Telle l’eau qui filerait entre les doigts de la main. Insaisissable.
Telle une incompréhension. Béate. Extatique. Qu’on aimerait approcher, toucher. Saisir et comprendre.
Comprendre comment pareille chose ait pu se produire. Comprendre comment un simple être humain ait pu sortir du monde de l’imaginaire et de l’imaginaire du monde un tel spectacle.
The Tree of Life raconte l’histoire d’un voyage. D’une renaissance. L’homme face à sa déshumanisation. Face à un décor, qu’il a construit. Il est inerte, et ne parle pas. Mais un jour tout bascule. Et il se souvient, se remémore. De son enfance. De son père, qu’il a d’abord aimé, puis haït. De cette difficulté qu’il a eu de grandir, de ces choix qu’il a eu à faire. Il est devenu son père, alors qu’il aurait voulu être sa mère. Celle qu’il a tant aimé. Il s’est aussi souvenu de son frère. De cette jalousie qui est née en lui, et qui l’a d’abord chatouillée, puis piquée. Qui a grandi en lui comme la graine d’un arbre, dont il a essayé d’arracher les racines, à maintes reprises. Et un jour il comprit, face à la mort.
Avant de raconter l’histoire d’un voyage, The Tree of Life raconte l’histoire d’une renaissance. Celle du cinéma. Terrence Malick va plus loin qu’il ne l’a jamais été, et peut être aussi qu’aucun autre cinéaste, en nous offrant cette grande fable humaniste, ce grand voyage sensoriel qui interroge jusqu’au plus profond de nos émotions et de nos sens. Si le film de Malick s’apparente d’abord à un grand objet opaque, posé au milieu de nulle part qui met du temps à apprivoiser ses esprits, c’est peut être parce que la puissance visuelle, poétique et métaphysique qu’il fait preuve nous échappent, au premier abord, totalement.
Parce que Malick atteint des sommets, vertigineux, qui font perdre et tourner la tête. En nous emmenant dans cette incroyable voyage sensorielle au plus profond de l’être humain. L’expérience est extraordinaire et bouleversante, et emporte son spectateur vers des mirages encore jamais rencontrés.
The Tree of Life interroge, avant tout. Sur le sens de la vie, sur le sens d’aimer. Sur le sens de soi aussi - surtout. Sur la difficulté de grandir, et de trouver sa voie. Sur les choix qui sont fait.
The Tree of Life est l’histoire d’une osmose entre la sensation et la découverte. Entre l’émotion et la beauté. The Tree of Life est un film qui ne plaira pas à tout le monde. Peut être à très peu de personne. Mais parce que le génie de Terrence Malick parait tellement inaccessible qu’il serait peine perdue de commencer à le rechercher. Une sorte d’histoire sans épilogue. Alors on se tait. On ne pense plus. Et on ferme les yeux. Face à ce spectacle grandiose, jamais vu, qui nous est offert et qui nous montre la gigantesque force du cinéma, comme nulle part ailleurs.