Comme promis à Buzz voici son post :
Le 21 mai 2019 à 21:29:40 Buzzmeeks2 a écrit :
The Mist a beau être la troisième adaptation de Stephen King par Darabont, elle s'éloigne autant que possible de ses deux prédécesseurs. Une durée et des moyens réduits (deux heures contre trois pour La Ligne Verte et moins d'un tiers de son budget), une ambiance qui rappelle plus souvent Lovecraft que King et surtout des partis pris visuels de sécheresse, de caméra à l'épaule et d'astuces de série b qui tranchent totalement avec le classicisme un rien planplan des Évadés. Ceux qui vénèraient le Darabont oscarisable ne pouvaient que faire la tronche devant ce film d'horreur aux effets speciaux approximatifs en oubliant que l'essentiel etait ailleurs, dans une mise en scene nerveuse et dans un rythme bien plus soutenu que d'habitude, le film enchainant les beaux moments horrifiques (araignées cracheuses d'acide, insectes géants venimeux, mante religieuse alien) avec une reelle inventivité et sachant créer une tension culminant lors de la prise de pouvoir de Mme Carmody.
Si on peut toujours pardonner a une série b son manque de moyens, on lui réclame en revanche une bonne caracterisation des personnages. Si The Mist peut sembler au premier abord convenu narrativement, il est en fait l'un des rares films d'horreur ou la quasi totalité des decisions prises par le heros sont mauvaises même si facilement compréhensibles. Son refus d'aider la mere coincee dans le magasin lui coutera tres cher, son excursion pharmaceutique sera un desastre et si le fait de quitter le magasin semble logique au vu des circonstances le seul survivant de son groupe sera finalement Bud, le manager... resté coincé dans le magasin. Le personnage de Thomas Jane échoue systématiquement dans ses tentatives d'éloigner le danger, quittant une zone devenue sécurisée apres la mort de la chrétienne folle (tuée non pas par le heros mais par Ollie, le petit homme a lunettes discret en fait véritable " héros " du film) qu'il n'avait pas su empêcher de gagner en puissance.
Jim me mécano est un des personnages les plus atypiques et interessants du film. Décrit au depart comme un imbécile dont le scepticisme arrogant causera un mort, il regrette sincèrement sa bêtise et tombe dans une dévotion qui le transforme en fou dangereux. Le film d'horreur classique réserve a l'idiot coupable au mieux une mort rédemptrice pour sauver le groupe, au pire un destin tout à fait infamant. Ici Jim participera a un lynchage avant que la mort de Mme Carmody ne le mette à nouveau en état de choc. Le dernier plan sur lui le montre pourtant apaisé et ayant commis une action louable (il ouvre a Bud, pourtant dans le camp ennemi, condamné à une mort certaine à l'extérieur) ce qui casse nettement la représentation habituelle de ce type d'antagoniste : son estime brisée et son influenceuse morte, Jim est un pauvre type ni meilleur ni pire qu'un autre qui représente un danger bien moindre que Thomas Jane pour les siens.
Des " méchants " qui survivent, des gentils qui meurent (plusieurs des personnages les plus sympathiques ont des morts franchement cruelles) et voilà The Mist conduit à une fin généralement appréciée mais dont le nihilisme forcé, si il convient au spectateur du XXI ème siècle pour qui le sordide est une preuve de maturité, me semble tomber comme un cheveu sur la soupe (sans parler du pompierisme musical avec les Dead Can Dance) afin d'illustrer lourdement la thématique de l'homme loup pour lui-même. Cette fin et quelques divers défauts (Thomas Jane manque singulièrement de charisme, certains dialogues sont trop explicatifs) ne font pas oublier les gros progrès faits par Darabont a la mise en scène, ses audaces narratives et son talent a créer un univers visuel marquant en dépit de son faible budget. C'est imparfait, mais c'est déjà beaucoup.