Wild at heart semble être sur le papier un Lynch bizarre (pour un Lynch) mais après visionnage il ne fait aucun doute que c'est un film qui a entièrement sa place dans la filmographie du bonhomme sus-cité.
L'histoire du film est plutôt simple. Sailor et Lula s'aiment d'un amour fou et fuient tout deux la mère de Lula (qui est à la fois trop possessive et franchement folle) pour pouvoir vivre librement leur amour. Sans rien spoiler j'ai trouvé le film vraiment intelligent sur ce qu'il montre de la relation des deux protagonistes principaux et de leur rapport au monde. Ce dernier est dans le film un espace sauvage ou Sailor et Lula sont sans cesse à la merci de dangers. Et malgré cela ils s'aiment.
Si le film convoque volontairement tout un pan mythique du cinéma américain incarné par les Easy Rider et autres Bonny and Clyde, c'est surtout dans le grain de folie Lynchien que se situe le véritable intérêt du film. Certes on parle ici des grands thèmes que sont la jeunesse, la recherche de la liberté et du danger mais on parle aussi (et surtout) de secrets, de sexe (plus ou moins incestueux, au moins en pensées) et de meurtres. Or les thématiques de Lynch et le genre du road-movie américain dont il se sert sont bien loin de s'exclurent et se complètent finalement plutôt bien.
Il y aussi dans le film un aspect un peu bouffon et plutôt drôle que je n'avais encore pas trop vu chez David Lynch et qui est assez plaisant. Je pense notamment aux scènes de chants mais aussi et surtout au sur-jeu monstrueux de Laura Dern et Nicolas Cage. Je pense qu'il n'y a pas sur le papier couple plus énervant (il faut les entendre s'exprimer pour comprendre) que ces deux la et pourtant le film parvient à les rendre attachants. D'ailleurs ce dernier point m'amène à me demander ce que Lynch pense réellement de ce couple. J'ai eu à plusieurs reprises l'impression que Lynch se moquait de ses personnages qui sont quand même assez bêtes
De mon point de vue, c'est la toute l'ambiguïté du film: Est-ce que Lynch se moque de la candeur du couple et de son attitude face aux horreurs du monde (couple qui se construit et se consolide paradoxalement grâce aux dangers que représente l'extérieur) comme en témoigne de façon assez flagrante la scène finale, mélange d'émotions et de rires francs ? Ou alors est-ce simplement ma façon de percevoir les choses ? Je ne sais pas vraiment répondre à cela mais ce n'est pas grave pour autant, le film reste un objet assez intéressant quand même.