Vu, y avait Charlotte Gainsbourg dans la salle, on a bu un café après la séance et on sort ensemble demain soir.
Tree of Death ( ha ha quelle inventivité ).
En attendant le fameux arbre de vie de Malick, il y a donc cet arbre-là, qui d'après la jeune héroïne du film accueille l'esprit de son défunt père. Avec son nouveau film, impossible pour Julie Bertucelli de ne pas être le sujet d'une comparaison avec Terrence Malick, pas seulement pour les ressemblances des titres respectifs, sinon parce que la cinéaste semble vouloir proposer un point de vue poétique sur la nature ( disons plutôt sur un élément naturel ) et les sentiments humains. Mais là où le bât blesse, c'est justement dans l'incapacité qu'à la réalisatrice à trouver une mise en scène qui aille plus loin que la simple illustration. L'Arbre est un film solide, exécuté avec savoir-faire, aux plans qui atteignent une beauté qu'on ne voit pas souvent quand il s'agit de filmer la nature. Mais il lui manque une certaine émotion, quelque chose qui dépasse la simple volonté de l'auteur d'aller dans la tristesse inhérente au deuil. Julie Bertucelli se contente de l'élégance de sa mise en scène, mais oublie d'y injecter une poésie, d'installer une véritable atmosphère, et souvent au cours du film on se dit qu'entre les mains d'une Sofia Coppola par exemple, le film aurait gagné en sensualité. Finalement il n'apparaît comme rien d'autre qu'un objet froid, à la plastique assurée mais qui ne renferme pas grand-chose de palpitant en son sein. C'est beau, mais un peu vain. Pour autant L'Arbre n'est pas un film raté, au contraire.
Il y a des choses très réussies dans le film, notamment ses personnages, et en premier lieu le couple principal de la mère ( Charlotte Gainsbourg, excellente comme d'habitude ) et la petite fille ( Morgana Davies, une révélation ). Les personnages du film sont intéressants dans la mesure où ils évitent la plongée dans un pathos qui nuit généralement au sujet traité. Plutôt qu'une certaine complaisance morbide dans la tristesse d'avoir perdu un être cher, le film fait de ses personnages des êtres complexes, nuancés, passant d'un état à un autre avec un naturel confondant. Ce sont des êtres humains en somme. Le problème vient - paradoxalement - qu'on ne peut que constater un manichéisme de la part de l'auteur. Certes les personnages ne sont pas des archétypes à l'évolution inexistante, il n'empêche que la vision de Julie Bertucelli ( et avant elle de l'auteur du livre dont est tirée l'adaptation ) est plutôt sommaire, surtout dans la manière sexiste qu'elle a de séparer hommes et femmes. C'est que dans L'Arbre, la sensibilité et le romantisme semblent êtres l'exclusivité des femmes quand l'absence d'imagination et le travail sont l'apanage des hommes. Il est assez effarant de constater qu'ici, l'homme est celui qui travaille quand la femme doit rester à la maison. Julie Bertucelli enferme ses personnages dans des clichés d'un autre temps dont on se serait bien passé à notre époque.
Mais il y a donc ces fameuses actrices, et Charlotte Gainsbourg est à nouveau un modèle de fragilité et de courage, et sa présence contribue à la douceur du film. En face d'elle, Morgana Davies, étonnante de charisme, et sûrement le personnage le plus fort du film ( à tous les sens du terme ). Il y a une abnégation chez elle qui touche beaucoup, et il faut la voir lutter contre le reste du monde, se battre pour imposer son point de vue sur les choses. C'est d'ailleurs grâce à elle que le film acquière un peu de fantaisie, car elle apporte une sensibilité différente et nécessaire au monde qui l'entoure, trop enfermé dans une routine qui ne s'autorise aucune digression poétique. Sa complexité vient de sa volonté d'être heureuse ( " On a le choix dans la vie : être heureux ou triste. J'ai choisi d'être heureuse " ) mais de passer le plus clair de son temps à faire la gueule. C'est que le deuil est une entreprise difficile, qui malgré toute la volonté du monde, ne peut se faire aussi vite qu'on le voudrait. Et le film est subtil quand il s'agit de décrire les paradoxes de ce magnifique personnage féminin, dont la pensée est souvent en désaccord avec l'attitude. Subtil , et intelligent, parce qu'il semble toujours témoigner d'un profond respect pour les blessures de ses personnages.
C'est donc plus au point de vue purement scénaristique que le film passionne et propose un discours intéressant sur le deuil, la difficulté d'accepter la disparition d'un être aimé. Si seulement la mise en scène avait été au niveau de l'écriture, L'Arbre aurait pu prétendre à un autre statut qu'à celui de bon film.
7,5/10