( Non j'ai pas passé 3H à écrire ma critique. Bon j'ai fait un truc vite fait, je retrouverai jamais ma première version
).
C'était magnifique. J'avais vu le film il y a sept ans, autant dire que j'en étais à la préhistoire de ma cinéphilie
( en cours de philo, dans les conditions que cela implique...exactement, à côté de ma prof quoi ).
Parfois on est indulgent envers certains films sur qui le temps a malheureusement laissé son empreinte ; c'est normal qu'ils prennent un coup de vieux après tout. Avec Fritz Lang c'est tout le contraire. Le cinéaste allemand réalise Metropolis en 1928, et semble avoir 20 ans d'avance sur tout le monde à l'époque. Son film est d'une modernité hallucinante. Et pourtant le cinéma a un peu plus de 30 ans seulement, il en est au stade foetal de son existence. Griffith a établi des règles ( nouvelles ) quelques années auparavant, et Lang s'en empare avec une maestria qui laisse le spectateur étourdi. Même 80 années plus tard. C'est particulièrement pertinent en ce qui concerne le montage par exemple, et la façon dont Fritz Lang alterne les séquences, comment il élabore un jeu de correspondances entre plusieurs sous-intrigues qui finalement se rejoignent. Metropolis est un grand film de montage dans la mesure où il parvient à supprimer les points de rencontre pour donner l'impression d'un tout, dans sa façon d'assembler harmonieusement rythmes, lieux et thèmes. Metropolis brasse des sujets très simples ( classiques ), mais son génie consiste dans cette manière de construire sa complexité globale sur ces mêmes thèmes. Le film joue sur la relation des uns aux autres, et l'intrigue fonde sa structure et son évolution sur l'influence que chacun des thèmes exerce sur un autre. Le meilleur exemple est sûrement celui de la créature, " mise au monde " par passion de l'ancien amant et finalement utilisée dans le but de mener les hommes. C'est la rencontre de l'amour et de la politique. Et c'est d'une fluidité exemplaire.
Metropolis est donc un film simple sur certains points ( en apparence du moins ). Cela ne concerne pas sa mise en scène, grandiose. Gros plans intrusifs, travellings lyriques, plans subjectifs d'une audace inouïe...la force du film, c'est qu'il concentre toute la grammaire cinématographique en son sein pour la redéployer ici et là, comme si chaque séquence devait être un film en elle-même, contenant des morceaux de bravoure de mise en scène qui repoussent sans cesse les limites de l'audace de Lang. En voyant ce film on a le sentiment que chaque séquence contient à la fois ce qui va permettre de développer l'intrigue, et en même temps ce qui peut y mettre fin, comme si le film pouvait finalement se terminer à n'importe quel moment. C'est une sorte de suspense permanent qui menace constamment de se briser.
L'expérience est d'autant plus jouissive avec cette version restaurée diffusée ce soir ( et la musique live ), qui donne l'impression de participer à un moment historique.
On a un peu l'impression que Metropolis c'est Benjamin Button, la vieillesse n'aura jamais le dessus sur lui. Lang avait donc trouvé la Fontaine de Jouvence, et y avait plongé quelques-unes de ses oeuvres. C'est ça qu'on doit appeler la modernité, le génie aussi.
5/5