Film américain de Doug Liman.
Avec Sean Penn et Naomi Watts.
Ca parle de
Joseph Wilson est envoyé au Niger par la CIA pour enquêter sur un éventuel trafic d'armes de destructions massives avec l'Irak. Mais celui-ci ne trouve rien et prouve même que les documents sur lesquels s'appuyait l'Administration Bush étaient faux...
Sélection officielle Cannes 2010, en compétition.
La BA
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19149481&cfilm=144111.html
Réalisateur assez sous-estimé, Doug Liman ne pouvait que s'emparer du matériau de base de Fair Game. Il y retrouve ses récurrences thématiques, et met en scène ce qu'il n'avait pas l'habitude de mettre en scène ces dernières années : un film sans séquences d'action. Il était donc intéressant de voir comment il allait gérer ce tournant ; le résultat est plutôt satisfaisant, même si on est loin de la qualité globale de son oeuvre, en terme de mise en scène du moins.
Spoilers à suivre...
Déjà dans Mr and Mrs Smith, Liman analysait les rapports entre un homme et une femme, et la manière dont leur vie professionnelle se mêlait à leur vie privée ( ou était-ce l'inverse ), comment ces deux univers ne cessaient de se téléscoper pour créer le trouble au sein du couple. La différence ici est sûrement une question de maturité : adieu les jeunes et jolis Brad et Angie, branchés, sexys, modernes, qui laissent la place à un couple plus expérimenté, qui ne cherche plus à se foutre sur la gueule mais davantage à se soutenir mutuellement ( même si ça n'exclut pas les " scènes de ménage ", mais elles sont rares ). Liman s'empare donc une nouvelle fois du couple, mais à un stade plus avancé, et montre la façon dont ses membres ne sont plus la cause du problème, mais les garants d'une solution face à l'attaque extérieure. L'ironie du film provient de l'origine dudit problème. Au lieu de défendre ses citoyens, l'Amérique et l'élite qui la représente use de son pouvoir pour défendre ses intérêts personnels, se désolidarise de sa propre famille ( les américains donc ) au profit d'enjeux moralo-financiers. Il y a donc une opposition entre deux familles, celle du foyer domestique ( les scènes avec les enfants sont omniprésentes ), et celle de la nation. Liman et ses scénaristes étendent leur étude du groupe pour en revenir à la racine et dresser un constat amer, lucide, fort, d'un pays qui oublie trop souvent ses valeurs démocratiques et fraternelles. Cinéaste de la mobilité ( Jumper en est l'exemple même ), qui fait du voyage et du mouvement incessant de ses personnages l'occasion de dessiner la face de l'Amérique par rapport aux autres pays considérés comme " moins prestigieux " et démocratiques, Liman semble détourner ses usuelles séquences d'action dans ce besoin constant de faire bouger ses personnages pour dire l'état de leur monde. Si sa mise en scène, à l'image de la première partie du film, est plutôt molle et inconsistante ( on ne le sent pas trop à l'aise ), le réalisateur a quand même su compenser sa faiblesse par le biais de ce que le film dit.
Le discours général pâtit parfois d'un manque de subtilité pénible, qui donne l'impression que l'on est pris pour des imbéciles incapables de faire les liens seuls, ou de réfléchir un tant soit peu. Mais heureusement le film est traversé par quelques éclats qui démontrent sa sincérité et sa force, quelques scènes qui au milieu du film-dossier sans surprises qu'est Fair Game, font figure de beaux moments de grâce et d'intensité. La présence de Sean Penn renforce évidemment l'aspect engagé d'un film qui est un appel à la résistance devant l'oppression des gouvernements et leur propension à écraser le peuple. Mais malgré le cynisme et l'apparente toute-puissance d'une entité ( ici, la Maison-Blanche donc ), le film dans sa dernière partie exhorte sans cesse à ne pas baisser les bras, quel que soit l'obstacle et l'opposition qui se dressent devant nous. C'est vraiment dans ces moments remplis de conscience citoyenne que le film émerge, mais aussi quand il aborde la question de l'apparence et du secret, des faux-semblants, de la façon dont on se construit sur des mensonges pour continuer à vivre.
Plus réussi et parano dans le portrait intimiste du couple que dans sa partie enquête, Fair Game est une charge plutôt acerbe envers l'administration Bush, un commentaire amer et désenchanté sur le pouvoir abusif des gouvernements. Et inutile de préciser le talent intense de son couple d'acteurs.
7,5/10