Film vu dans le cadre de mon échange avec TodBrowning sur le topic des échanges.
Il s'agit d'un Film dramatique américain de John Huston, sorti en 1979.
Avec notamment John Huston himself, Brad Dourif, Harry Dean Stanton, Amy Wright et Ned Beatty.
Film tiré d’une nouvelle de Flannery O’Connor, sa première en fait, Wise Blood (Le Malin) s’en sort plutôt pas mal, et même très bien, généralement les romanciers apprennent à ne pas avoir de trop grandes attentes lorsque leurs livres sont adaptés en films.
Sauf si le réalisateur s’emparant du projet a autant de talent que John Huston. Peu de cinéastes peuvent se targuer d’afficher une telle filmographie et surtout une constance pour faire des films extraordinaires a partir de livres qui auraient semblé difficiles - voire impossibles – à adapter en film. Son premier long métrage, Le Faucon maltais, était déjà un exemple d’adaptation de roman, et un classique parmi les classiques de l’âge d’or hollywoodien, qui était basé sur un roman de Dashiell Hammett. Le dernier film de Huston, The Dead, était également une adaptation. Entre les deux, Huston a dirigé le tournage d'une immense variété de livres, que je ne vais pas énumérer ici parce qu’il y en a un paquet, et parce que wikipédia est là pour ça.
Puis vint Wise Blood, proposé par un jeune producteur du nom de Michael Flitzgerald, cette adaptation de l’éblouissant premier roman d'O'Connor raconte l'histoire hilarante et troublante de Hazel Motes, un jeune homme vivant en Géorgie et atteint d’une obsession maladive envers Dieu, sur son chemin de croix, Hazel croise celui d'un prédicateur aveugle bidon et sa salope de fille, Sabbat Lily ; d'un gamin obsédé par une momie dans le musée local , d'un mec dans un costume de gorille et d'un bonimenteur intrigant du nom de Hoover Shoates. A ce point-là, on peut déjà se dire que seul un mec comme Huston pouvait adapter un truc pareil.
Mais la complication de mettre ce roman à l'écran est probablement allée au-delà de l'étrangeté du récit de base. Déjà le manque d'attrait de ses personnages principaux et la situation semi-exotique dans laquelle ils se trouvent (une sorte de confrontation territoriale sur les droits de rue de la prédication). Il y a aussi le fait que O'Connor a écrit un roman sur la religion, un roman à la fois comique et profondément sérieux au sujet d'un chrétien en dépit de lui-même, pour qui la croyance dans le Christ est, comme il le dit, une "question de vie ou de mort". Bien que les luttes internes de Hazel Motes soient fréquemment sollicités dans la narration, la religion reste toujours une affaire privée et intérieure pour laquelle il est difficile de trouver un équivalent visuel, sauf si vous envisagez de faire apparaître Dieu dans un rôle.
Comme Under the Volcano, Wise Blood est en quelque sorte un film sur un état de conscience, une autre chose difficile à filmer. Ajoutez à cela la nature semi- allégorique du livre, et la façon dont il fonctionne comme une parabole religieuse, et vous comprenez la difficulté de l’exercice. Une découverte intelligente de Huston par rapport au bouquin, c'est que le personnage le plus important de cette histoire c’est Dieu, et pas un personnage physique. Et au cas où tout cela ne suffisait pas à compliquer la tâche, il y a le fait qu'une grande partie de la puissance du travail de O'Connor découle de la précision de sa littérature, son humour et son éloquence naturelles. Lisez un de ses bouquins et vous comprendrez.
La position du roman envers la nature de la vie et la mort du christianisme est parfaitement claire, même ceux qui ont vu le grotesque de l'histoire sans tout à fait détecter sa gravité. Huston lui-même semble avoir été un tel lecteur, persuadé tout au long du tournage du but comique de son adaptation, sans seconde lecture, à tel point que même Brad Dourif semble se poser des questions quant à l’étrangeté de la fin du film. Sans trop en dévoiler, il semble prudent de dire que l'intrigue s’assombrit au fur et à mesure et s'avère encore plus sombre que ce que l’on pensait quand la foi de Hazel envers Jésus prend une proportion inquiétante.
Finalement ce film peut être vu comme un signe, un signe de vérité, ou comment affirmer et faire connaître la vérité. Le réalisateur a fait un film sur un chrétien malgré lui, à tâtons vers la rédemption. Huston a réussi à capturer non seulement l'humour, mais aussi dans un sens plus littéral et métaphorique, l'esprit du travail livré par O'Connor, à savoir le pathos humain, et ses questionnements envers la terre et le céleste.
Et pour terminer, je dirais que l’auteur de la nouvelle qui a inspiré ce film aurait certainement été ravie du résultat, comme moi. 