Bon film, même si sa longueur joue contre lui.
Je lui ferais deux reproches. Sa durée donc, 2H20 qui auraient peut-être convenu sans le 20. Et un autre reproche, qui n'est pas si éloigné que ça du premier, soit l'impression que le film ne dit pas énormément de choses, et qu'il aurait donc pu durer moins longtemps. Le côté conte du Tambour joue à la fois en sa faveur et contre lui en même temps. Le déroulement de l'intrigue est plutôt linéaire et ne développe pas beaucoup les propos qu'il veut mettre en place, on a l'impression que le film passe totalement à côté d'un discours politique alors qu'à l'évidence il y avait de la matière. Alors évidemment le film dit des choses, mais c'est fait très facilement. Le scénario impose une situation ( exemple : Oscar ne veut pas grandir ), mais ne tisse rien autour de ça. On peut avoir l'impression que le fait est totalement dénué de profondeur, qu'il existe pour lui-même, sans créer de fond cohérent à l'ensemble du film. D'un autre côté l'aspect conte fonctionne puisqu'il permet une incursion du fantastique qui oblige le spectateur à s'interroger sur la nature des choses. Le fait qu'Oscar se prenne pour Peter Pan et qu'il ne grandisse pas n'est évidemment pas plausible, mais le côté irréaliste de la chose permet bien sûr - et paradoxalement - une prise de conscience du spectateur. Mais encore une fois ça reste très mince.
La mise en scène regorge de bonnes idées, donne un aspect baroque au film qui le détache un peu plus de la réalité des choses. Et puis ça fait penser à Fellini - et plus tard à Kusturica - dans le portrait mouvementé d'un microcosme évoluant dans un contexte historique important ( style Amarcord ou Underground ). Je reviens sur le scénario et le manque de profondeur. Quand Oscar devient finalement ce qu'il voulait éviter, quand il se transforme lui-même en figurine de la dictature, c'est un discours intéressant sur la soumission à un régime tyrannique ( qu'aurions-nous fait nous ? ), mais le film se contente de ses idées - bonnes - tout en oubliant de les développer, d'introduire de la complexité. Le Tambour aurait pu être un grand film sur l'enfance et le refus du monde adulte, univers d'horreur absolue. Au final c'est une oeuvre intéressante mais dont l'intérêt se délite dès sa seconde partie. C'est dommage, il semble que la matière était pourtant prometteuse.
3/5