Je pense que l'un des moyens les plus efficaces de déterminer l'âge d'un cinéphile est de constater (ou non) sa familiarité avec des figures abandonnées n'ayant pas passé le cap générationnel ; je me plaignais dans mon article sur Thoret du culte lui étant voué par les jeunes générations de cinéphiles, mais autant le culte voué à Dahan à une époque prenait des proportions encore plus inquiétantes, autant il retomba rapidement au point que je suis convaincu que la majorité du forum ignore aujourd'hui l'existence de ce monsieur.
Rappel. Dans les années 2000, Dahan fut avec d'autres membres de sa clique (Rafik Djoumi, Stéphane Moissakis, Arnaud Bordas…) l'une des plumes les plus emblématiques du magazine Mad Movies. Succédant à la génération Starfix (Gans, Boukhrief), Dahan et ses amis passeraient au fil du temps d'une approche se voulant inclusive du cinéma à une forme d'attitude de gardien du temple ou les vaches sacrées produiraient chef d'œuvre film après film tandis que d'autres (Craven en est un bon exemple) seraient systématiquement conspués. Plus tard, Dahan animerait Opération Frisson et quelques émissions dérivées dans lesquelles il reprendrait ses analyses écrites sous une forme plus accessible tendant souvent à l'auto-caricature, les runnings gags devenant franchement pénibles (quand tu critiques trois films par mois et que dans le tas t'as un Van Damme et un Seagal….) et le prêt à penser idéologique de plus en plus visible.
Au milieu des années 2000, Dahan représentait une forme de coolitude et l'internet de l'époque lui emboitait le pas. La quasi totalité des youtubeurs cinés des temps pré-Fossoyeur le singeaient et des émissions dont personne ne se souvient aujourd'hui comme Off (avec Bastien et Flavien) ou les critiques de Seb Angelus étaient révélatrices du fait qu'il fallait mieux avoir tort avec Dahan que raison tout seul, le comble pour un type ayant toujours prôné l'individualisme tout en évoluant dans la pire chambre d'écho possible. La bêtise évidente de certaines attaques (Martin Campbell réalisateur de " couscous royal "...), la complaisance absolue envers les pires tocards béatifiés au nom du cinéma de genre français (Xavier Gens, les siamois de la tête Bustillo et Maury) quand une Ducournau se ferait étriller par la même joyeuse bande allait progressivement enfermer Dahan dans un ghetto dont il ne me semble pas sorti aujourd'hui. Sociologiquement, TOUS les fans de Dahan que j'ai pu rencontrer avaient le même profil : garçon, né à la fin des années 80 ou au début des années 90, détestant le cinéma français, accro aux jeux vidéos et reprenant systématiquement en cœur la même litanie de références qu'ils n'ont jamais lu - notamment le héros aux 1000 visages de Campbell, mauvais livre auquel Dahan attribue une importance délirante).
Dans mon topic sur Thoret, j'admets lui reconnaitre un certain brio malgré ses excès. Dans le cas de Dahan, le fait que j'ai grandi devant ses émissions et en lisant ses articles ne vient malheureusement pas empêcher le fait qu'aujourd'hui, globalement, je ne lui trouve plus aucun intérêt. Passé le choc de voir un type admettre ouvertement préférer Carpenter à Godard ou Kubrick, passé quelques analyses dignes d'intérêt (celle sur Mliler's crossing et son lien avec la Trahison des clerc par exemple) il reste aujourd'hui un type au melon pas possible et aux fans clonés. Les émissions de la petite troupe, ou on ressort les pires lieux communs éculés de la cinéphilie (Djoumi qui reprend l'anecdote sur Ford et Mankiewicz dont la fausseté est démontrée depuis plus de 20 ans) et ou l'entre-soi conduit à une complaisance dingue (Djoumi et Moissakis qui ne se gênent plus pour parler de films qu'ils n'ont même pas vu tout en disant " comprendre le problème ", on croit rêver). Quand au film co-réalisé par Dahan je préfère ne même pas en parler par charité.
Bref. Sans moi.