Cela a dû être bien étrange pour le public de l'époque que de voir cette nouvelle facette du réalisateur, passant d'un cinéma trash à quelque chose de plus mature, plus sérieux, avec une histoire aux thèmes variés.
Jackson passe donc de Braindead à Heavenly Creatures. Deux films bien opposés et tout aussi réussis dans leurs genres respectifs. Ce dernier permet au cinéaste de s'imposer comme un réalisateur crédible et à fort potentiel.
La volonté des scénaristes était avant tout de respecter le fait divers dont ils s'inspirent, une histoire qui avait choqué la Nouvelle-Zélande dans les années 1950. Dès le début de l'histoire, après une séquence d'introduction assez sympathique qui peut rappeler celle de King Kong, Jackson nous indique son ambition de vouloir raconter quelque chose dont on connaît déjà la fin. Tout l'intérêt est donc ailleurs : La représentation de deux jeunes filles, considérés alors jusqu'ici par la population comme des monstres.
On a donc deux personnages, deux adolescentes dont l'une est joué par Kate Winslet, que le spectateur va apprendre à connaître. On rencontre deux filles innocentes, heureuses, créatives (et c'est une idée importante dans le film) mais troublés par leurs attaches, leurs familles respectives. Les thèmes de l'adolescence et derrière de la liberté prennent alors place et l'histoire devient au fur et à mesure de plus en plus intéressante, dramatique avant de devenir tragique.
Les deux personnages se renferment dans leurs esprit créatif, ce qui permet à Peter Jackson de s'exprimer dans sa mise en scène à travers des séquences oniriques ou des incrustations. Il y a des idées vraiment ambitieuses, mêlé à des hommages plus que sympathique. À travers ce mélange de réalisme et d'onirisme fantaisiste, Jackson conserve donc son amour pour le cinéma fantastique. Dommage que les effets spéciaux aient quelque peu vieillis...
Finalement, le cinéaste fait preuve d'intelligence, transformant le fait divers assez terrible en une ode à la vie, à l'homosexualité et à l'adolescence et en faisant par dessus tout passer les deux jeunes filles pour des rêveuses, amoureuses, écartés du monde réel, passant alors pour des "folles" auprès des gens qui les entourent.
Le film a un côté kitsch, certes justifié mais parfois un peu lourd. Tout comme le jeu de Kate Winslet. Elle qui ne s'aime pas dans Titanic doit se trouver encore plus désagréable dans ce film. Les deux actrices restent néanmoins plus que convaincantes. La tendance à la caricature de certains personnages est aussi un peu gênante. Ce qui marche pour Braindead, les Feebles ou The Frighteners ne fonctionne pas ici car nous sommes tout de même dans une oeuvre bien différente.
Peter Jackson signe ici son film de maturité où les thèmes sont aussi variés que les idées. L'amour que porte le cinéaste pour son pays est toujours bien présent et permet magnifiquement bien de cadrer cette histoire à plusieurs refrains, à la fin tristement sordide. Il est amusant, pour l'anecdote, de voir que l'une des deux adolescentes est devenu écrivain d'histoires policières.