J'avais un cours sur le film hier, on a vu le début et la fin, ça m'a donné envie de le mater. Chose faite cet après-midi. Ma critique s'appuie un peu sur le cours d'ailleurs.
Last Days est une oeuvre fascinante, proprement hypnotique. Gus Van Sant a choisi d'aller à contre-courant du biopic conventionnel, où tout est un peu trop surligné, où le trait est forcé comme pas possible. Last Days ne retrace pas la carrière musicale de Kurt Cobain, ne cherche pas à expliquer comment le leader de Nirvana est devenu ce qu'il est devenu. Il montre seulement, décrit les derniers jours du chanteur, en privilégiant la vie quotidienne qui fait de Cobain un individu comme les autres.
Le personnage - admirablement interprété par Michael Pitt - erre tel un fantôme, comme déjà mort. Il ne cesse de se casser la gueule, comme si son corps était trop fatigué, déconnecté de la réalité. Cobain est ici décrit à deux niveaux : le physique, déliquescent, et le spirituel, un peu plus alerte. Le travail sur le son dit de plus beaucoup sur la condition de l'artiste. La plus grande force de Gus Van Sant est de proposer une réflexion par le biais de la bande-son. Quoi de plus logique pour une biographie d'un musicien ? Si le physique et le sprirituel s'opposent, il en est de même pour l'image et le son. Last Days regorge de variations d'échelles de plan, alors que les sons ont la particularité d'être plus ou moins ressemblants de par leur intensité. On peut penser au crépitement du feu au début, ou à certains dialogues qu'on entend aussi bien lorsque la caméra est proche des personnages que quand elle s'en éloigne. Ce choix délibéré du metteur en scène américain montre à quel point la sensibilité d'un musicien est importante, comment ce dernier est beaucoup plus attentif - même inconsciemment - au monde qui l'entoure, et ce d'un point de vue sonore.
Last Days est une oeuvre empreinte de fatalité. Le titre l'annonce déjà, et puis on sait tous comment Cobain a fini sa vie...il se dégage du film une tristesse profonde, un pessimisme que l'on retrouve d'ailleurs dans le grunge. Gus Van Sant ne s'appuie pas sur la symbolique ou l'événement pur pour dresser le portrait de son personnage. Il est beaucoup plus intelligent, et sait traduire le mal-être de Cobain grâce à sa mise en scène.
Film stimulant, sûrement la biographie la plus juste et subtile jamais faite.
4/5
Je pense que cette reprise de Nirvana illustre parfaitement le film. Je connais pas super bien le groupe, peut-être que d'autres sont " meilleures ", mais je trouve que le film lui ressemble beaucoup
http://www.youtube.com/watch?v=VADOj07onrA&feature=related