Les rêves, c’est quand même chouette : totalement subjectifs, toujours imprévisibles, peu importe qu’ils soient inconfortables, agréables ou inavouables, ils nous appartiennent. Au réveil, tout juste en reste t-il des bribes formant un puzzle sibyllin. Soit le matériau idéal pour un grand cinéaste. En l’occurrence, feu Satoshi Kon, qui en tout juste six ans d’une filmographie incroyablement riche, à fait du songe son territoire de prédilection. Évocateurs, versatiles et aussi miroir l’un de l’autre, Perfect Blue et Paprika (respectivement premier et dernier long-métrage du cinéaste), ne pouvaient que créer des vocations.
Premier bénéficiaire de cette influence majeure, l’Inception de Christopher Nolan, sans doute le film le plus unanimement salué de l’an passé. Reprenant presque à la lettre le pitch de Paprika (un groupe de scientifiques dispose d’une machine pour pénétrer les rêves de leurs patients/clients), le blockbuster réflexif de Nolan en modifie les enjeux, basant son équilibre sur une écriture remarquable dans sa structure, mais traduite à l’écran par une imagerie certes cohérente, mais aussi terriblement pauvre en regard de son modèle.
Pourtant, on loue souvent Inception pour son originalité. Or, après plusieurs visions, le film ne cesse d’apparaître comme un remake vaguement dissimulé du chef-d’œuvre de Satoshi Kon, qui n’a d’onirique que son concept vertigineux de thriller à étages. A l’écran, le film ne se démarque que rarement d’un quelconque James Bond (témoin le très long rêve enneigé, où l’absence d’images oniriques se fait particulièrement sentir). Bon film au demeurant, il est dommage qu’Inception éclipse totalement Paprika, aux moyens promotionnels forcément dérisoires, mais à l’originalité autrement plus scotchante.
http://blogs.lesinrocks.com/cestvousquiledites/2011/03/03/christopher-nolan-darren-aronofsky-meme-combat/