Il y avait deux façons de traiter un tel sujet : d'une manière réaliste et psychologique, avec un père à la fois ivre de colère et inconsolable, perpétuellement sur le fil du rasoir ou bien d'une façon plus simpliste en recourant à l'action choc et aux répliques qui fusent comme des balles. Et bien visiblement, James Wan n'a pas pu se résoudre à user d'une seule méthode. Cela est d'autant plus évident que le scénario est littéralement coupé en deux, donnant lieu à non pas un, mais deux films bien distincts.
Si les 2/3 sont incontestablement ancrés dans le réalisme et nous plonge avec efficacité dans une situation de tragédie tendue et inexorable, créant une proximité idéale avec le héros, la dernière partie fait figure de director's cut (inversé) tant elle semble vouloir anéantir l'effet et la réflexion atteint précédemment, comme si le cinéaste avait regretté le manque de violence graphique et avait voulu fournir un baroud d'honneur jusque-là absent. On peut regretter ce choix car la dimension du film n'est du coup plus du tout la même et son impact réduit par ce consensus. Mais pour autant un message limpide germe de tout cela : si la vengeance peut apparaître comme une solution payante, elle peut aussi devenir par son efficacité la plus séduisante des addictions en dépit d'inévitables dommages collatéraux. A commencer par se perdre et devenir celui que l'on combattait.
Reste un élément majeur dont la qualité est constante de bout en bout : la performance de Kevin Bacon, intense et bouleversant, qui prouve avec ce rôle qu'il peut jouer toutes les nuances avec une conviction exemplaire.
Message édité le 16 avril 2019 à 15:49:27 par RPGamer4Ever