats), que de l'ambiance urbaine et crue qu'on retrouve dans The King of New York, Go Go Tales, Ms. 45 ou Fear City.
Comment un junkie pareil — bon il est devenu bouddhiste depuis une vingtaine d'années et boit maintenant du Perrier — a-t-il pu également faire un film comme 4:44 Last Day on Earth (2012), un film de fin du monde qui se déroule sur une journée, vécue par un homme joué par Dafoe, qui fait pas grand chose à part skiper avec je sais plus qui, passer chez des amis qui ne semblent pas non plus s'inquiéter de la fin du monde, assister à la défenestration d'un homme dans les rue newyorkaises, pour finir le film par pas grand chose, juste la fin du monde fait avec aucun effet spéciaux, parce que ça intéresse pas Ferrara cette affaire de fin du monde, alors il met juste un fondu au blanc et on n'a jamais vu ça au cinéma, une fin du monde aussi poétique de deux amants dont on est témoin des derniers souffles, des derniers regards.