J'ai acheté le coffret collector "We Own The Night" chez Wide Side pour Noël. Fait remarquable, la bande originale est comprise dans le coffret, en plus du DVD de bonus. Pour l'instant je n'ai regardé que l'interview de James Gray et il explique effectivement que pour lui l'aspect émotionnel est le plus important dans ses films (comme tu parlais de tristesse Leprodiss).
Je viens de le revoir et je pense que ce film apprend tout sur le cinéma. En tout cas, un "certain" cinéma classique - même si je n'aime pas utiliser un euphémisme ici, on ne peut pas nier que de nombreux chefs-d'œuvres appartiennent à une autre école que "We Own The Night". Quoi qu'il en soit, je disais que ce film apprend tout: autant sur l'histoire, que la réalisation ou même la bande originale.
Pour prendre l'exemple de la BO. Dans "We Own The Night", il y'a deux aspects marquants: la musique d'atmosphère, et les thèmes récurrents, au nombre de deux. Un thème apporte énormément au film, il regorge de sens. L'utilisation qu'en fait Gray me rappelle d'ailleurs "Le Parrain" et c'est un des nombreux aspects sur lesquels il se fait effectivement le disciple de Coppola. Le thème qui symbolise dans la première partie du film l'amour d'Alanda et de Bobby va accompagner celui-ci quand il quittera celle-ci pour sa famille: il apparaitra dans la scène où Bobby, qui vient de devenir policier, discute avec son frère, avec qui il semble proche pour la première fois - il refuse d'ailleurs un coup de fil de sa petite amie. On comprend le chemin que prends Bobby et la tournure que prends sa relation avec son frère par la seul présence du thème. Ce sont des mélodies fortes et symboliques (d'un personnage, ou d'un évènement) qui occupent une part entière dans la narration par leur énorme contenu sémantique. (c'est-à-dire de sens, vocabulaire d'un étudiant en lettres!)
Pour ce qui est de la musique d'atmosphère, on remarquera celle, minimaliste, qui accompagne la scène où Bobby visite la planque des russes. Contrairement aux thèmes forts la musique d'atmosphère n'est pas porteuse du sens de l'histoire mais joue un rôle dans la composition de la séquence, elle lui insuffle un rythme, une respiration et lui donne le ton comme une clef sur une partition. Je dis composition parce que c'est un mot qui me parle, en tant que fan de musique avant tout, mais je ne sais pas si ça vous parle à vous cinéphiles…
En tout cas je me disais que cette scène de la planque, avec celle de la poursuite en voiture, étaient des œuvres d'art à part entière…
Je ne détaille que l'aspect musical mais comme je le disais plus haut, je pense que le film de Gray nous apprend le cinéma sous tous ses aspects, et pas seulement celui-là. Seulement détailler les autres aspects (réalisation, écriture…) prendrait beaucoup trop longtemps. En tout cas ce deuxième visionage m'a beaucoup inspiré et me donne même envie de m'y mettre, j'ai l'impression de comprendre maintenant (peut-être pas complètement mais en tout cas beaucoup mieux) les outils à la disposition du cinéaste, leur place dans la création de l'œuvre et la finalité à laquelle celle-ci doit aspirer. Une vraie leçon, finalement! Je vais sortir mon projet de court-métrage du tiroir et m'y remettre.