Film italien de Vittorio De Sica ( 1946 )
Deux enfants, cireurs de chaussures et vivant de trafics, sont arrêtés et mis en prison.
Avec Franco Interlenghi et Rinaldo Smordoni.
( spoilers to be followed )
" Il nous faut surveiller nos enfants ", peut-on entendre dans M le Maudit. Une phrase qui correspondrait précisément à Sciuscia, film effarant sur l'enfance brisée. De Sica jette un regard juste et touchant sur deux gamins qui passent totalement à côté de leur vie d'enfants. Il n'y a que très peu d'innocence chez ces personnages, peu de cette fraîcheur propre à l'enfance. On en trouve dans ces beaux moments d'extase ( les scènes avec le cheval ), quand les deux garçons semblent totalement libérés de leur condition misérable parce qu'ils trouvent un but et un réconfort à leur vie, enfin. Mais ces moments sont rares, et contrastent avec l'âpreté qui habite la majorité des autres séquences.
Sciuscia est un film si poignant parce que, dès son début, il lie indéfectiblement ses deux personnages principaux : l'un ne va pas sans l'autre, ils forment un couple dont la complicité et la cohésion apparaissent comme tout à fait naturelles. Et puis arrive la prison, et avec elle la séparation. C'est là que le film creuse davantage son sillon émotionnel. Progressivement, l'amitié qu'on pensait indissoluble entre les deux va connaître des difficultés dans son développement. La prison en est responsable, et derrière elle la lâcheté et la perfidie des adultes. Dès lors, ce qu'il restait de pureté aux enfants va se perdre au contact d'un monde pourri et rempli de vices. Les mauvaises actions des enfants ( la délation du plus âgé ) sont les conséquences directes de la perversion des adultes, de leur infinie propension à la manipulation et au mensonge. Dans La Nuit du Chasseur, film proche de par son sujet, les deux enfants fuyaient l'incarnation du Mal qu'était le pasteur. Dans Sciuscia, aucune échappatoire possible au contraire, sinon une rencontre inévitable et fracassante avec la réalité du monde.
De Sica réalise un film simple et poignant, terriblement lucide sur l'enfance délaissée et pourrie par le comportement irresponsable des adultes.
4/5