Le dernier film de François Ozon ne décevra pas les amateurs de ce réalisateur. Nous n’y retrouvons pas – ou dans une moindre mesure – la théâtralité de Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, de 8 femmes ou de Swimming pool, mais ainsi, François Ozon prouve – si besoin était – qu’il sait se divertir, apanage des Grands.
Tout le film est porté par la non-communication entre les personnages. Cela les amène naturellement à l’échec, à la rupture. Très souvent due à l’absence, cette non-communication entre l’homme et la femme se répercute dans tous les domaines, jusqu’au sexe, qu’ils ne sont pas capables de réussir. De toute façon, comment communiquer quand on est absent ou endormi ? Petits clins d’œil amusant au niveau de ce thème : François Ozon a choisi les chansons italiennes en fonction de leur sonorité : il ne comprend pas l’italien. Lorsque Marion commence à discuter avec un homme dans le parc, elle se heurte à l’anglais ( même si elle parle anglais, il est amusant d’avoir inséré cet héritage de Babel…). De même, les seules fois où l’expression « je t’aime » est dite, c’est uniquement pour se rassurer…
Le thème de l’échec est repris dans la construction même du film avec l’idée du compte à rebours. Celui-ci porte en effet en lui-même l’idée de fatalité et surtout, de finitude. Il est donc beaucoup plus riche de l’utiliser plutôt que suivre la chronologie. Celle-ci n’offre pas du tout la même perspective, mettant trop en avant l’idée d’un après. Car le problème de l’infini est qu’il porterait en lui la notion d’espoir. Or celui-ci n’a pas sa place dans 5 x 2. De plus, en commençant par le divorce et en annonçant tout de suite la remontée dans le temps, tout le reste du film va être teinté de ce fatalisme et de cette notion de finitude. Le film est donc plus homogène et mieux construit.
Ce film est tout de même marqué d’une certaine théâtralité mais contrairement à 8 femmes ( notamment) elle est limitée à certains dialogues qui, dans leur précision et leur efficacité ( dans l’acception la plus forte du terme), rappellent des répliques de théâtre voire des phrases de littérature, travaillées afin de s’approcher de la perfection. Il ressort de ces répliques, en plus de l’idée de théâtralité, une certaine forme de violence tant leur efficacité est directe et non édulcorée. Cela renforce le ton général du film tourné vers la fin et l’échec. Ainsi, en plus du scénario et de la construction du film, ses dialogues viennent le rendre homogène et stable. Chapeau !
Pour finir, il faut ajouter un mot sur l’idée d’inversement, déjà illustrée par l’idée du rebours. En effet, on se rend compte à la fin du film que la seule réussite de ce couple est ce que l’on pourrait prendre pour l’échec ultime : leur divorce, leur rencontre elle-même étant basée sur l’échec, la non-communication et le chassé-croisé. Alors, spectateurs impuissants de cet inversement du sens d’un film construit à rebours, nous ne savons plus, quand le générique se termine, si c’est à la chronique d’un échec ou à celle d’une réussite que nous avons été convié par François Ozon.