Je crois que c'est Gus Van Sant qui disait que deux artistes ne pouvaient pas filmer une scène de la même façon, chaque cinéaste apporte de son aura dès qu'il est derrière une caméra. Je crois que cette phrase ne peut décrire mieux Sofia Coppola.
Elle confirme avec Somewhere son talent pour la mise en scène. On pourrait penser à une copie de Lost in Translation, mais ce qui est bien avec cette recette, c'est qu'elle fonctionne sous plusieurs codes. C'est un cinéma différent le cinéma de la jeune Coppola, une sorte d'art de la communication où le scénario importe peu car l'unité de communication n'est pas le dialogue mais le regard. Et ça fonctionne vraiment bien, un cinéma d'échange, de communication, où tout est dans le non-dit. Le film est néanmoins moins contemplatif que Lost in Translation, c'est peut-être le plus classique de la jeune cinéaste (j'ai pas vu Marie-Antoinette par contre) mais à défaut d'être essentiel dans sa filmographie, le film est la révision d'un exercice de style personnel qui s'avère efficace et touchant.
Ce que je trouve aussi intéressant, c'est l'importance donnée au protagoniste chez Coppola. L'"élément déclencheur" ici, c'est l'arrivée d'Elle Fanning. On suit la vie du personnage de Stephen Dorff, il boit, il fume, il dort, puis sa fille arrive et la narration devient tout de suite plus vitaminée. Ensuite, elle part et on en revient au départ, Stephen Dorff s'ennuie. Voilà qui montre à quel point les échanges sociaux sont vitaux, et c'est assez touchant. Là où certains cinéastes racontent des histoires, S. Coppola construit des relations et ça fonctionne tout aussi bien, quand c'est fait avec autant de justesse.
Et c'est beau ça, un(e) cinéaste qui filme son personnage marcher, deux personnages jouer, danser, c'est beau.
8/10
