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Noisy Requiem

[Minimus]
[Minimus]
Niveau 10
23 août 2010 à 14:53:45

Noisy Requiem

Film underground japonais réalisé par : Yoshihiko Matsui

"Réalisé en 1988 par Yoshihiko Matsui (aussi réalisateur du déjanté Pig-Chicken Suicide), le film raconte l’histoire d’un tueur en série qui extrait les organes de ses victimes pour les ajouter sur le corps d’une femme en plastique, avec sans doute l’espoir de la voir devenir vivante."

Source : http://wildgrounds.com/index.php/2007/08/26/noisy-requiem-site-officiel-et-videos/

Cast : (trouvé sur imdb)

Toshihiko Hino
Simon Kumai
Yukiko Murata
Mamiko Nakai
Dan Oosuga
Kazuhiro Sano
Akane Shirafuji

Mon avis :

Tout d'abord, je dois dire que j'ai cru à un truc particulièrement malsain. Mais en fait, on découvre assez vite que le film est impregné d'un profond humanisme. "I dedicate this film to Mr Hikaru Yamagiwa... and to all the lost souls"..."all the lost souls", voilà bien ce dont parle le film : les "rejetés", les "monstres", leur folie et leur ridicule ; les âmes perdues. Au travers de divers portraits tous plus fascinants les uns que les autres, on les découvre. L'un a des pulsions meurtrières et vit avec sa "femme", sur un toit. Un autre, clochard, est moins dangereux, mais tout aussi fou et rejeté. Il y a l'inceste, aussi, autre source d'exclusion. Le fond est donc particulièrement touchant. Mais il n'est rien sans la forme du film, son réel intérêt à mes yeux : le cinéaste pose sa caméra où personne ne la poserait. Il offre un point de vue inédit, accompagné, parfois, en voix off, d'un fredonnement ou d'une respiration paniquée. On est dans la tête du rejeté. Les musiques (hélas relativement rares) sont absolument magnifiques et apportent une émotion incroyable à la scène. Et à la manière de la Femme des sables, ce film est, par moment, très sensoriel : la bouche, la langue, la peau, en contact avec d'autres choses, apportent au spectateur jusqu'à des frissons de dégoût. J'avoue avoir du mal à écrire cette critique, il m'est très difficile de poser des mots sur mon ressenti face à ce film, si particulier, si unique.

PS: l'un de mes films préférés, je me devais d'en faire le topic :o))

Disque-Lexique
Disque-Lexique
Niveau 10
23 août 2010 à 15:10:29

c/c de ma critique sur le topic du cinéma Japonais :

Le film commence bizarrement. Des personnages et une ambiance à la Katsu Kanai, c'est-à-dire à la limite du réel. Une photographie à la Kiju Yoshida, c'est-à-dire très propre. Quelques passages à la Koji Wakamatsu, c'est-à-dire malsains, violents (le film ressemble parfois beaucoup à Go, go, second time virgin).
Le personnage de l'agresseur attire toute notre attention avec ses attaques sèches et gratuites, mais aussi pour son amour avec les mannequins, de vrais mannequins, en plastique. Le SDF n'apparait que très peu, mais son look impressionne diablement. Puis il y a aussi le couple de nains frère et sœur. Eux non plus ne passent pas inaperçus, avec leur malheur quotidien et leur démarche gauche. Mais a-t-on déjà mieux filmé des personnes de petite taille ? Le jeu des grandeurs est étourdissant entre prise de vue trompeuse et angle astucieux.
La première heure passe ainsi, sans que l'on comprenne très bien ce que l'on voit. Captivant ? Étrange ? Métaphorique ? Qu'est-donc ?
Puis vient la demi-heure suivante, pendant laquelle on commence à apprécier mais surtout à accepter. Accepter les personnages, leurs personnalités loufoques, leurs actions incohérentes. Avouons qu'un scène change tout : un lent travelling latéral, constant et régulier (oui, comme je les aime) film les portes d'un hangar duquel on aperçoit, à l'extérieur, les personnages s'en approchant, grâce à l'intermittence des trous permettant de soulever les-dites portes. Difficile à expliquer techniquement, mais un des plus beaux plans qu'il m'ait été donné de voir. Oui, peut-être bien plus beau qu'un Béla Tarr. Peut-être. En tout cas digne d'un Akio Jissoji à plus d'un titre, c'est dire.
De là, tout est permis. La dernière heure qui s'amorce est un plaisir. Il faut savourer le temps restant. Le film ne s'y trompe d'ailleurs pas. A la folie, au déchainement du début du film succède une plénitude incompréhensible. Des scènes pourtant souvent atroces sont mises en scène d'une manière on ne peut plus naturelle. De plus, la beauté cinématographique se répand comme le sang de la défunte vierge : abondamment mais imperceptiblement. Variation fabuleuse de la lumière d'un plan à l'autre. Tantôt inondés de lumière, tantôt plongés dans la pénombre. Il me semble n'avoir jamais trouvé un noir aussi beau.

Le film est tour à tour déstabilisant, révoltant et apaisant ; beau et repoussant ; touchant et inhumain. Je ne sais pas exactement quoi raconter pour décrire ce film. Il est absolument spécial, probablement unique. La bande son est magnifique elle aussi.
Une image, simplement : http://www.jffh.de/wp-content/uploads/2008/04/noisy_requiem01.jpg

Regardez-le si vous pouvez.

LeRallizeDechu
LeRallizeDechu
Niveau 10
31 juillet 2015 à 17:31:44

Ce que j'aime beaucoup dans le film c'est la narration qui est totalement libre, affranchis des codes traditionnel, en se passant en plus grandement de la parole. Ce qui donne quelque chose de très visuel, inventif et surtout contemplatif. Car c'est vraiment ça Noisy Requiem, la contemplation dans l'horreur, on vagabonde avec ces personnages...

Ce qui est remarquable aussi, c'est la façon dont Matsui semble présenter toute cette horreur avec un naturel total, comme une certaine pureté dans la crasse. Il a beau aller au bout de ses idées, et plongé son film dans la plus profonde bizarrerie et dégueulasserie, rien ne sonne forcé, les personnages n'apparaissent jamais comme vraiment misérable ou inhumain. Ils sont comme ils sont, aucun jugement n'est jamais fait. Ce qui rend tout ça vraiment cohérent comme si un nouvel univers était créé sous nos yeux.
En fait ça me rappelle assez bien ce que peut faire Wakamatsu, à ça de près, qu'ici c'est encore plus radical. Maintenant ça n'a pas forcément la puissance poétique de ses films, même si paradoxalement je trouve la façon de traiter l'horreur bien plus intelligente et fine ici.

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