Le film commence par une citation du livre de Job (incarné par la mère), justifiée par la
disparition prématurée d'un de ses fils. à ce destin cruel la voix off demande "pourquoi ?"
"ou étais-tu donc ?", va s'ensuivre la réponse de Dieu bien sûr "et toi, où étais-tu quand
je fondais la terre ?" et cette scène merveilleuse de la genèse de l'univers et des êtres
(pour moi sans aucun doute une des plus belles scènes de l'histoire du cinéma).
Cette scène est fondamentale car elle concentre l'essence même du cinéma de Malick, ce vers quoi sa mise en scène n'a cessé de tendre depuis son premier film. C'est à dire la remise en
perspective de la place de l'homme dans l'univers.
Alors que 99% des films traitent de l'homme avant tout et presque uniquement, Malick englobe l'univers tout entier. Et c'est pour cela qu'au détour d'un plan sur un enfant, sa caméra s'attarde tout à coup sans qu'on comprenne pourquoi, sur le vent soufflant dans les arbres ou le coucher de soleil se profilant à l'horizon.
Il parvient à capter quelque chose qui est inhérent à la vie mais qui n'apparait que trop rarement au cinéma.
Malick n'est pas convaincu par la supériorité de l'humain sur toute chose.
La scène des dinosaures illustre mon propos, ceux ci étaient déjà animés de conflits intérieur (l'un épargne l'autre), la bonté existait déjà. Scène préfigurant l'arrivée de l'homme, (il est intéressant de faire un parallèle avec la scène des singes dans 2001 et la vision bien plus pessimiste de Kubrick) qui, enfant, s'efforcera de suivre la voix de la grâce sans y parvenir réellement.
Rousseau disait "Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains des hommes". Propos que tempère Malick à travers le personnage de la mère.
Le deuxième segment du film concerne les souvenirs de Penn enfant. Alors qu'il se promène
nonchalamment près de son lieu de travail il passe soudainement sa main dans un semblant de verdure et d'un coup revit (ce qui rappel la madeleine de Proust) tout une partie de son enfance.
Et c'est là que je trouve les partis pris de Malick fabuleux, le refus de la linéarité, ce montage
chaotique (bourré de faux raccords), cette caméra constamment en mouvement...
tout cela épouse à la perfection la forme de la mémoire, faite de sensations, de lieux et d'autres
choses que Malick représente avec une extrême fragilité.
Le troisième et dernier segment (qui souffre de quelques longueurs) représente la réunion des
êtres aimés au bord d'une plage (symbole de la fin des temps et parabole biblique ? Ou projection
mentale du personnage de Sean Penn ?), paysage paradisiaque ou le frère renaît et ou tout se retrouve purifié (ça m'a fait penser à la fin de l'enfance d'Ivan)
C'est un film d'un jusqu'au boutisme absolu, un film unique, sans aucun doute le film le plus
personnel de Malick. Qui nous montre non seulement tout une partie de sa vie mais nous dévoile
également son âme à travers ce long questionnement métaphysique. Qu'on adhère ou pas, Tree of Life fera date dans l'histoire du cinéma, comme 2001 en son temps.
Moi j'ai trouvé tous les acteurs très bon. L'utilisation de la musique est grandiose.
Pour répondre à reso j'avoue que l'acuité scientifique de la scène de la genèse je m'en fiche complètement.