Je craignais le biopic trop plat et pas forcément intéressant, mais Gainsbourg (vie heroïque) va au-delà. C'est une interprétation personnelle d'un jeune cinéaste prometteur qui préfère s'attarder sur le mythe plutôt que la vie du célèbre artiste qui aura fait couler tant d'encre en son temps...
Ca commençait pourtant pas très bien. Le film démarre sur l'enfance de Gainsbourg durant l'Occupation française. Je n'ai pas accroché à ce passage, le trouvant trop long même si essentiel pour la suite. L'apparition de la "conscience" est un peu hasardeuse aussi, on la met peut-être pas au moment opportun car si Gainsbourg commençait à dessiner ses propres traits, ce drôle de pantin aurait pu apparaître au moment où naissait vraiment la grande personnalité gainsbourienne.
Mais dès le passage à la vie adulte c'est là que le film prend davantage d'ampleur. Eric Elmosnino m'a impressionné, c'est un mec qui joue avec une aisance déconcertante en plus d'avoir vraiment le physique taillé pour le rôle. Il est d'une justesse épatante et fait évoluer son personnage (car il ne fait pas que ressembler à Gainsbourg, il EST le mythe Gainsbourg le temps d'un film) avec brio.
La mise en scène est très classique en soi mais a sa touche d'originalité en ce qui concerne l'apparition de la "conscience". Après la technique ets maitrisée sans être transcendante tout comme la photo, Gainsbourg (vie heroïque) a été surtout pensé pour développer le fond et mettre la forme au second plan.
Le fond lui est intéressant. Ce n'est pas une retranscription de la vie de Gainsbourg, ce sont ses états d'âme, ses sentiments, son sens artistique qui prédominent dans le film. Si on aurait souhaité avoir d'autres passages de sa vie, force ets de constater que les passages peints ici le sont avec justesse, maîtrise et talent. Outre Elmosnino, le reste du casting est franchement bon. Laetitia Casta a franchi un palier depuis le téléfilm La bicyclette bleue où chacune de ses répliques sonnaient faux. Il m'a même semblé voir la vraie Bardot l'espace de quelques secondes, c'est épatant de voir à quel point Joann Sfar a eu ce souci d'authencité physique au niveau de ses personnages. A noter les apparitions de Philippe Katerine en Boris Vian, de Lucy Gordon en Jane Birkin...
Après le petit défaut du film est son rythme qui s'essoufle un peu au fil des minutes, non pas que ce soit ennuyeux mais que le rythme est inégal. Mais ceci est compensé par la transformation de Gainsbourg, on ne la voit pas arriver et pourtant on en voit le résultat. Ce film ne m'a pas transcendé outre mesure mais force est de constater qu'il y a là du talent et du potentiel chez Joann Sfar qui peut nous gratifier d'autres bons, même très bons films par la suite. Un film réussi.
7/10