En voyant ce film, j'ai un peu remis en question les lourdeurs de scénario dont on parle souvent concernant Festen et La Chasse, les deux œuvres les plus connues de Vinterberg. On dit de ces films qu'ils manquent de subtilité, qu'ils montrent l'être humain uniquement dans leur face sombre et malheureuse. Mais en fait je pense que ce sont surtout les obsessions du réalisateurs. Submarino est un film dans lequel absolument tout ce qui peut arriver de pire à un être humain arrive. C'est l'histoire de deux frères, enfants d'une mère alcoolique, dont le troisième frère meurt quelques jours seulement après sa naissance, car personne n'était là pour s'en occuper. Mais le gros de l'histoire se situe lorsqu'ils sont adultes, longtemps après ce traumatisme (qui ne cessera pas de les ronger pour autant). Ils mènent chacun une existence misérable, enchaînant galère sur galère, et voyant s'envoler devant leur yeux tout ce qui les rattache à la vie... C'est le quatrième Vinterberg que je voie, et je ne peux que constater que c'est quelqu'un de résolument pessimiste, et qui ne cesse de nous le montrer à travers ses différents long-métrages.
Pour autant, il ne le fait pas sans talent. Il y a toujours chez lui un côté très humaniste, très réaliste, malgré des situations parfois exagérées à l'extrême (comme dans Festen), et c'est d'ailleurs ce qui rend ces situations-là poignantes et fortes en émotions ! Par ailleurs, le jeu d'acteur est toujours incroyablement juste. Et si l'on peut mettre ça sur le compte du talent indéniable de Mads Mikkelsen dans La Chasse ou de Carey Mulligan dans Loin de la foule déchaînée, on ne peut pas se contenter de féliciter les comédiens de Submarino sans applaudir des deux mains Thomas Vinterberg lui-même, qui s'avère être un excellent directeur d'acteurs. La force de son film réside d'ailleurs dans cette place qu'il accorde aux acteurs (et aux personnages). Tout tourne autour d'eux.
Il est d'ailleurs regrettable de constater que la réalisation est presque fainéante dans Submarino. Si la mise en scène est plutôt efficace sans être très recherchée, on ne peut pas en dire autant de la musique, dont l'utilisation est catastrophique. On dirait que le cinéaste danois a programmé une playlist, et qu'il a juste appuyé sur "lecture" lors des moments émouvants. Dommage... Reste quand même une très bonne gestion de la temporalité. Vinterberg capte différents moments de la vie des deux hommes sans vraiment d'unité de temps et avec une grande liberté. Il arrive parfois que l'on voit un passage avec l'un des deux frères, se déroulant au même moment qu'une autre séquence ayant été placée plus tôt dans le film. Cette prise de prise de risque au montage est plutôt appréciable, d'autant plus qu'elle est bien faite et qu'elle sert le récit.
Tout ça pour dire que Submarino, film injustement boudé du réalisateur de Festen, augurait déjà le retour en force de ce cinéaste après une dizaine d'années d'oublie. C'est donc un film moins abouti formellement que La Chasse et Loin de la foule déchaînée, mais qui a son importance dans la carrière du cinéaste, et qui n'est pas dépourvu de qualités !
http://www.senscritique.com/film/Submarino/critique/49714955
Message édité le 23 octobre 2015 à 00:18:47 par Melaine