J'ai vu mes deux films! Tout d'abord j'ai été un peu déçu par le film argentin de Esteban Sapir. Il y'a beaucoup de bonnes idées et au début j'étais enthousiaste: le film est un hommage à l'esthétique et à l'univers des films muets, on a d'ailleurs le droit à un clin d'œil assez explicite au Voyage dans la Lune, de Meliès. On sent l'admiration pour l'inventivité et l'astuce de ces réalisateurs, les premiers magiciens du cinéma, mais malheureusement Esteban Sapir a presque exclusivement recours à des effets numériques, alors que ce qui est si plaisant, si magique dans les premiers films, c'est le côté artisanal, et puis en plus de construire soi même ses "trucs" il fallait aussi en avoir l'idée en amont, et tout était encore à inventer. Ici il y'a bien moins d'invention même s'il arrive qu'on croise, bien sûr, des bonnes voir des très bonnes idées. J'ai aussi été assez déçu par le traitement du scénario qui relève plus du film familial, le méchant n'a pas d'épaisseur, on retrouve les stéréotypes du docteur fou ainsi que du méchant sbire laid. Bref! À vrai dire si au final je me souviens surtout des éléments négatifs, c'est parce qu'un détail en particulier m'a déplu: les méchants posent leur victime sur un piédestal en forme de croix gammée, alors que les gentils posent le garçon sur un réceptacle ressemblant étrangement à.. une étoile de David! Je n'ai vraiment pas vu le rapport, le symbole est pour la peine beaucoup trop facile. Il y'a bien sûr des bons points au film: une atmosphère étrange réussie, de la créativité et de belles scènes, comme celle de la chanteuse sans visage.
J'ai aussi vu le Cuirassé Potempkine qui m'a évidemment impressionné! Eisenstein privilégie le montage pour exprimer son cinéma, et à travers lui seul passe tout le rythme, toute la puissance et l'énergie du film. Un exploit et une technique absolument unique pour l'époque (j'ai vu un certain nombre de films des années 20 récemment), je comprends pourquoi Eisenstein a un tel statut, on peut dire que c'est un visionnaire. Bien sûr il est difficile d'être sensible à tout ce qui relève de la propagande dans le film, et il n'est pas évident dans l'ensemble de s'attacher aux protagonistes. Je retiens surtout la scène des marches avec ce travelling impressionnant qui se lance (alors que le film, dans l'ensemble, est plutôt avare de mouvements de caméra), un plan qui reste impressionnant aujourd'hui. C'est un film important, à "étudier". Voilà pour mes retours!