"A ce titre, la meilleure manière de comprendre comment Malick travaille, c’est de s’intéresser à ce qu’il ne fait pas. Il ne regarde pas les rushs. Il ne fait pas répéter les acteurs, ce qui a posé pas mal de problèmes à Elias Koteas (dans le rôle d’un capitaine qui refuse d’envoyer ses hommes à une mort certaine). Il ne leur explique pas les scènes, comme l’a constaté Kirk Acevedo lorsque, au cours du tournage d’une séquence où il était blessé, Malick lui a brusquement demandé de se mettre à pleurer sans lui donner la moindre justification. Je ne connais pas d’autre film de guerre américain où les soldats ont autant l’air d’être vraiment perdus, traumatisés et épuisés, mais c’est peut-être parce que les acteurs étaient souvent perdus, traumatisés et épuisés. Malick ne s’intéresse pas réellement aux séquences d’actions, même sur un film de guerre. (Il aurait même déclaré, en plaisantant, qu’il voulait engager Renny Harlin, réalisateur de Die Hard 2, pour les scènes de combat). Il ne suit pas le scénario, et peut aussi arrêter les acteurs en plein milieu d’une séquence pour y revenir une semaine plus tard sans se soucier de la continuité. Ou bien leur faire jouer une scène en supprimant les dialogues. Ou encore interrompre une scène d’action compliquée, avec des passages d’avions et des explosions programmées, pour filmer une buse à queue rousse qui passait par là."
