Quand j'ai vu Casino Royale pour la première fois, vierge de tout contact avec la saga James Bond, j'y ai surtout vu un très bon film d'espionnage et d'action, impeccablement mis en scène et bien huilé, généreux et intelligent, bref une sorte de divertissement parfait. Mais le revoir dans le cadre de mon marathon 007 me permet de l'aborder sous une toute autre perspective.
Parce que je vois mieux en quoi ce film était couillu à sa sortie (sans mauvais jeux de mots sur la scène de torture), en quoi il était nécessaire de réinventer la saga en profondeur en reprenant tout de zéro. On a tout de même un film qui pour la première fois dévoile comment Bond a décroché son double zéro mais aussi un film qui réinvente les codes de la saga. L'approche n'est pas si différente de ce qui avait été tenté sous l'ère Dalton : on abandonne les côtés les plus excentriques pour se concentrer sur l'espionnage, la trame est plus terre-à-terre, sérieuse et réaliste. On n'hésite pas à bazarder les gadgets, la base souterraine/sous-marine/spatiale du méchant, même le fameux gun barrel est réinterprété de manière assez géniale. Quant à Bond, c'est sans doute son interprétation la plus violente, il garde un côté classieux mais c'est un professionnel avant tout : il renonce même à son plan cul pour accomplir sa mission. Et sérieux j'adore le Bond de Craig, parce qu'il peut faire rire mais aussi sacrément impressionner, il se donne dans sa mission mais a aussi des défauts : l'arrogance, l'impertinence. Un Bond plus humain que jamais.
On ose cette fois lui offrir une vraie romance, qui arrive à être crédible et très belle. La scène sous la douche à elle seule, c'est quelque chose de fort, on n'avait jamais eu je pense quelque chose d'aussi doux et romantique auparavant (à part la fin d'On Her Majesty's Secret Service peut-être). Et je ne suis pas fan d'Eva Green mais elle fait un excellent boulot pour créer une Bond Girl avec de la personnalité, du mordant mais aussi de la douceur et de la sensibilité. Quant au méchant, bon c'est Mads Mikkelsen quoi ! Que peut-on dire ? C'est sans aucun doute mon préféré de la saga, terriblement charismatique, calculateur, cruel mais aussi étrangement emphatique, puis c'est Mads quoi ! Mon seul regret serait qu'on ne le voit finalement pas encore assez, je veux tout un film sur Le Chiffre en fait.
Et quelle bonne idée de rappeler Martin Campbell à la barre. Lui qui avait déjà ressuscité la saga en 1995, là il vient de nouveau la redynamiser en lui offrant peut-être sa plus belle mise en scène (on va dire que je n'ai pas encore vu Skyfall). C'est une véritable leçon dans les scènes d'action, la plus impressionnante restant la première, qui dure, se renouvèle constamment en changeant de décor et en alternant course-poursuite, acrobaties et fusillade. Mais les autres ne sont pas en reste, notamment ce climax à Venise tendu comme tout. Et cette partie de poker, c'est jouissif au possible, les enjeux y sont, la tension y est, c'est génial. On a aussi la chanson de Chris Cornell qui remplace bien heureusement Madonna et l'un des meilleurs génériques, pour une fois ce n'est pas rempli de filles qui se dandinent.
C'est une super redécouverte, je me rends mieux compte à quel point Casino Royale était vraiment la relance idéale pour la saga, une vraie table rase ne conservant que les meilleurs aspects de la saga pour se débarrasser des plus embarrassants. Et cette fin !