Pétris de préjugés, je ne m'attendais pas à ce qu'un scénario signé Matt Damon - Ben Affleck puisse être aussi brillant. Car si l'histoire dans son ensemble n'a rien de bien original, le développement de ses multiples ramures demeure très réussi. Les dialogues sont fins malgré le langage ordurier persistant (logique venant de jeunes défavorisés des quartiers pauvres de Boston), le cas psychanalytique incarné par Damon, véritable cadenas hermétique à toute tentative d'intrusion au sein de ses émotions, intéresse par son ambiguïté. Il est un casse-tête face à un Robin Williams en figure paternelle, qui essaie de trouver la clé de ce trouble affectif énigmatique, dramatique frein pour ce personnage doté d'une intelligence hors-norme.
Comment ce professeur universitaire mué en psy va-t-il s'y prendre pour réussir là où les autres ont échoué? Par quel procédé rhétorique et thérapeutique va-t-il libérer ce garçon? Et par la même occasion comment exorcisera-t-il ses propres démons? Tels sont les enjeux scénaristiques de ce film habilement filmé malgré la discrétion dont fait preuve Gus Van Sant, soucieux de ne pas voler la vedette à ses acteurs par des artifices inutiles afin de mieux capter les expressions des ces derniers. Les acteurs ne sont pas au service du réalisateur... C'est GVS qui est au service de Damon, Williams & co. En témoigne les plans-séquence chargé d'illuminer le talent des interprètes, que le réalisateur s'évertue à faire proliférer. Je pense notamment au fameux monologue de Williams assis sur le banc du parc, absolument superbe de réalisme, de sincérité et d'émoi.
En résumé, la quintessence du film réside dans cet harmonie, cet équilibre entre les acteurs qui ont l'air de tous se connaître depuis de longues années, qui se complètent en apportant chacun quelque de bien à lui. Une cohésion semble les regrouper comme par magie, et la justesse des dialogues ne fait qu'amplifier cette impression d'être confronté à une histoire bien réelle.
9/10