Mémoires d'une Geisha ; voilà bien un film symbolisant de manière efficace mon intérêt pour le cinéma et répondant à la question suivante : Pourquoi regarder des films ? Pour s'évader, apprendre, ressentir, ou rechercher l'impact qu'une oeuvre peut avoir sur notre sensibilité.
Sorti en 2005 et réalisé par Rob Marshall, Mémoires d'une Geisha, se classe dans la caste fermée des longs-métrages qui me laisseront un souvenir impérissable tant la beauté et la profondeur de ces derniers y sont palpables. Pourtant, l'ambiance asiatique me laissant logiquement de marbre, j'étais à mille lieues d'imaginer rentrer aussi facilement dans cette histoire d'amour. Si ce "miracle" s'est réalisé, c'est avant tout grâce à la richesse et l'élégance de l'oeuvre, rendant un hommage bellissime au pays du soleil-levant, ainsi qu'aux actrices irréprochables dans leurs rôles respectifs.
Chiyo/Sayuri, magistralement interprétée dans la seconde partie du film par Zhang Ziyi, offre un jeu d'une véritable délicatesse à la limite du poétique faisant foncièrement écho à l'imagerie onirique des lieux. Son regard, d'un bleu aussi sensationnel qu'inhabituel, reflète à merveille ses multiples émotions et contribue à sa fascination. Les autres actrices ne sont pas en reste, particulièrement Hatsumomo, campée par une Gong Li d'une beauté glaçante collant assurément à son personnage fictif. À ne pas oublier la jeune Suzuka Õgo, interprétant de façon très convaincante Chiyo lors de son enfance, notamment lors du passage où le président (Watanabe) lui propose une glace.
D'ailleurs, et connaissant dorénavant la suite de l'histoire, j'accorde volontiers qu'il puisse avoir un certain malaise lors d'un revisionnage avec ce fameux "coup de coeur/foudre".
Après cette parenthèse malencontreuse et impromptue, il serait maladresse de ne pas évoquer les sublimes décors et costumes dont ce film a bénéficié. Honnêtement, il m'a rarement été donné d'observer tant de maestria dans ces deux domaines : flûte, ça pue la passion ! De plus, ces qualités sont accentuées par la magnifique photographie, évoluant au fil des quatre saisons, proposée par Dion Beebe. D'ailleurs, ce dernier avait déjà fait merveille un an auparavant sur l'excellent Collatéral de Michael Mann.
Le film a remporté trois Oscars, amplement mérités, dans les catégories suivantes : Meilleure photographie, meilleure direction artistique et meilleure création de costumes !
Pour poursuivre sur les qualités cinématographiques, la mise en scène respire la poésie ; mieux, la mise en scène est poésie ! Il est à noter que celle-ci jouit des connaissances non-négligeables de son réalisateur, ayant lui-même été chorégraphe avant de se lancer dans la réalisation. Par conséquent, Marshall propose des plans prônant et privilégiant une lenteur assumée ainsi que divers travellings forts inspirés. À souligner également, le montage d'une réelle élégance sur les quelques chorégraphies exécutées dans le long-métrage.
Pour clôturer avec la mise en scène et ses doctrines pensées intelligemment, j'ai apprécié le parallèle manifeste de la rencontre initiale entre nos deux tourtereaux et celle faisant office d'épilogue au récit.
Il m'est impossible de finaliser cette introspection sans évoquer la somptueuse orchestration, lauréate du Golden Globes 2006, de John Williams. Les thèmes signés du célèbre compositeur de Steven Spielberg renvoient directement à la majestuosité des paysages du pays Nippon. Dans ces derniers, nous pouvons fréquemment noter une forme de crescendo/decrescendo rythmique allant souvent se greffer aux émois de notre héroïne. Globalement, l'élaboration des sonorités du film aura été admirable, d'où ses 3 autres nominations aux Oscars 2006 dans les catégories "auditives" : Meilleure musique, meilleur son et mixage audio !
Hélas pour notre Geisha préférée, le mastodonte et génialissime King Kong de Peter Jackson a raflé toutes ces récompenses cette année-là.
Pour faire un léger reproche au film, ne lui voyant que celui-là, le rajeunissement/vieillissement de certain(e)s acteurs/actrices assez négligé, en particulier Watanabe. Comme déjà évoqué plus haut, la scène, au demeurant très mignonne, où le président lui offre une glace est significative pour attester de mes dires.
Même si ce n'est pas dérangeant outre mesure, nous avons littéralement l'impression que ce dernier a 40/45 ans, la gamine en n'ayant à peine 12, la crédibilité de la future romance est légèrement esquintée. À ce titre, Il me semble qu'il aurait été plus judicieux de lui donner une tronche d'un jeune homme de 25/30 ans lors de cette première rencontre. Malgré tout, je pense qu'il est réellement censé être dans cette tranche d'âge, juste que l'effet jouvence est plutôt loupé.
Néanmoins, il est véridique qu'en 2005 les techniques, notamment numériques, n'étaient pas aussi poussées que de nos jours ; dixit X-Men 3, il était donc préférable de se satisfaire du maquillage pour un meilleur rendu. Cependant, son vieillissement est également assez anecdotique, pourtant 20 ans s'écoulent entre cette scène et la fin du long-métrage. En outre, le vieillissement étant maîtrisé depuis des lustres dans le cinéma, se réalisant beaucoup plus facilement que l'inverse, cette partie aurait pu être mieux soignée.
Nonobstant cette bévue, Mémoires d'une Geisha est un film d'une vraie puissance émotionnelle/visuelle/auditive, emmené par l'histoire captivante de Chiyo/Sayuri qui, malgré de nombreux sacrifices, gardera espoir pour tenter de rejoindre l'amour de sa vie ; l'amour avec un grand A !
À titre personnel, il restera indubitablement dans mes mémoires comme l'une de mes plus belles expériences/surprises de ces 10 dernières années : Absolument brillant !