Ca c’est clair, Jet Li est bel et bien unique. Il suffit de revoir les fleurons de sa carrière hong kongaise pour comprendre que lui seul est capable de combiner à ce point charisme brut et virtuosité martiale. Li est une énergie concrète : suspendu à un malheureux câble, il peut TOUT faire pour peu que les gens qui l’entourent se la donnent à fond. A Hong Kong plus que partout ailleurs, il fallait se donner sans compter, oublier le sens des mots ‘’raisonnable’’, ‘’mesuré’’ ou ‘’crédible’’ et surtout déployer des trésors d’imagination, de débrouillardise, d’audace. Si vous étiez totalement fou, Jet Li répondait présent et vous emballait des séquences d’anthologie à la pelle carrée parmi lesquelles les combats de The New Legend Of Shaolin, Tai Chi Master, Martial Arts of Shaolin, My Father Is A Hero, Swordman II, High Risk, Born To Defend et on en passe. Si en plus de ça un grand réalisateur s’empare de cette silhouette pour lui apporter un background instantané ( Tsui Hark et la série des OUATIC pour ne pas les nommer), Jet Li surclasse, et malgré toute la sympathie qu’on leur porte, des artistes martiaux tels que Yuen Biao ou Donnie Yen.
Hollywood n’a rien compris à ce qui précède. En voulant circonscrire la star, l’intégrer au formatage de l’action dicté par le nouveau mètre étalon du genre, Matrix ( bullet time et ralentis en pagaille), on ne fait que le réduire, le dévitaliser, lui faire perdre toute cette originalité qui le rendait, précisément unique. A quoi bon faire suivre des cours de ‘’boxe pour tous’’ à Mike Tyson ? Histoire d’en rajouter une couche, toute la mise en scène de The One semble vouloir nous rappeler à chaque plan que Jet Li est bien le plus petit du casting, chose qui nous avait échappée à HK, quand la réalisation lui témoignait un poil de respect. A l’écran US, on a un petit nerveux à la force presque burlesque car disproportionnée en regard de sa carrure riquiqui. Une façon, nous direz-vous, d’en finir avec les musculeux qui ont fait les beaux jours des eighties…
Toujours est-il que The One permet à Jet de se la donner, en calquant le numéro schyzo du Van Damme de Repliquant. D’une aisance surnaturelle, il fait littéralement voler tous ses opposants aux quatre coins du décor ( aidé en cela par le chorégraphe Corey Yuen) et ne semble pouvoir rencontrer aucune résistance, hormis de sa propre part, ce qui va de soi. Le plan final, l’un des plus réussis, permet d’ailleurs à James Wong de lui rendre hommage et de signifier l’admiration réelle qu’il lui porte. Bien entendu, on aurait préféré que ce film, manifestement conçu comme le véhicule de la consécration outre-atlantique pour Jet Li, ne se résume pas à une pauvre série B joyeusement ( au début) puis pathétiquement ( au bout d’une demi-heure) débile, mollassonne et téléphonée, subrepticement traversée d’éclats de violence très sympas. Abdiquant toute audace ou originalité, Wong tue dans l’œuf son concept et n’exploite jamais les possibilités offertes par les univers parallèles. Il n’en résulte qu’un buddy movie à l’ancienne, filmé sans idées, calqué sur Matrix ( encore) et Terminator qu’on regarde défiler la plupart du temps d’un œil distrait. Du gâchis.
Bref, Jet Li attend encore que l’occident lui offre un grand film. Mais une chose est sûre, Le baiser mortel du dragon, et The One lui permettent, quand même, d’affirmer haut et fort qu’il est le champion incontesté du coup de tatane sur grand écran. C’est déjà ça !
critique de dvdrama.com