Attention spoilers :
On voit bien que Pasolini est le cinéaste préféré d'Haneke. Comme pour Le Ruban Blanc, c'est un élément perturbateur inconnu (un personnage sans nom, sans identité) qui va révéler tous les problèmes enfouis dans la psyché des membres de cette famille. L'intérêt n'est donc pas "qui est donc cette étrange visiteur ?" mais "que va donc révéler sa présence ?".
Grâce à ce visiteur, pour la première fois, chaque membre de la famille va agir sur ses pulsions (et non pas succomber à son charme puisqu'il est tout le temps complètement passif dans le processus de séduction). Le fils homo refoulé, la fille vierge et la femme sexuellement insatisfaite vont donc passer à l'acte.
S'ensuivra différentes conséquences (lors du départ du visiteur) pour chaque membre de la famille. La femme deviendra nymphomane, le fils obsédé par ses recherches esthétiques, la fille fera une sorte de blocage cérébral et le père perdra tout ce qu'il possède.
Un film qui révèle donc le vide profond de la vie bourgeoise, son mal être dissimulé.
Ce que je reproche au film c'est de ne pas effectuer de travail sur l'environnement (qui faisait toute la force du Ruban Blanc) de se vouloir opaque mais d'être trop explicatif (passage de départ du visiteur) et de ne faire exister ses personnages qu'en tant que fonctions.
J'ai cru voir une critique de la religion dans la partie avec la bonne mais à laquelle je n'ai pas compris grand chose donc je n'en ai pas parlé.
D'un point de vue mise en scène il y a un sens du cadrage assez intéressant mais une composition à l'intérieur des plans qui m'a beaucoup moins frappé que dans Salo.
Sur les même thèmes (critique de la religion et de la bourgeoisie) je préfère l'approche de Bunuel, notamment dans Belle de jour (film magnifique alternant approche psychique par l'intermédiaire de rêves et pulsions réelles assouvies).
Le cris final couplé au Requiem de Mozart m'a quand même pas mal impressionné, il synthétise parfaitement toute la détresse de l'être humain.