Je viens de revoir Jurassic World, et le film est encore plus mauvais que dans mes souvenirs. Rien ne va, c'est un pur produit du système hollywoodien qui vise à produire des films en surfant sur la nostalgie. Il ne propose rien et ne réussit jamais ce qu'il tente d'entreprendre.
L'écriture est une catastrophe. Pourtant, comme l'indiquent les crédits à la fin du film, il y avait quatre personnes qui ont bossé sur le script. Quatre, rendez-vous compte, et ils ne sont pas parvenus à pondre une histoire correcte. Quand on passe d'un Alan Grant et Ian Malcolm à un Owen Grady et Claire Dearing, la comparaison fait mal. Les personnages incarnés respectivement par Chris Pratt et Bryce Dallas Howard n'ont aucune personnalité, c'est le néant. Ils sont tout simplement clichés, et incapables de marquer l'imaginaire collectif comme ont pu le faire Grant ou Malcom (surtout ce dernier, tout particulièrement).
Quoiqu'on en dise, l'idée du dressage des vélociraptors est une idée de merde. Si encore Grady avait complètement perdu le contrôle de ses carnivores (ce qui aurait pu constituer une belle leçon de vie face à la volonté de l'homme de vouloir tout contrôler), je n'aurai pas boudé mon plaisir, mais ce n'est pas le cas. Les vélociraptors sont devenus gentils et ne représentent plus la menace si iconique qu'ils étaient dans la première trilogie. Mention spéciale à Blue qui vient quand même sauver nos héros à la fin... Je me souviens avoir rigolé au cinéma, à l'époque. En plus de ça, les dinosaures sont moches (sauf éventuellement l'Indominus Rex) et baveux visuellement. Qu'il est loin le temps des magnifiques animatroniques de Stan Winston.
Il y a beaucoup d'autres points négatifs qu'il serait tentant d'aborder (les clins d'œil à outrance, le fait que ce film soit un mauvais remake de JP comme l'est Star Wars VII avec l'épisode IV, les connaissances paléontologiques bloquées au siècle dernier, la mise en scène inexistante de Colin Trevorrow, le message raté du film), mais je vais me contenter d'un seul. La peur qu'inspire les dinosaures.
Dans les romans de Michael Crichton, la peur des dinosaures est une composante essentielle des livres, que l'on retrouve dans les trois films de la trilogie Jurassic Park. Le T-Rex est un danger, les vélociraptors sont vicieux et le Spinosaure est là pour tout casser. Dans Jurassic World, cette peur ne prend jamais, la faute aux vélociraptors dressés, mais aussi à la mise en scène de Trevorrow. Par exemple, lorsque Masrani vient voir l'Indominus avec Claire, le spectateur peut discerner, à travers les feuillages, l'hybride génétiquement modifié. La musique a beau donner le ton, cette scène n'arrive pas à iconiser suffisamment son dinosaure. A l'inverse, dans Jurassic Park, la scène du repas des vélociraptors est une maîtrise de cinéma. On ne voit jamais les vélociraptors, au mieux nous pouvons les entendre crier et se mouvoir à travers un épais feuillage de plantes et d'arbres. La vache introduite dans la cage disparaît, seul le treuil en ressort, complètement fracassé. Voilà une scène réussie.
Ce défaut de mise en scène se retrouve également avec les mercenaires d'InGen, lorsqu'ils se font tuer par les vélociraptors. Plutôt que de nous montrer un massacre bien sanglant en jouant avec les lumières (la lune, les ombres, les flammes), Trevorrow semble se censurer en adoptant un point de vue à la première personne via les caméras. On entend des cris, mais on ne voit pas l'action, car celle-ci est terriblement trop floue.
Un film mauvais, même si j'apprécie de très loin ce qu'il tente de dire (la lassitude du public face aux dinosaures et leur envie d'en voir davantage, ce qui pousse les généticiens à créer toujours " plus gros ").