Je viens de voir le film et bien pfiou...
Au niveau de l'image c'est impeccable : des plans vraiment sympa, des mouvement de caméra qui envoient, mise en scène et découpage qui claque carrément.
Et puis cette manière de filmer les visages, les découper et les remettre dans le champs et les balader un peu partout, c'est juste perfect.
Enfin bref niveau mise en scène j'ai énormément appris au visionnage de ce film, même si j'ai vu pas mal de films références ,celui là m'a vraiment marqué (la dernière fois que ça m'était arrivé c'était avec The Fall de Tarsem, il y a un bail donc, je sait que c'est pas des films qui ont révolutionné le cinéma mais je sait pas... ils m'ont plus marqué c'est tout).
Il y a pas à dire le réalisateur sait ce qu'il fait.
Après l'histoire c'est glauque, sombre et surtout très dur, un peu trop pour moi. Mais ça se tiens et on comprend le cheminement du personnage jusqu’à la fameuse scène où on préviens le spectateur avec les 30 secondes. Là j'avoue je me suis dit si je continuais ou pas...
Attention Spoilers jusqu'à la fin du post
Déjà, la scène où l'ancien boucher fait avorter sa femme en la tabassant m'a particulièrement choqué, j'en avais la nausée.
Du coup j'hésitais mais je voulais vraiment aller jusqu'au bout et le final était vraiment... intense. Moi qui suit assez portée sur la morale, toutes les séquence qui s’enchaînent sur ce qui va arriver s'il le fait ou pas avec sa propre fille m'ont vraiment retournée.
Après le premier retour ou finalement il abandonne l'idée de l'inceste et du meurtre et qu'il se met à pleurer avec le message "la morale : l'homme a une morale" et surtout les aveux qu'il lui fait ("ne me laisses pas seul" entre autres) et bah j'était vraiment en train de chialer. Je me disait il avait finalement trouvé une sorte de rédemption et allait se battre pour sa fille sans pensées malsaines.
Mais au fur et a mesure que le plan durait et les mains se baladaient le malaise est revenu et finalement il en vient quand même a dire "fuck" et baise sa fille. J'ai trouvé ça horrible, j'aurais préféré le contraire même si ça fait happy end à l’américaine. Après je comprend que le réalisateur ai cherché à choquer pour un premier film (même si d’après les autres post il est un peu dérangé apparemment)
Enfin bref bon film, et gros coup de coeur pour l'actrice qui joue la fille que je trouve vraiment très belle
8.5 - 9/10
Est ce que tu as vu son court-métrage Carne ? Seul Contre Tous est en fait la suite du court, c'est intéressant de savoir comment est ce qu'il est devenu complètement taré et sans aucune morale, et comment il vivait avec sa fille avant, comment il a rencontré sa femme avant etc.
Mais ouais, ce film est vraiment exceptionnel !
un choc total voilà se que j'ai eu après avoir fini le film ses vraiment malsain comme film mes malgrer sa j'ai vraiment bien aimer se film ![]()
Vu à l'instant, ça se passe tout commentaire, ou presque.
Je me sens complètement vide.
C'est plus que la France d'en bas. C'est la France du Fond. J'ai du mal encore à déchiffrer le fond, et je ne vais même pas essayer pour le moment.
Vivre est un acte égoïste. Survivre une loi génétique.
Cela faisait si longtemps que je voulais voir ce film de l'un des meilleurs cinéastes français actuels. Et celui-ci ne pâlit pas à sa réputation. Puisque nous retrouvons Noé dans un style peut-être un peu différent, mais possédant toujours autant cette présence du malsain dans ses films.
Une descente aux enfers violente, entrecoupés de passages étranges, interprété par Philippe Nahon et sa gueule vénèr, et dont sa voix-off fait retentir et trembler toutes formes de sonorités.
L'histoire d'un homme. Un homme ayant vu sa vie ruiné à cause d'un malentendu. Un homme s'affaiblissant par sa condition précaire. Un homme dont la haine le fait passer dans la médiocrité intellectuelle. Un homme dont la violence est son seul désir, nourri par sa déception de la vie.
Bien que le film prenne un ton provocateur, il pourrait être un peu réducteur de le réduire à un film incestueux. Car l'aspect provocateur est en soi servi par une étrangeté sans failles. Que ce soit avec ces personnages comiques ayant servi d'ami précédemment au personnage principal interprété par Philippe Nahon. Que ce soit avec ce fils du patron du bar, ou bien même avec la fille du personnage.
Le "vous avez 30 secondes pour abandonner la projection de ce film", nourri par la violence poétique de la voix de Philippe Nahon, projetant le spectateur dans un suspense sans faille, nous transporte dès lors dans l'horreur, dans le coeur du film, dans son âme propre, dans sa poésie malsaine.
Et puis... la fin... Une orgie sanglante. Un dégoût hypnotisant. Les voix de Nahon se superposant. Le désespoir dans sa forme la plus juste. Des images magnifiques. Une abstraction de la narration. Les voix derrière la porte ne se faisant pas entendre. L'horreur. La vérité. Le cinéma.
Voilà un film qui m'intéresse, la France d'en bas, celle dont je me sens le plus proche, le chômage, le désespoir, la haine, la descente aux enfers, par contre ce que je connais moins c'est la France incestueuse, et ça, ça fou quand même un malaise mais un peu moins que les autres sans doute, car pour nous, nourrit à Internet et ayant presque tous vu volontaire ou involontairement des choses abjects, nous sommes un peu vacciné.
Le boucher n'est jamais content, toujours grossier et misanthrope, il passe tout le film à déverser sa haine contre ses deux vieilles, , les hypocrites, ses faux-amis, les pd, contre la société qui l'a abandonné, les riches qui ne vont jamais en prison car ce sont eux même qui écrivent leur propre loi, et on le suis, longeant ces longs mur tagué de message inscrit par les sympathisants syndicaliste ou fachiste c'est à dire des compères prolétaires, et on a envie de le comprendre dans sa douleur, on voit pourquoi il part en couille. J'ai trouvé les dialogues très aguicheur, c'est corrosif et parfois drôle, j'en ai pas raté une miette, il ne s'arrête plus ...
Noé arrive à installer une telle ambiance, c'est fou
j'avais déjà été impressionné par celle installé dans Irréversible, complètement happé et là c'est pareil, on est au côté du perso, on est même dans sa tête ...
Puis les scènes de violence morale ou physique, c'est cru, très cru.
Par contre les sous-entendu, je n'adhère pas, car le message de fin semble être quand même une ode à l'inceste, c'est autre chose que la simple question de la vengeance personnelle .
ça me fait quand même un peu peur que j'ai ai aimé les deux films que j'ai vu de lui, je me demande si je ne suis pas un peu dégénéré quelque part, si c'est normal ou non ou simplement un désir compréhensible de voir les codes et la morale bousculé.
En tout cas les films qui traite de la misère sociale j'ai toujours aimé, que ce soit dans un registre tout autre, une époque formidable ou les trois frères par exemple, ça semble être très sous-traité car ce n'est pas un milieu dont sont issu les cinéastes alors comment pourraient-ils en parler, mais Noé le fait très bien ...
car le message de fin semble être quand même une ode à l'inceste
Oui, j'ai eu la même impression qui m'avait plutôt mis mal à l'aise mais je doute que ce soit le cas. Peut être que Seul Contre Tous, c'est un peu Taxi Driver, mais le personnage de Philippe Nahon est beaucoup plus loin que le réac incarné par De Niro, et c'est à travers ce parallèle qu'on comprend bien que le héros ici n'est pas forcément un exemple très glorieux.
C'est plutôt ce type bien plus gangréné que la moyenne par un pan de la société en dérive. C'est ce mec quelque part entre l'extrême gauche et l'extrême droite, névrosé par "tout". Un tout où l'humanité s'éteint peu à peu. C'est d'ailleurs pour ça que je trouve la scène du décès de la vieille dame aussi marquante dans sa symbolique.
Le Boucher n'a pas la prétention de changer les choses, d'aider les gens, ou de faire justice, il est juste motivé par tout un système de désillusions qui le poussent sans relâche vers cette rage possessive, cette homophobie, ce racisme. Nahon l'expliquait très bien dans une interview d'ailleurs (ça doit être sur youtube) que le Boucher n'est pas fondamentalement un salopard, c'est pas faux.
On peut toujours douter, se dire que ses paroles ne sortent que de la bouche d'un chômeur, homophobe, qu'on a eu soin à faire passer pour un aigri tout au long du film, bien qu'on comprenne très bien son ressentiment, et donc n'accorder que peu de crédit.
Ce boucher est moins mystérieux et assujetti à interprétation que Travis..
La façon dont il le dit, comme s'il venait de trouver sa voie, on le sent apaisé, heureux... et ce qu'il dit c'est fort, c'est sérieux, il nous déballe son concept de la liberté, critique les lois crée pour l'empêcher d'accéder au bonheur et qu'au final tout cela est interdit car c'est trop beau, trop puissant, donc j'ai encaissé ses paroles sans plus aucun préjugé mais comme un message sincère (de la part du boucher) mais aussi sans doute de la part du réalisateur.
Bah tu trouve pas que Travis est un peu ce archétype même du "vigilante"? De la même façon que le justicier de Death Wish. Il a bien ce mystère qui le rend si charismatique mais ça reste quelqu'un de très moral.
La façon dont il le dit, comme s'il venait de trouver sa voie, on le sent apaisé, heureux... et ce qu'il dit c'est fort, c'est sérieux, il nous déballe son concept de la liberté, critique les lois crée pour l'empêcher d'accéder au bonheur et qu'au final tout cela est interdit car c'est trop beau, trop puissant, donc j'ai encaissé ses paroles sans plus aucun préjugé mais comme un message sincère (de la part du boucher) mais aussi sans doute de la part du réalisateur.
De la part du boucher, oui, sans aucun doute. De la part du réalisateur, en ce qui me concerne, je trouve pas, j'estime que le message du film ne réside pas dans le psyché du boucher mais dans la représentation de ce dernier, et de ce qui l'entoure.
Gaspar Noé est un cinéaste qui aime faire ce qui ne se fait pas et dire ce qui ne se dit pas. Le caractère subversif de ses œuvres, comme on peut s'y attendre, est loin de faire l'unanimité, en témoignent les réactions déchaînées récemment provoquées par Love. Pourtant, son dernier film en date n'a rien à envier à son premier, Seul contre tous, qui raconte l'histoire dure et sans appel d'un homme qui n'a jamais eu de chance.
La narration adopte le point de vue de ce boucher anonyme qui se bat pour refaire sa vie. Bien souvent, il erre seul en rasant les hauts murs des usines, faisant entrave à tout échappatoire. Et quand il reprend contact avec d'anciens amis, il constate qu'ils ont bien changé. Le réalisateur met en scène cette impression en séparant les deux personnages grâce au cadre. Le boucher est donc inexorablement seul, seul avec sa voix intérieure qui commente toutes ses actions, qui expose crument son mode de raisonnement et ses opinions politiques. L'exercice de la voix off est relevé avec brio, elle accompagne efficacement le récit tout en développant le personnage (en particulier lors du moment où il arrête de subir sa vie et prend les choses en main). Même si on ne partage pas ses opinions, on comprend cette personne malheureuse et on ne la blâme pas, malgré tout ce qu'elle a de détestable.
Mais au delà de cette voix, c'est le montage sonore dans son entièreté qui bénéficie d'un travail remarquable : il parvient à être insupportable tout en étant génial. En effet, Gaspar Noé s'amuse à accompagner ses accélérés de bruitages stridents et ses raccords dans l'axe de coups sourds, quand ce ne sont pas des coups de feu. Cette agressivité constante en agacera plus d'un, mais il permet de mettre le spectateur dans le même état d'insécurité que le boucher, rendant l’expérience cinématographique éprouvante.
Savoir que la production du film fut chaotique n'a rien d'étonnant quand on voit le propos si choquant et désespéré de l’œuvre. Pourtant, le fait que le film ait été tourné avec trois bouts de ficelle contribue à immerger le spectateur dans ce milieu très populaire, notamment grâce aux décors aux couleurs fanées. Dans tous les cas, Seul contre tous marque l'arrivée de Gaspar Noé dans la cour des grands, et il est amusant de voir, avec le recul, que son premier film annonçait fortement le suivant, Irréversible, sorti trois ans plus tard.
http://www.senscritique.com/film/Seul_contre_tous/critique/44722725
Et ben dis donc, tu les enchaînes ! ![]()
Je ne les ai pas écrites à la suite, rassure-toi ![]()
Bonjour !
Je repost donc ça ici (gros
au passage du coup) étant donné que resolution a gentiment pris le temps de me rediriger sur ce topic que je n'avais malheureusement pas trouvé ![]()
Dans le cadre d'un marathon découverte de la filmo de Gaspar Noé, j'ai décidé d'écrire quelques mots sur son premier film, Seul contre tous.
Il s'agit de ma première mini critique, et je n'ai pas la prétention d'être un cinéphile aguerri ni même un grand littéraire, mais je me permet de poster ça ici afin d'avoir des retours et des remarques ![]()
Merci d'avance pour le temps que vous prendrez à me lire et à me répondre, bonne lecture ![]()
« On naît seul, on vit seul, on meurt seul. Et même quand on baise on est seul. Seul avec sa chair, seul avec sa vie qui est comme un tunnel qu'il est impossible de partager. Et plus on est vieux, plus on est seul face à quelques souvenirs d'une vie qui se détruit au fur et à mesure. Une vie, c'est comme un tunnel. Et à chacun son petit tunnel. Mais au bout du tunnel, il n'y a même pas de lumière. Il n'y a plus rien. Même la mémoire se décompose avant la fin. Les vieux le savent bien. Une petite vie, des petites économies, une petite retraite, et puis une petite tombe. Et tout ça, ça ne sert à rien. Strictement à rien. »
Seul Contre Tous est le premier long-métrage de Gaspar Noé, faisant suite à son moyen, Carne. On y suit la descente aux enfers d'un boucher à la vie misérable, au crochet de « sa grosse » et de « la vieille », le tout sous fond de monologue interne.
Si le prémisse d'une catabase et d'un pétage de plombs progressif en immersion totale dans l'esprit torturé d'un protagoniste principal n'est pas sans rappeler un certain Taxi Driver, Seul Contre Tous se distingue avant tout par deux points : son contexte et son réalisateur.
N'est pas Martin Scorsese qui veut, et quelqu'un veut-il réellement être Gaspar Noé ? Seul Contre Tous transpire déjà ce qui fait le sel du cinéma subversif de Noé, tant par les codes introduits que par la récurrence et l'utilisation brillante de ceux-ci. Ainsi, la voix-off faisant part des pensées du boucher sera, lors d'une scène de panique et d'incompréhension, multipliée et déstructurée avec un ensemble de discours incohérents se chevauchant pour ne faire place qu'à une seule question : l'ai-je vraiment fait ? Celle-ci nous immerge véritablement dans les pensées du personnage, nous permettant de nous attacher à celui-ci alors que ses actions nous répugnent, mettant nos repères moraux à mal. Après tout, ses actions ne seraient-elles pas justifiées et justifiables ? Par sa vie, par le contexte dans lequel celui-ci évolue...
Car en effet, le contexte occupe ici une place essentielle dans l'histoire de Seul Contre Tous. Seul contre qui ? Qui est « Tous » ? La France, ses habitants, les plus aisés et méprisants, mais aussi les plus pauvres et répugnants, ceux dont la vie ne se résume plus qu'aux couleurs rouge, vert, bleu d'un écran cathodique, les « pédales », les étrangers, bref, tous. C'est dans une France en crise de la fin des années 90 que se déroule notre histoire. Une France qui n'a plus besoin de notre personnage principal, une France qui préférerait le laisser crever dans la rue, lui et tous les autres miséreux. Une France que Noé nous montre dans toute sa crasse et sa saloperie avec un filtre jaune pisse omniprésent. Les rues sont sales, les gens sont sales, et le peu de morale du boucher se retrouve lui aussi, entaché.
Mais qu'est-ce que cette morale ? Est-elle vraiment positive ? « L'homme a une morale ». C'est ce que nous indique Noé à la fin du film à travers l'un des nombreux panneaux qui se succèdent durant le métrage. Ainsi, alors que le protagoniste principal s’apprête à mener son combat, tant comparable à une lutte des classes qu'à une simple vendetta personnelle, se comparant lui-même à Robespierre, avec pour seule loi son flingue, c'est sa morale qui l'empêchera d'agir. On assiste alors à un retour au statu quo ô combien déprimant, le boucher reprenant sa place de miséreux alcoolique aux côtés de sa fille traumatisée, paralysé dans sa situation, incapable d'agir, laissé seul avec son désir de révolte violente et le désir qu'il a pour sa fille.
Seul Contre Tous c'est ça, un film sale, déplaisant, pessimiste et qui ne fait aucune concession. Seul Contre Tous c'est un panneau nous avertissant que les choses vont être encore pires, et qu'il vaudrait mieux arrêter la projection du film tant qu'on le peut encore, le tout avec un timer de 30 secondes. 30 longues secondes où l'on est partagé entre l'envie d'arrêter le film, l'estomac et le cœur retournés, et le besoin de continuer, alors que l'on est embarqué dans la boucle infernale de son protagoniste principal. C'est un film fort qui n'hésite pas à nous faire aimer des êtres détestables, et à nous montrer un Paris répugnant, peuplé de personnages au moins aussi répugnants. Une descente aux enfers, tant pour le protagoniste principal que pour le spectateur, qui se conclue de la façon la plus insatisfaisante mais réaliste possible, car le vie c'est ça, « ça ne sert à rien. Strictement à rien. ».
C'est intéressant de voir que Nahon et Noé ont des opinions divergentes sur le personnage principal. L'acteur dit que c'est juste un pauvre type qui n'agit qu'en conséquence des drames qu'il a subi, alors que le réalisateur dit que le boucher ne fait que se complaire dans sa noirceur sans chercher un moyen d'avoir une vie meilleure.
Vous en pensez quoi vous? Personnellement je trouve l'antihéros attachant, j'arrive à le comprendre sans pourtant justifier ses actes.
Je viens de le voir, je ne pensais pas Noé avait déjà exprimé son génie dés son premier film ... la gueule de téléfilm passant france 2 de l'affiche m'avait toujours rechigné ... mais bon par curiosité pourquoi pas me suis dis-je, si ça me saoule après 5 minutes j'arrêterai
Et bah putain j'ai été incapable de crocher mes yeux de mon écran du début à la fin du film.
Moi qui attendais avec impatience un film qui traiterait de toute les facettes du relativisme morale un jour .... en fait il était là , devant mes yeux depuis tout ce temps
Déterminisme génétique,haine,amour,violence,cruauté,cynisme,espoir.Tout y est, subtilement ponctué par les coupures de textes signatures de Noé.
J'ai eu avec ce film la même sensation qu'après avoir vu 2001, celle d'un petit gamin stupide qui découvre qui a jugé trop vite la couleur de l'emballage, rendant le visionnage encore plus exquis .
Carne le moyen métrage qui le précède lui est très complémentaire
L'excellence de ce film force encore plus le respect quand on sait que Noé en entièrement fiancé lui film lui même la société à l'époque étant bien trop frileuse pour qu'il puisse trouver le moindre investissement
Le premier long-métrage de Gaspar Noé, suite de son moyen-métrage Carne mais voir ce dernier avant n'est pas du tout obligatoire pour comprendre et apprécier Seul Contre Tous (d'ailleurs j'ai pour ma part vu Carne bien après).
Un film à tout petit budget, les acteurs n'étaient pas payés, des gens rencontrés par l'équipe de tournage servant d'acteur d'eux-mêmes et de leur milieu dans une improvisation qui révèle tout leur naturel. Ces scènes font presque penser à un documentaire.
A vrai dire, cette précarité qui est la substance même du film réussit à donner quelque chose de simple, de sobre, d'efficace.
Entre misère, nihilisme, antinatalisme et inceste, le film nous plonge dans les pires situations, le pire carcan de l'existence.
La question qui est présente dans tous les films de Noé est celle-ci: est-il moral ou non de donner naissance à un enfant?
Et il n'y a que dans ce film qu'il aborde en parallèle la lutte des classes. Le pistolet, du gars paumé au début du film en guise d'introduction, ou du boucher joué par Philippe Nahon, représente la morale individuelle d'un homme qui refuse la morale imposée, toujours faite pour les plus riches. Le droit de vie ou de mort. La question de l'antinatalisme ou du natalisme à portée de main.
Serait-ce un film marxiste ? A vrai dire, c'est abordé avec plus de subtilité et d'ouverture d'interprétation. La lutte des classes est montrée dans le cadre d'un désespoir et d'une révolte personnelle, elle reste très désespérée. Même si du point de vue du boucher qui narre le film, il a une mission héroïque.
Beaucoup de spectateurs sont outrés par la violence du boucher, mais c'est là où Noé bouscule une certaine morale nataliste. En effet, le premier crime du boucher (qui est raconté en roman photo au début du film pour expliquer le déroulement de Carne) a l'intention d'agir pour sa fille pour qui il a un amour incestueux refoulé. Il s'en prend dans son aveuglement de colère à un innocent, et il le narre comme une fatalité.
Le boucher, tout dépravé qu'on puisse le considérer, a élevé sa fille handicapée mentalement jusqu'à son placement en institution en se défendant de la toucher. En cela, il fait un choix moral, justement par amour pour sa fille.
Quant à son deuxième crime, qui se situe dans Seul Contre Tous, est certes choquant, puisqu'il fait avorter sa nouvelle femme de force en lui donnant des coups dans le ventre. Avant cette scène qui le fait basculer dans la clandestinité et la misère, il était sous la tutelle médiocre de sa femme enceinte qui avait à la fois l'argent et la légitimité de choix d'un enfant par sa grossesse.
Il a eu une expérience directe avec la mort, dans son boulot de gardien de nuit dans un hospice, en voyant une vieille femme agoniser jusqu'au décès. Ce qui, dans la narration qui suit, le fait réfléchir sur le sens de la vie et le rend profondément nihiliste.
Une fois qu'il a franchi le pas de connaître, observer concrètement la mort, il le dit lui-même, il veut éviter à ce bébé à naître toute la souffrance qu'il connait de sa propre vie, et par l'évidence de la mort qui frappe de toute façon à un moment ou un autre.
Le boucher, on peut certes faire le choix de le blâmer, le film en lui-même ne tranche pas sur cette question, mais il faut réussir à envisager l'empathie de son geste dans un certain sens moral: celui d'éviter, ou même d'annihiler toute souffrance.
A partir de cette scène, le boucher revient à Paris où il travaillait et rend visite à ses vieux collègues (qui sont donc joués par des gens lambdas vivant dans les quartiers populaires). On y voit toute la sincérité, la simplicité, le réalisme de cette misère. Dans ces dialogues improvisés, les gens sont comme interviewés dans leur quotidien, la scène la plus frappante étant dans le taudis du vieil homme qui raconte s'être fait arnaquer par quelqu'un qu'il considérait "comme son frère", en ne le remboursant jamais.
A partir de là, toute la violence du boucher va se trouver dans sa logorrhée narrative qui décrit ses pensées, il est cru, obscène, haineux, mais dans les faits, il ne fait pas grand chose qui le mette en valeur.
Lorsqu'il va chez le directeur de l'abattoir, il y a un plan très froid sur leurs mains qui se serrent, puis le boucher remontant la rue avec une expression très froide et sa "vengeance" dans les propos qu'il tient.
L'inceste avec sa fille, son meurtre puis son suicide vers la fin du film sont hallucinés, c'est d'ailleurs un moment très intense où comme le boucher, on oublie la frontière entre délire paranoïaque destructeur et la réalité. Puis réconfortés par la réalité rassurante, on ne peut qu'être touché par l'inaction du boucher, qui comme d'habitude souffre en silence et ne fait rien.
La cause du boucher, la lutte des classes, l'antinatalisme, est perdue.
La fin incestueuse est l'unique acte d'amour du boucher, qui dans cette tragédie est comme destiné à céder à la tentation. Mais comme le montre ce dernier plan sur la rue délabrée, le monde ne change pas. Le boucher est heureux, mais toutes ses idées de vengeance sur la société sont pure rancune et imagination.
Très chouette ce film coup de poing qui montre comment retrouver une raison de vivre
Je l'ai vu de nombreuses fois mais en format 360p dégueulasse
Un endroit pour le voir en HD?
Dommage qu'il soit introuvable en VOD