Film français de Louis Malle (1958)
Noir et Blanc
Casting: Jeanne Moreau, Maurice Ronet, Georges Poujouly, Yori Bertin, Lino Ventura... (on notera aussi la présence de Jean-Claude Brialy et de Nicolas Bataille)
Synopsis: Julien Tavernier travaille pour un grand marchand d'armes, Simon Carala. Il est aussi l'amant de sa femme, Florence. Avec l'aide de celle-ci, il projette d'assassiner Carala et de faire croire à un suicide. Son plan fonctionne parfaitement, à ceci près qu'il se retrouve, seul, bloqué dans l'ascenseur de l'immeuble. Pendant ce temps-là, un jeune flambeur lui vole sa voiture pour épater sa petite amie. Mais la virée tourne au drame et il tue deux touristes allemands.
Particularités du film:
-Pris Louis Delluc
-Grand Prix du Disque décerné pour sa B.O., composée d'improvisations de Miles Davies
-Premier film de Malle (il avait 26 ans), après avoir été crédité comme co-réalisateur du Monde du Silence de Coustaud (Palme d'Or 1956). Il était le plus jeune sur le plateau.
-L'un des films préfigurant la nouvelle vague, au moins sur la forme.
-Première utilisation de la pellicule dite "trinix", qui permettait de filmer sans éclairage.
-Jeanne Moreau n'était pas maquillée pour le tournage, selon la volonté de Malle, ce qui a failli pousser les producteurs à annuler.
Mon avis:
Surprenant de ne pas voir de topic consacré à ce film (ou alors j'ai très très mal cherché), que j'ai vu pour la première fois ce soir.
La mise en scène est frappante de modernité. Grâce à une nouvelle pellicule qui a permis de filmer de façon "documentaire": les plans dans la rue ne sont pas éclairés et le plus souvent sont des plans séquences filmés en travelling caméra à l'épaule par un cameraman assis dans une voiture d'enfant. Mais pas seulement. Il y a de formidables jeux de lumières qui donnent tout son sens à l'expression "film noir". Même si Malle s'est toujours tenu à l'écart de la nouvelle vague, ce film est clairement un précurseur, pas vraiment sur le fond, mais franchement sur la forme.
Jeanne Moreau crève l'écran malgré des dialogues plutôt niais. Son errance dans les rues de Paris sur des impros de Davies est tout sauf chiante, alors même que j'ai horreur du jazz. On pourra reprocher une théâtralisation des dialogues, ce qui n'aide pas des seconds rôles souvent pas très bons. Le scenario, quoiqu'intéressant, n'est pas vraiment adapté à une mise en scène si moderne, mais cela passe sans problème car Malle a mis juste ce qu'il fallait de codes du film noir.
Au final, ce film est une leçon de mise en scène que tout le monde devrait regarder au moins une fois dans sa vie. Le film a beau avoir la cinquantaine passée, j'ai été soufflé par sa modernité.
je viens de faire une vanne sur lui en plus !
J'ai surtout envie de le voir pour sa musique mythique. Ca a l'air intéressant oui ![]()
La vanne qui marche tout le temps, c'est celle du documentaire sur les neo-nazis "ascenseur pour les fachos".
Sinon sur les Cahiers du Foot il y a un sous-titre de topic avec "nazi dans le métro" dedans, et ça me fait bêtement rire aussi.
Promis, j'arrête avec les blagues tendancieuses.
Ah j'avais vu Zazie dans le Métro, sur la forme j'avais trouvé ça très intéressant.
Zazie dans le métro, le film, j'ai trouvé ça nul
Ce qui compte dans le livre, c'est le style de Queneau et ça on peut pas vraiment le retranscrire à l'écran.
Mais pour en revenir à Ascenseur pour l'échafaud, j'avais trouvé ça pas mal. Le scénario, surtout ![]()
Les Amerloques remakent les Jap', alors les Jap' nous remakent
http://asiafilm.fr/2010/07/02/b-a-ascenseur-pour-lechafaud/
J'ai vu le film hier soir.
J'ai pas une bonne culture cinématographique, donc j'ai du mal à voir la particularité de certains films.
je lis par-ci par-là que ce film est un "chef d'oeuvre", "monumental", etc...
Mais c'est quoi qui fait de ce film un "chef d'oeuvre" au juste ?
Simplement sa modernité par rapport à son époque ![]()
Vu dans le cadre de l'échange avec Eugene.
Je lance le film et je sens direct que ça va me plaire. La photographie, les dialogues, les acteurs... En quelques minutes je suis déjà conquis. Après il faut que le film tienne la route sur la longueur, notamment au niveau du scénario, dont je ne savais rien.
Et à ce niveau pas de problème, c'est même une des grandes forces du film. Rebondissements en tout genre, concours de circonstances en pagailles, ça se suit avec régal d'autant que le tout est d'une grande intelligence. Le coup de l'assassin soupçonné d'un autre crime qu'il n'a pas commis, c'est déjà assez audacieux, mais il y a en plus une foule de personnages divers qui gravitent autour de lui et qui complexifient encore plus cette intrigue.
On a donc un scénario très dense, et pourtant c'est un régal à suivre, surtout parce que le film est également un régal visuel. Tout d'abord la mise en scène est d'une grande modernité, et préfigure vraiment les changements que vont apporter d'autres cinéastes durant les années suivantes. Pour prendre un exemple précis, pendant la scène de l'interrogatoire, ou même la magnifique scène finale, on retrouve une esthétique très particulière, presque irréelle, avec des acteurs exposés à la lumière évoluant dans un fond noir. Ça m'a fait penser à l'esthétique très caractéristique de Yoshida, et je sais que la nouvelle vague japonaise s'est beaucoup inspiré du cinéma français, et ça se confirme vraiment ici. Et on retrouve également cette idée de modernité dans l'utilisation audacieuse de la musique jazz qui revient tout le long du film, composée par Miles Davis (rien que ça).
Bref c'est vraiment un très bon film que j'ai bien adoré, à la fois beau, moderne et prenant, porté en plus par de très bons acteurs.
J'avais vu Lacombe Lucien et Au revoir les enfants de Louis Malle, que j'avais tout deux adoré. Son premier film, Ascenseur pour l'échafaud donc, possède des qualités différentes mais aussi de nombreux défauts dont souffrent un grand nombre de premiers films. Cette capacité que Louis Malle a de filmer le silence dans cet ascenseur est tout d'abord incroyable. Il y a une tension, il y a une classe esthétique qui s'instaure, tout comme chez ces dialogues nous accrochant tout au long du film.
Néanmoins, il est à regretter de nombreuses maladresses au niveau de la mise en place des situations, dont les maladresses des personnages et les raccourcis effectués par certains semblent beaucoup trop gros et idiots pour être vrai. Chose qui est dommage, venant du témoignage d'une telle puissance dans la mise en scène, découlant d'une transportation d'un style américain au sein d'un Paris sur-urbanisé.
Franchement je pense que ceux sont les dialogues en fait le problème du film... Parce que avec des répliques déclamées avec un ton très Nouvelle Vague (ce qui n'est pas un défaut), c'est dur de créer une atmosphère noire et oppressante.
Enfin c'est pas un film qui m'a beaucoup inspiré de toute façon, même si c'est un polar très sympa et que esthétiquement c'est très classe, ça manque globalement d'émotions.
C'est plus les situations en elle-mêmes que les dialogues qui m'ont réellement dérangé pourtant. ![]()
Et par rapport à ce que tu dis sur la Nouvelle Vague, quelque part, Jean-Pierre Melville y est bien parvenu avec toute la puissance du monde. ![]()
Je vois pas trop le lien entre les loups solitaires mutiques de Melville et les dialogues Nouvelle Vague dits par une Jeanne Moreau resplendissante mais bon ![]()
Attends, déjà, tu as vu quels films de Melville? ![]()
Pas des masses, Le Samourai, L'Armée des ombres et deux autres dont le nom m'échappe.
Ben à part le samouraï et le cercle rouge (et peut-être certain des 5 que je n'ai pas vu), Melville ce ne sont pas vraiment des loups solitaires mutiques. Rien que l'armée des ombres déjà correspond plus à ce que Louis Malle représente, de la "nouvelle vague" (bien que cette qualification soit un peu abstraite) à l'esthétisation noire et américaine.
Le Samourai c'est la définition même du "loup solitaire mutique" ![]()
Sinon je trouve que ce qui gâche tout le film c'est les parties avec le mec et la meuf qui pique la bagnole.
Edit : j'avais pas lui le début de ton message, ça m'apprendras
sinon bah... Un Flic c'est complètement ça, mais faut se dire que c'est à partir Le Samourai que son style ses vraiment définis.
Sinon je trouve que ce qui gâche tout le film c'est les parties avec le mec et la meuf qui pique la bagnole.
Ouais, ça doit être ça en fait, surtout que ceux sont pas des personnages intéressants. Et en plus avec les américains qui ressemblent à rien et qui ont des réactions improbables...
Comme plusieurs autres personnes dont j'ai pu lire les avis ici et là, je suis un peu déçu, notamment parce que ça partait merveilleusement bien, cette histoire d'assassinat qui tourne mal, où l'assassin se retrouve coincé dans un ascenseur alors qu'il tentait de récupérer les preuves qu'il a oublié sur la scène du crime qu'il a quittée précipitamment. Le film se perd un peu en multipliant les intrigues, notamment celle avec le jeune couple qui vole la voiture et dont le destin ne m'a guère intéressé.
Au contraire même, ça ralenti le rythme du film et quelque part on quitte la paranoïa claustrophobique du héros qui se retrouve enfermé dans cette cabine d'ascenseur et qui ne peut rien faire pour en sortir. Avec cette histoire parallèle on perd de la tension au lieu d'en rajouter. Alors oui, il y a bien le quiproquo final, mais je ne le trouve pas fondamentalement palpitant non plus, ça aurait mérité d'être plus noir, plus sombre... bien que la toute fin et les derniers plans sur Jeanne Moreau soient très beaux.
Surtout que la réaction du jeune homme face aux touristes allemands ne me semble pas forcément très crédible non plus.
Si le film est sympathique, notamment grâce à la musique, il ne brille pas non plus, sans doute car Louis Malle n'a pas osé épurer encore son récit pour se concentrer sur un huis clos angoissant.