Hormis le côté subversif de ces faux raccords (qui rendrait l'effet finalement assez idiot s'il se suffisait à sa seule insolence), Godard parvient en les utilisant à émettre une notion de temps narratif. A bout de souffle est monté comme une sorte d'histoire qu'on raconte à un interlocuteur. On évoque les temps forts, les morceaux de bravoures de ce récit, en écartant les moments où l'y ne se passe pas grand chose de palpitant, parce qu'il ne s'y passe rien ou parce que la mémoire les a oubliés. Et pour montrer que cette histoire n'est pas un récit complet, il coupe en plein milieu du plan et reprend sur une autre action afin de montrer cette sélection. C'est d'avantage l'aspect narratif de l'histoire que Godard réussit à éclater que son montage, avec ses faux raccords donnant un aspect finalement assez cohérents et homogène. En ce sens, le premier film de Godard est un film dédié à l'action, pulsion de vie ininterrompue jusqu'à la mort de Michel Poiccard, s'écroulant sur le sol, à bout de souffle.
D'autre part, regarder Made in Usa comme première approche de Godard est très risquée, d'autant plus que celui ci va de pair avec les films gravitant autour, Masculin/féminin et 2 ou 3 choses que je sais d'elle.