Film français de Robert Bresson ( 1967 )
Mouchette, au seuil de l'adolescence, vit dans une campagne misérable. Sa mère est gravement malade. Un soir, elle est temoin d'une dispute entre le garde-champêtre et un braconnier.
( Hmm bon je préfère pas mettre le résumé entier, ça pourrait gâcher le film ).
Avec Nadine Nortier, Jean-Claude Guilbert.
Le film porte le nom de son personnage principal, et ça n'est pas un hasard. Bresson adapte une nouvelle de Bernanos et dresse un portrait extrêmement touchant d'une jeune fille qui évolue dans un monde d'une profonde noirceur. Mouchette émeut de par son côté solitaire. Tout le monde la rejette, et même au sein de sa famille elle donne l'air d'être de trop, sauf quand il s'agit de s'adonner aux tâches ménagères par exemple. Le film de Bresson est une sorte de croisement entre le conte de fées et la tragédie grecque. Son héroïne fait autant penser à Cendrillon qu'à Antigone, de par le rejet qu'elle subit, sa présence indifférente aux autres, sa manière de lutter malgré tout.
Le côté tragique se ressent fortement dans la présence d'un Destin dont on connaît la cruauté. Dès le début tout va mal, et le spectateur pense déjà que les choses n'iront pas en s'arrangeant. Il n'aura pas tort. Mouchette est un film éminemment pessimiste mais jamais excessif dans le sort qu'il réserve à son personage principal. S'il touche autant, c'est que Bresson parvient à montrer la lucidité de la situation et la mécanique infernale des choses qui n'a rien d'illogique. Rien de superflu ici, tout semble normal, et c'est ça qui est le plus effrayant. La mise en scène atteint une puissance énorme à force de sobriété et d'acuité, et Bresson touche à l'essentiel des sentiments humains en faisant un cinéma dont l'humilité est sûrement une des premières qualités. Le film ne parle que de passions, de sentiments violents, mais qui n'éclatent pas ou très peu à l'écran. Tout semble très intériorisé, retenu, et le contraste entre ces passions vécues par les personnages et la forme du film fait naître une sensation particulière, l'impression que le cinéma parvient à dépasser une certaine représentation habituelle des sentiments ( son exagération, le besoin de souligner les effets ) pour traduire un ressenti que l'on expérimente tous. C'est intéressant dans la mesure où ça renforce l'identification du spectateur.
4/5