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Liste des sujets

Southland tales

blazcowicz
blazcowicz
Niveau 10
07 octobre 2012 à 15:10:11

C'est quoi le rapport avec Revolver ? :hap:

[BuyMore]
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Niveau 10
07 octobre 2012 à 15:59:37

SouthPark qui pond un commentaire sorti de nul part :hap:

SouthParkRPG
SouthParkRPG
Niveau 5
08 octobre 2012 à 06:38:31

Le rapport c'est que tout deux sont des navets pseudo philosophiques qui reprennent les idées d'autres films pour s'approprier un style

blazcowicz
blazcowicz
Niveau 10
08 octobre 2012 à 09:21:26

Ca me semble assez unique pourtant.

Schwitz
Schwitz
Niveau 10
08 octobre 2012 à 11:20:02

+1, ça doit être ton esprit tordu qui te fait penser que Southland Tales copie d'autres films parce que j'ai plutôt eu la sensation d'avoir vu un objet cinématographique assez unique avec ce film

Corvo_Attano
Corvo_Attano
Niveau 5
09 octobre 2012 à 16:58:23

L'histoire temporelle pompé sur Donnie Darko "je sais pas quoi faire, j'ai pas d'idée... je recycle"
Abel et Cain, les versets de l'apocalypse... non non c'est vraiment du jamais vu, et puis ca tient bien la route tout ca hein, c'est pas incohérent du tout

Halala suffit de faire un film qui pète plus haut que son cul et les ado en manque d'intellect pensent que c'est un chef d'oauvre
Un réal a plus qu'a se droguer, pondre un scénario bizarre et toute la clique des 15/18 prendront ca pour une merveille

Corvo_Attano
Corvo_Attano
Niveau 5
09 octobre 2012 à 18:59:39

C'est incohérent donc c'est poétique...

solic
solic
Niveau 10
09 octobre 2012 à 19:33:51

Il y a rien d'incoherent, mais bon...

Corvo_Attano
Corvo_Attano
Niveau 5
09 octobre 2012 à 20:07:37

trois punks qui prennent d'assaut l'immeuble pour tuer la femme du sénateur, c'est tout a fait cohérent
The Rock amnésique, oscar du rôle le plus cohérent
Le fameux script qu'il a écrit, prophétie?
j'avais oublié qu'une prophétie c'est du jamais vu dans une histoire et qu'importe qui la prédit, même un comédien raté devenu scénariste c'est toujours hyper cohérent

Schwitz
Schwitz
Niveau 10
17 février 2013 à 23:29:13

Le film est tout a fait cohérent, il serait temps de réparer cette injustice qui entoure les films de Richard Kelly et de se rendre compte que cet homme est un des très grands cinéastes des années 2000, je vais vous expliquer pourquoi:

Le futur.

Une vision du futur, le chaos, un désastre, nous y sommes conviés dès la fin de la séquence d'ouverture par ces mots:

"Voici comment s'achève le monde"
"Voici comment s'achève le monde"
"Voici comment s'achève le monde"
"Pas dans un geignement, mais dans une explosion"

Ce futur apocalyptique, ce chaos sans nom, cette vision d'un monde plus que jamais divisé n'est pourtant pas si "fictionnelle" que cela, parce que le futur, c'est demain.

Andrew Niccol à travers "Gattaca" illustrait déjà le fait que peu importe la distance à laquelle nous situons ce futur, les défauts de notre monde sont toujours présents, et la névrose de notre société avec eux.

Une idée qui se vérifie lors de la vision du chef-d'oeuvre de Kelly: Donnie Darko, en 2001 déjà, pour son premier film tourné à l'âge de 25 ans, il signait un authentique thriller futuriste. Southland Tales pour sa part, réponse directe et satirique au Patriot Act, au terrorisme et d'une certaine façon à la vision du monde par les USA, abordant une abondance de thèmes d’actualité (sécurité intérieure, paranoïa ambiante, énergies alternatives, vente d’armes, partis politiques en conflit, libertés individuelles, pornographie, etc…) afin de garnir une vision d’une Amérique emplie de contradictions en tous genres. De la part d’un cinéaste désormais connu pour complexifier ses intrigues par un ajout d’éléments schizoïdes et/ou nourris à la pop culture, le pari suscitait une nuée d’espoirs démesurés. La réception plutôt mauvaise du film au festival de Cannes en 2006 aura finalement détruit ces espérances : après avoir vu son film hué et vilipendé par la critique internationale (la quasi-totalité des journalistes criant à l’ovni insondable et grotesque), Richard Kelly fut contraint de retourner en salle de montage pendant près d’un an, pour finir par couper près de 40 minutes de métrage. Ce qui, malgré tout, n’aura pas empêché le projet de devenir l’un des plus gros bides de tous les temps (à peine 300 000 dollars de recette pour un budget de 18 millions !) et de ne pas bénéficier de sortie européenne dans les salles obscures. Un parcours chaotique, mais prévisible, tant Southland Tales appartient aux films impossibles à ranger dans une case et incapables de créer le consensus, tant critique que public. Et comme les œuvres fonctionnant sur l’excès et le foisonnement ne peuvent susciter rien d’autre que l’accord (au mieux) ou le rejet (au pire), il sera permis de voir dans les reproches du trop-plein d’ambition adressés à Richard Kelly qu’une simple vue de l’esprit. A vrai dire, si l’on souhaite malgré tout relever une ambition au cœur de ce monstre tentaculaire de 2h25, c’est cette façon d’aborder un sujet d’actualité sous une forme outrancière, barrée et novatrice. Et le résultat, aussi déroutant soit-il, forme à l’arrivée l’un des films américains les plus importants de ce début de millénaire.

Explications…

Attention:spolier:

Southland Tales, dans sa lecture primaire, traite de la circulation des images, le flux multimédia. Bien qu'il soit bel et bien un film, il est aussi profondément post-cinématographique, à la fois en termes de contenu et de forme. Southland Tales se déroule dans un univers alternatif au nôtre: celui dans lequel ont explosé des bombes atomiques dans le Texas en 2005 suite à une attaque terroriste, et nous ont conduits dans la Troisième Guerre mondiale, On assiste à la fois à une reconfiguration du paysage politique, à la montée en puissance du multimédia de masse et d'Internet, et à une course effrénée aux nouveaux carburants. Néanmoins, le film est profondément contemporain, en ce qu'il repose fermement dans un monde de télévision et téléphone portable: YouTube, les 24 chaînes d'information câblées, des caméras de surveillance omniprésentes, des célébrités suivies de papparazzi, nous sommes bien au 21ème siècle.

Southland Tales est aussi l'histoire de ces médias post-cinématiques qui jouent un rôle au sein du film. Images proprement cinématographiques se voient mélangées avec une batterie de séquences vidéo semblant être tournées à domicile, internet déverse ses flux de nouvelles, des publicités, des environnements simulés en CGI, en particulier pendant les séquences durant lesquelles les personnages du film regardent tout ce qui précède sur les fenêtres de plusieurs ordinateurs ou plusieurs écrans.

La logique de composition de Southland Tales est paratactique et additive, ayant peu à voir avec la syntaxe d'un film conventionnel. En effet, le flux discordant de Kelly est presque l'exact opposé du montage d'Eisenstein. Eisenstein voulait que ses images contradictoires interagissent dialectiquement avec l'alchimie globale, afin de produire par leur affrontement l'image d'un ordre supérieur, un tout supérieur à la somme de ses parties, mais les images discordantes Kelly refusent de se réunir, elles ne sont même pas conflit, mais co-existent dans leur distance les uns des autres, par leur «incompatibilité».

Dans Southland Tales, les enchaînements de cause à effet produisent à la fois une multiplication et un effondrement total, se jouant de toute logique linéaire ou narrative; ni tout à fait causalité, ni tout à fait action mais plutôt une juxtaposition, «libre» d'association, qui entraîne la prolifération de plusieurs niveaux de boucles de rétroaction auto-référentielles.

Nous allons prendre l'exemple d'une séquence bien précise du film pour illustrer cela:

Des artistes underground, un homme noir et une femme blanche qui forment un couple dans la «vraie vie», se déguisent à l'aide de prothèses faciales afin de ne pas être reconnus. Avec ce déguisement, ils font semblant d'être un couple marié, afin de simuler un scénario dans lequel ils seront assassinés par un flic raciste. Il le font apparemment pour une cause politique, mais il semble aussi qu'ils soient intéressés par un chantage envers l'état pour obtenir un avantage financier (fonds de démarrage pour alimenter de nouveau leur «art»). Le flic raciste qui est censé les assassiner, après avoir répondu à un appel concernant des violence domestique, est personnifié dans ce scénario par son propre frère jumeau (Taverner), et accompagné par un acteur (Santaros) essayant de rechercher son propre futur rôle de flic en se glissant dans la peau du personnage du (soi-disant) flic, ainsi que par l'apport d'une caméra vidéo avec laquelle il enregistre tout ce qui se passe. Le faux flic raciste est censé tirer des balles à blancs, et les artistes feront semblant d'être touché, tandis qu'un complice caché presse un bouton pour faire jaillir le faux sang sur leurs corps. Mais l'ensemble du scénario est brisé quand un deuxième flic (bel et bien raciste pour le coup) fait irruption sur la scène et tire des balles réelles, le couple est ainsi exécuté, purement et simplement (eux qui se sont déjà grillés à ce moment là en révélant qu'ils sont des comédiens), et le policier confisque la caméra vidéo de Santaros qui avait tout enregistré. Dans une scène suivante, le flic tueur se révèle être un agent spécial et non un flic réel, au service d'une hiérarchie plus élevée que la police, ce qui complique l'intrigue qui semble aussi impliquer désormais l'activisme politique et le chantage pour de l'argent ...

J'ai longuement décrit cette scène qui ne prend que quelques minutes du film, pour vous donner une idée de la façon tordue et multi-nivelée dont il est constitué. Ces circonvolutions de contenu vont de pair avec le barrage de surcharge sensorielle des images médiatiques multiples qui remplissent l'écran, ou même souvent de multiples écrans dans l'écran. Je n'ai même pas mentionné le fait que tout ce qui arrive dans le film est sous surveillance, d'ailleurs tout ce que nous voyons à l'écran est vu en direct, ou une seconde fois, par le système de sécurité du parti républicain et sa cheffe (joué par Miranda Richardson, qui jouait Angela Lansbury dans The Manchurian Candidate), qui surveille les écrans multiples de son centre de commandement au cœur de l'US-ident, un «think tank» modifié en installation d'espionnage qui (dans l'intérêt de la «sécurité nationale») suit de près ou de loin tout ce qui fluctue à travers l'Internet.

Le grand théoricien du cinéma Michel Chion note qu'au cinéma les images sont primaires, la cohérence du film venant principalement de la mise en scène et du montage, la bande sonore quand à elle, est réellement un support pour les images, en leur donnant une résonance émotionnelle et une garantie (apparente) de naturalisme. La vidéo, au contraire, est plus une "Radio illustrée", selon Chion: le son est primordial (qu'il s'agisse de la voix dans un rapport de nouvelles, ou de la musique dans un clip vidéo), les images elles, n'ont pas de logique intrinsèque, mais sont enfilées à travers les orientations fournies par le son.

Il s'agit d'un autre aspect par lequel Southland Tales est résolument post-cinématographique. Son utilisation du son est beaucoup plus proche de celle de la télévision et du clip musical que de celle de toute utilisation antérieure dans l'histoire du cinéma. Nous sommes guidés dans le labyrinthe des images proliférantes du film presque exclusivement par une narration de Justin Timberlake (avec d'autres formes de narration, comme ceux de divers reportages tournés style CNN) et par la merveilleuse partition musicale de Moby. Alors que la musique électronique module notre humeur, la voix-off établit des connexions entre les couches et les niveaux d'imagerie qui autrement ne pourraient pas émerger. Stylistiquement, les images de Kelly tendent vers la planéité télévisuelle.

Il s'aventure cependant dans la cinématographie plus fortement stylisée de temps en temps (Notamment la fabuleuse séquence de fin, dont un plan-séquence génial vers la fin du film, dans le méga-zeppelin). Mais l'accent est mis sur des tableaux jamais strictement optiques: il y a toujours un trop plein d'images en profusion, qui ont besoin de la bande-son pour être en clair.

Il n'est pas question de "raconter au lieu d'afficher" (l'accusation habituellement proférée contre l'utilisation de voix off par certains classiques hollywoodiens, par exemple dans les films de Billy Wilder), mais plutôt d'énonciation de vive voix de ce qui littéralement ne peut être démontré, car cela dépasse les limites du visuel. Je pense ici à l'affirmation de Jameson qui dit de la société capitaliste postmoderne qu'elle ne peut être simulée ou représentée, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne peut être reconnue, ou «mappée», mais qu'une telle cartographie elle-même dépasse ce qui peut être imagé, représenté ou "visualisé".

Dans Southland Tales, comme dans la société en réseau dans laquelle nous vivons, le monde est entièrement composé d'images: les corps ne sont pas seulement inscrits sur la vidéo en tant qu'images, mais sont eux-mêmes des images, et les images sont elles-mêmes tout à fait réelles, parce que ce sont elles qui, dans une large mesure, composent la substance matérielle du réel. Mais cela signifie que tout est plat ou en deux dimensions, tout est aménagé dans une configuration qui est essentiellement spatiale et simultanée, même si elle n'est pas conforme à une géographie littérale. Le son est ce qui alimente cette configuration, il fournit la temporalité (à la fois la durée existentielle, et le principe de la commande) pour ce tableau labyrinthique des images, il rend compte par ce fait des connexions réelles entre les images.

Cela signifie que Kelly est l'un des très rares réalisateurs contemporains - aux côtés de David Lynch, David Fincher, et je ne sais pas qui d'autre en fait - qui soit à même de repenser la technique narrative et la mise en scène, et le sens qu'elle peut prendre à travers une société post-cinématographique, vidéocentrique et prônant le tout numérique. On peut facilement comparer Southland Tales avec Inland Empire: ces films sont complémentaires l'un de l'autre. Le film de Lynch est tourné en vidéo numérique, et construit de telle façon qu'il ne possède plus les caractéristiques d'un film tel qu'on le conçoit normalement, mais possède en revanche certaines des formes des médias plus récents. Il est intimiste et s'intériorise d'une façon dont les films traditionnels (parce qu'ils sont ciblés "grand public" et exploitation à grande échelle) sont incapables d'appréhender, et par conséquent ne peuvent être touchés par la fracturation et la fragmentation des codes cinématographiques qu'imposent ces films, en rejetant le 35mm pour le numérique notamment.

Mais la logique profonde d'Inland Empire est encore cinématique, précisément parce qu'elle renvoie aux codes cinématographiques qu'il déconstruit. Inland Empire est basé sur l'énigme d'images, d'autant plus que par cette caméra numérique, Lynch s'efface et capture de façon encore plus flagrante les images subtiles qu'il utilisera pour le film. Le design sonore Lynchien fournit un support exquis pour ces images déstructurées, mais les images viennent toujours en premier. Southland Tales, au contraire, ne reconnaît plus de logique cinématographique, même pas dans le but de la déconstruire. C'est parce qu'il ne repose plus sur le cinéma centré sur la logique d'un tout unique. Les deux œuvres explorent ainsi le même territoire contesté, mais à partir de points de vue opposés, se déplaçant dans des directions opposées. Je ne dis pas que Southland Tales est un aussi grand accomplissement qu'Inland Empire, mais je n'ai rien vu récemment, mis à part les travaux de Lynch, qui lui correspondent autant de près ou de loin.

Schwitz
Schwitz
Niveau 10
17 février 2013 à 23:29:59

En ce qui concerne le contenu de Southland Tales, - car il est loin d'être un exercice formel - il a autant à voir avec l'aura des acteurs qui composent le casting, qu'avec ce que les personnages joués par ces acteurs font réellement sur ​​l'écran. Tout le monde dans le film est une icône de la culture pop d'une manière ou d'une autre. Les personnages principaux sont joués par des acteurs tels que Dwayne Johnson (The Rock, image renommée à la fois de la lutte et de l'action), Sarah Michelle Gellar (Buffy, Souviens toi l'été dernier, Sexe Intentions); Seann William Scott (American Pie, Destination Finale). Les petits rôles sont joués par des gens comme Wallace Shawn (Sorte de de nain-scientifique/savant fou), et Mandy Moore (la fille fashion-victim d'un sénateur républicain). Tous les rôles secondaires sont alimentés par des gens que l'on reconnaît, sans qu'ils soient réellement connus, (on n'arrive pas à les placer sans l'aide de l'IMDB). On peut citer également Christophe Lambert qui joue un homme cynique, brutal et fou qui vend des armes lourdes à l'intérieur d'un camion de crème glacée habituellement stationné à Venice Beach. Presque tous ces acteurs sont utilisés à contre-emploi, et jouent un rôle largement en contradiction avec les caractérisations pour lesquels ils sont les plus connus. Ainsi, The Rock est un acteur membre du parti républicain, il passe le plus clair de son temps dans le film dans un état d'amnésie, perdu dans différentes variétés de peur et de confusion. Sarah Michelle Gellar est hilarante en tant qu'actrice porno qui fait de l'humour avec son propre business, ce qui comprend un talk-show (en quelque sorte d'une version X-rated de The View), un disque pop ("La sexualité chez les adolescentes n'est pas un crime"), et une boisson énergétique.

Une mention spéciale va, bien sûr, à Justin Timberlake, qui raconte le film en direct, de façon omnisciente, même si dans le même temps, il est un personnage du film, qui ne pouvait pas connaître la plupart des choses que sa voix off nous confie. Son personnage, Pilot Abilene, est un vétéran de la guerre d'Irak qui a été blessé (défiguré), par des «tirs amis». Il passe la plupart du film assis dans un poste de tireur d'élite sur Venice Beach, aux commandes d'un fusil de précision avec téléobjectif, qu'il utilise pour abattre des gens sur la plage, quand la narration du film l'exige. Le reste du temps, il vend et consomme parfois du fluide Karma, une drogue illicite psychédélique, fabriqué par la société d'un savant fou et utilisé dans les essais sur les soldats de l'armée à leur insu. Le fluide Karma est injecté par une seringue dans le cou, et il est censé provoquer à la fois la télépathie et des visions transcendantes.

L'une des séquences les plus intéressantes du film arrive quand on à la chance de voir l'une de ces visions. La séquence est une sorte de clip, dans lequel Justin Timberlake / Abilene, sous l'influence de la drogue, danse et chante une chanson à la «Killers» "Tout ce que j'ai fait", «J'en ai l'âme, mais je ne suis pas un soldat», tout en étant entouré par une foule de femmes Busby Berkeley-esque presque toutes identiques portant des uniformes d'infirmières. Timberlake, ici comme partout ailleurs dans la culture pop américaine d'aujourd'hui, affiche un charisme qui semble incompatible avec son personnage (soldat vétéran), et pourtant qui se pose en quelque sorte de façon transparente. Son hallucination est à la fois totalement dépravée, et pourtant aussi bizarrement impersonnelle, tout en étant plate, autonome, et sans résonance, comme si elle était exécutée dans une chambre spéciale destinée à étouffer et à absorber tout ce qui pourrait dépasser le littéral, ou qui pourrait nous conduire à des connotations au-delà de l'évidence. La scène est presque indiciblement ridicule, en même temps qu'elle est angoissante, et pourtant aussi exaltante. Laissez donc les forces du flux cosmos à travers vous!, et vous vous surprendrez à canaliser les promos publicité chintzy et les reality shows. Ce qui ne veut pas dire que ce matériel est dépourvu d'impact. Regarder la synchro labiale entre Timberlake et les infirmières coquines, c'est presque comme si le temps s'était arrêté pour la durée de la chanson, en boucle sur lui-même afin d'intensifier, par une sorte de réaction positive, le sens global du film apocalyptique, comme si une catastrophe était toujours sur le point de se produire. Chancelant sur un précipice sans pour autant tomber, ou mieux, tomber, mais ne jamais tout à fait toucher le sol.

Cette description de la scène Timberlake s'applique au film dans son ensemble: il est absolument hallucinant, et pourtant il possède en même temps une sorte de platitude, un manque de résonance. C'est comme si le film cherchait toujours quelque chose en retour, comme un avion encerclant l'aéroport, mais sans jamais atterrir. Timberlake / Abilene dit à plusieurs reprises que nous regardons la fin du monde, et que cette fin est proche (à l'inverse de TS Eliot), pas avec un geignement, mais avec une explosion. Mais cette fin est sans cesse reportée. Nous entendons parler du ralentissement des forces des marées provoquant la rotation de la Terre, et de failles dans le continuum espace-temps. Mais il n'est jamais clairement expliqué comment ces événements apocalyptiques se manifestent. Kelly suggère fortement que l'holcauste nucléaire, la troisième guerre mondiale, et l'institution d'un État policier totalitaire n’interfèreraient pas avec la vie de tous les jours. Les gens font toujours la fête et boivent, remplissent les boutiques et les cafés de Venice Beach et Santa Monica. La célébration du 4 Juillet avec laquelle le film se termine implique en plus du symbolique feu d'artificet, une fête entre riches et puissants sur le «méga-zeppelin» de Wallace Shawn, mais aussi des fusillades dans les rues en contrebas entre les «néo-marxistes» et la police en plein centre-ville de Los Angeles. Mais celles-ci ne font que s'ajouter au sentiment général de libération carnavalesque. Même lorsque le bang apocalyptique promis arrive enfin, dans les dernières minutes du film, les images diffusées à la télévision semblent étrangement anti-climatiques, peut-être est-ce parce que nous sommes trop habitués à la vue des images catastrophe à la télévision?. Seann William Scott est apparemment le Messie, assumant un rôle qui devrait, selon un scénario classique, aller de droit à The Rock avec Justin Timberlake en tant que Jean-Baptiste.

Southland Tales est à la fois infiniment complexe et expansif, et pourtant, dans le même temps curieusement claustrophobe, cet effet est donné par la façon dont l'ensemble de ses tangentes folles, des détours, des coupures irrationnelles et des sauts méta-fictionnels sont tous enfermés dans la boucle de rétroaction de sa bulle multimédia (les réseaux, le net, l'infrastructure de communication). Cette claustrophobie est ce qui donne au film son pouvoir compulsif. Le récit est rempli de complots et de rumeurs de complot, avec des parcelles de projets qui ne mènent nulle part, ou qui implosent à travers les acteurs et les traceurs eux-mêmes, avec les prémonitions paranoïaque et apocalyptique qui font effet précisément comme des prémonitions, plutôt que sur la cause de ce qu'ils doivent effectivement prévoir ou prédire. Au cours de sa narration en voix off, Timberlake / Abilene cite sans cesse l'Apocalypse, mais de telle manière qu'il devient impossible de dire quelles sont les pouvoirs de la lumière et qui sont les puissances des ténèbres. Le livre de l'Apocalypse n'est pas tant un guide pour les derniers jours, qu'une feuille de route de la médiasphère existante dans le film. Tout le monde dans le film est sous la surveillance d'une autre personne, qui elle-même trame des choses contre quelqu'un d'autre. Les excès de la sûreté de l'État sont compensées par les handicapés, grandiloquente auto-illusion de tous ceux qui sont un sujet de cet État, ou un ennemi auto-proclamé de cet Etat. Les seuls caractères plus ou moins libres de cette grandiloquence sont défigurés (Timberlake / Abilene), ou amnésiques et embrouillés (The Rock et Scott).

La grandiloquence et l'amnésie, amènent le sentiment de jouer devant un public que l'on appelle désespérément, mais que l'on ne peut pas vraiment voir, ce sont toutes les parties du modèle de subjectivité que Southland Tales présente à nous. Cette description de la subjectivité postmoderne nous amène à comprendre cette expérience des flux étrangement impersonnels, les flux qui nous traversent beaucoup plus qu'ils ne peuvent être considérés comme "notres". Vous pouvez trouver des descriptions de tels flux chez Jameson, Deleuze / Guattari, dans Baudrillard, dans Lyotard, et dans d'autres ouvrages datant des années 1970 (ou peut-être même dans certains aspects de McLuhan dans les années 1960). Ces penseurs sont tous très différents, bien sûr, dans leur façon de décrire le phénomène, et la valeur (positive ou négative) qu'ils placent dessus, mais c'est un fil qui peut être suivi par tous l'ensemble de Southland Tales. une théorie que le film prend pour acquis et dont il explore les conséquences. En effet, le film le prend comme un axiome évident et comme la seule forme de subjectivité que l'on peut imaginer. En son sein, cependant, nous obtenons toute une série de fluctuations, d'hésitations et de va-et-vient des négociations.

Par exemple, le caractère de The Rock, Boxer Santaros: amnésique et littéralement hors de lui (nous apprenons finalement que cette amnésie est l'effet des fluctuations résultantes du déplacement spatio-temporelles, et également la cause de la mort de son double). Apparemment, il est une riche et célèbre star hollywoodienne avec des connexions du côté du Parti républicain (comme l'est The Rock plus ou moins dans la «vraie vie»). Mais il ne se souvient pas de tout cela, ce qui signifie que, bien que tout le monde le reconnaisse, il ne se reconnaît pas. l’amnésie enlève sa connaissance de sa propre gloire, mais il s'avère également qu'elle le le transforme encore plus en un acteur, puisque tout ce qu'il fait ressemble à un rôle fictif, et son seul mode de vie possible est de s'imaginer dans un tel rôle. Pas étonnant qu'il cherche à se glisser dans le rôle d'un personnage dans un scénario apocalyptique qu'il est censé avoir écrit (mais il ne se souvient plus de l'avoir écrit non plus), mais seulement après l'avoir lu. The Rock livre une brillante performance, véritable composition artistique (vous pouvez le voir s'essayer sur différents rôles, être touché par la peur, l'anxiété et la surprise, et surtout une sorte d'étonnement amusé), mais toujours juste dans la situation présentée. Est-il possible d'être un acteur méthodique, qui habite son rôle, quand vous n'avez pas de souvenirs personnels auxquels vous pouvez faire appel afin de vous immerger que dans ce rôle? Est-il possible d'être un acteur méthodique qui s’appuie sur des souvenirs personnels dans le but d'habiter le rôle de quelqu'un sans aucuns souvenirs personnels? La performance du rôle de Boxer Santaros reste un modèle du genre, dont l'improvisation, la simulation de l'intériorité est par ailleurs un modèle de subjectivité dans Southland Tales.

Pilot Abilene quant à lui est étrange, a une voix douce, cool, et édulcorée, mais le nihilisme extatique est une autre facette du personnage; Krysta Now (la starlette du porno joué par Sarah Michelle Gellar ), avec son plan d'affaires, son instrumentalisation de plaisir toute personnelle, sa réduction immédiate du sentiment d'auto-conscience, offre une autre vision. Il s'agit de différentes tentatives de Kelly pour typer les sortes "d'expressions subjectives" qui sont générées et activées dans le flux multimédia primordial et qui sont l'une des principales raisons de la longueur des méandres de son récit.

Je vais m'arrêter là, mais je sens que je pourrais continuer indéfiniment, tant Southland Tales est riche et compliqué, et poursuit en même temps sa vision de chaos et de terreur et de flux multimédia avec une intensité presque monomaniaque. Hué à Cannes en 2006, et à la fois un désastre critique et public en 2007, le film n'a évidemment pas trouvé sa niche, ni trouvé son culte, ni même profité de l'impact négatif dont il aurait pu se servir pour être considéré comme un événement culturel grâce à l'intensité de son récit. Je suis enclin à penser que c'est simplement parce que le film est trop prophétique: ce qui est aussi à vrai dire trop proche de la réalité dont il fait partie, qu'il analyse et fait miroiter. Les messages les plus exotiquement envahissants sont ceux qui indiquent clairement ce qui nous pend au nez. Ces messages ne peuvent soutenir aucun sentiment de détachement, aucune perspective critique, afin de fournir une justification pour ce qu'ils tentent de nous faire comprendre.

Southland Tales refuse de se soustraire à la situation globale qu'il décrit. Il ne critique d'ailleurs jamais ouvertement cette situation, car cela signifierait devoir passer à l'extérieur du récit, et de son propre miroir de réflexion, par ailleurs l'alimentation auto-compulsive dont il fait preuve est déjà plus que suffisante. Le Film de Kelly est trop "bizarre" pour être accepté par un grand public, mais aussi paradoxalement trop ordinaire.

Un film qu'il vous faut voir, à vous téléspectateur ou critique à la recherche d'une autre vision, d'une forme d'expérience cinématographique, ou d'une opposition éclairée à la politique. Il éclate par ailleurs l'essence même du cinéma (y compris le cinéma expérimental) si sournoisement qu'il choque inévitablement la plupart des cinéphiles. Kelly, à la manière de Lynch se joue des codes de la narration cinématographique conventionnelle, Il nous plonge dans le présent, dans le présent, sans relâche et sans libération. (Il fait même une blague de ce concept, en la personne de Sarah Michelle Gellar, et son personnage Krysta, qui prend le nom de famille «Maintenant» parce qu'elle est si obstinément intéressé par la liberté et la satisfaction sexuelle immédiate: pas dans le futur, ou demain ou dans dix minutes, mais en ce moment). Cette immersion dans l'immédiat fait que Southland Tales est réellement un film brillamment futuriste. (Krysta fait d'ailleurs une remarque assez incroyable à ce sujet sur les futurologues: "Le futur s'annonce beaucoup plus futuriste que ce qu'ils avaient prévu"). C'est parce qu'il parle du monde d'aujourd'hui que Southland Tales ne peut être reçu à notre époque, mais il doit regarder vers l'avenir pour son accueil. La combinaison de l'ironie et de la prophétie est à la fois trop ironique de par ses significations pour être acceptable, mais trop sérieuse et visionnaire pour le genre d'acceptation qu'il mérite.

"Voici comment s'achève le monde"
"Voici comment s'achève le monde"
"Voici comment s'achève le monde"
"Pas dans une explosion, mais dans un geignement"

T.S. Elliot.

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Niveau 10
17 février 2013 à 23:32:07

Oh bâtard, les pavés :rire:

Bon, je vais programmer la lecture pour plus tard :hap:

Schwitz
Schwitz
Niveau 10
17 février 2013 à 23:46:16

Je suis déçu d'avoir du poster en deux parties :-(

FearBuildsWalls
FearBuildsWalls
Niveau 3
17 février 2013 à 23:53:50

C'est étrange,mais pour DD et Southland Tales,je vois que ce que j'ai compris du film est assez différent de la plupart des théories(J'exclus The Box car c'est son film le plus clair ).
Tout le monde semble trop s'attacher au coté SF des deux films alors que pour moi ce n'est pas le plus important au final.

J'ai une théorie pour chacun de ses films qui les simplifient un peu,mais j'ai l'impression que les films de Kelly sont comme ca,des films qui en disent beaucoup mais ou le contenu est caché sous des airs de SF.

blazcowicz
blazcowicz
Niveau 10
18 février 2013 à 00:39:37

Ah ouais, ultra maxi pavé là :hap:

AlbertDaSiIva
AlbertDaSiIva
Niveau 10
18 février 2013 à 00:55:06

moi le seul truc que j'ai retenu du film c'est :

" c'est un beau gosse ...et les beaux gosses ne se suicident pas :cool: "

FearBuildsWalls
FearBuildsWalls
Niveau 3
18 février 2013 à 01:02:33

Cette réplique :hap:

Bah justement,pour moi ce genre de détails me fait penser que la majeure partie de l'histoire de Southland Tales n'est en fait que le film de Boxcar Santaros,donc que le film n'est qu'une sorte de mise en abyme. Je suis le seul a penser ça ? :hap:

Schwitz
Schwitz
Niveau 10
18 février 2013 à 01:39:40

FearBuildsWalls Voir le profil de FearBuildsWalls
Posté le 18 février 2013 à 01:02:33 Avertir un administrateur
Cette réplique :hap:

Bah justement,pour moi ce genre de détails me fait penser que la majeure partie de l'histoire de Southland Tales n'est en fait que le film de Boxcar Santaros,donc que le film n'est qu'une sorte de mise en abyme. Je suis le seul a penser ça ? :hap:

:d) Oui et d'ailleurs j'en parle dans une partie de ce pavé, les fluctuations espace/temps qui créent des boucles auto-référentielles, les flux qui nous traversent sont un thème récurrent qui revient dans les trois films de Kelly d'ailleurs.

[Totolehero]
[Totolehero]
Niveau 10
18 février 2013 à 05:33:34

Un film qui m'a profondément ennuyé quand je l'ai vu a l'époque, j'ai même pas eu le courage d'aller au bout... même si je reconnais et suis lucide quand à la vision qu'a Kelly de notre propre société, il décrit subtilement les meaux qui la ronge... même si ça reste "hermétique" comme film pour la majorité des gens dont moi, je l'avoue, même si ça me fait chié, je comprends son cinéma et adhère au principe... tu m'as donné "envie" de revoir ce film... :(

resolution
resolution
Niveau 33
06 avril 2013 à 23:29:20

Je ne sais même pas pourquoi j'ai voulu voir ce film. Sans doute la présence de The Rock que je n'ai pas encore pu voir dans GI Joe 2. Pas que j'aime cet acteur, mais il m'est pas antipathique.

Mais bon faut dire que s'il joue dans des mauvais films ou des trucs sympas, je ne l'avais jamais vu dirigé par un tocard complet, qu'est évidemment Richard Kelly. Vous savez les films surestimés que sont Donny Darko et the Box. Ce sous Lynch pour adolescents boutonneux écervelés.

Je crois qu'en ce moment je suis maudit, ça devait faire plusieurs années que je n'avais pas commencé à m'emmerder à un tel point que je sois obligé de faire autre chose pour me tenir éveillé et ne pas péter un câble. Mais là entre les misérables, cloud atlas et ça. Je suis gâté.

Déjà putain la durée quoi. Quitte à faire de la merde, faite la courte. Pas la peine d'allonger vos films. Que dirait Freud de cette volonté dégueulasse d'allonger vos navets à l'extrême ?

Là ça dure plus de 2h20. J'ai tenu pile 1h20. Après j'en avais tellement mort que j'ai tenté d'installer des trucs sur mon ordinateur que je n'aurai jamais cru avoir envie d'installer. Mais le monde est ainsi fait.

Ce qui est incroyable c'est que j'étais dans de bonnes dispositions, je n'avais pas envie de dormir ni rien. Je lance le truc et dès les 2 premières secondes j'en avais déjà marre. Je captais rien. On est où ? qui sont ces gens ? pourquoi ils ne ferment pas leur sale gueule ?

C'est quoi cette narration de merde ? T'es qui toi de nouveau ? t'es de quel côté ? ah mais en fait j'en ai rien à foutre, il n'y a aucun impact émotionnel, je ne vous connais pas et je n'ai pas envie de vous connaître.

Je suppose que le film est censé être une caricature des USA et surfe sur une sorte de second degré qui camoufle un message très premier degré et très con. Je dis je suppose parce que j'en ai mais rien à foutre à un niveau cosmique.

C'est un film tellement dégueulasse. Et pourtant la fin du monde et les trucs pseudos religieux j'aime ça. Mais non, c'est juste dégueulasse. C'est quoi cette esthétique de merde ? on dirait un clip vidéo, c'est surexposé, ou alors l'image a des teintes atroces. Le tout avec une mise en scène plate qui sert parfaitement la platitude de mon intérêt pour le film.

Accumuler les trucs étranges ne suffit pas à faire un film, surtout si on veut dire quelque chose. Non c'est juste un objet de culte pour adolescents. Je suis sûr qu'on peut adorer à 16 ans.

Bon au delà je pense qu'inévitablement on va se faire chier. Parce que c'est tellement perché qu'il faut se protéger mentalement d'une telle connerie.

Tu m'étonnes que le film ne soit pas sorti en salle en France. Si on excepte quelques nerds ça aurait été boudé. Et avec raison.

Encore un film sans cinéma qui surfe sur la crédulité et la goût la bizarrerie volontaire et complètement artificielle de certains.

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