Très bon film.
Attention, spoilerS dans la critique:
Il n'est pas anodin, que dans "7H58...", l'histoire commence par le braquage de la bijouterie familiale(ou presque). Le film, plutôt que de proposer une progression vers cet événement capital connu de tout spectateur(qui aura vu la BA ou lu un synopsis), nous annonce d'emblée que oui, le braquage a eu lieu. Manière habile d'installer un des grands thèmes du film: la fatalité.
Les personnages semblent dès le départ-dans le montage comme dans leur existence purement chronologique-pris dans un engrenage inéluctable, dont ils ne ressortiront pas indemnes, et encore moins qu'ils ne l'étaient jusqu'alors. Le film est d'autant plus pessimiste, voire sadique!-qu'il ne laisse aucune échappatoire possible.
Quand à la fin du film, Andy menace de tuer son frère, une jeune femme lui tire dessus avant qu'il n'agisse. Pourtant, Hank est bien mort. Lumet, par une tension progressive et un gros plan sur l'arme tenue par Andy, injecte au film quelques gouttes de noirceur, et fait de ce détail-le doigt qui se rapproche de la gâchette-un fantastique moyen de dépeindre l'impitoyable marche en avant du destin. Cet affrontement est aussi un commentaire sur le rapport entre les deux frères.
De cela, de ce commentaire sur deux frères qui s'entretuent-Andy tue Hank, Hank couche avec la femme d'Andy-il n'est que question dans "7H58...", puisqu'on y parle énormément de l'éclatement de la famille(deux fils tuent leur mère, le père tue un fils)
Les personnages du film sont les archétypes idéaux du film noir:le spectateur a l'impression de connaître leur passé, et sait, tristesse, leur avenir(plus ou moins). C'est pour cela que la narration éclatée de Sidney Lumet est intéressante, parce qu'elle confond habilement passé, présent et futur. En démantelant une narration classique, le réalisateur américain en dit beaucoup sur l'état général de ses personnages.
Tragédie portée par des acteurs en état de grâce-Hoffman impeccable, Hawke magnifique comme jamais il ne le fut-"7H58..."est un film assez passionnant, malgré quelques longueurs. Mais "rien que"pour ses acteurs, sa photo, sa musique, et sa formidable dernière partie, où Lumet précipite encore plus ses personnages dans une machine infernale, l'oeuvre est hautement recommandable.